Rôle des services d’aide aux détenus et du CAPREV dans l’accompagnement des détenus radicalisés

Publié par andredubus le mer 30/05/2018 - 12:04
Question à Monsieur Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, des Sports et de la Promotion de Bruxelles, chargé de la tutelle sur la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale

André du Bus. - Nous savons que la Fédération Wallonie-Bruxelles a un rôle important à jouer dans la lutte en faveur de la déradicalisation. Deux services sont importants dans ce cadre. En effet, d’une part, les services d’aide et d’accompagnement aux détenus assurent un suivi psychosocial aux détenus et à leurs proches. D’autre part, le Centre d’aide et de prise en charge de toute personne concernée par le radicalisme et les extrémismes violents (CAPREV), créé il y a presque deux ans, apporte un soutien sociopsychologique aux détenus et leurs proches dans le cadre de la prévention contre toute forme d’extrémisme. J’ai été assez étonné de lire ce matin dans la presse les réactions d’un directeur de prison dénonçant – ou du moins constatant – une forme d’incurie de la Communauté française à ce sujet.

Selon lui, cette dernière n’investirait pas un euro dans la lutte contre la radicalisation et ne prendrait aucune initiative dans ce domaine. Pourtant, ce sujet a fait l’objet de nombreuses interpellations en réunions de commission, ainsi que de nombreuses réponses de votre part. Il me paraît donc important que vous puissiez au moins réagir à cet article de presse. C’est peut-être également l’occasion de nous faire part du nombre de personnes suivies par le CAPREV et de nous expliquer comment évolue leur accompagnement. En effet, force est de constater une augmentation de ce nombre entre 2016 et 2017. L’avez-vous constatée? Enfin, qu’en est-il de la structure de coordination entre les multiples intervenants intra et extramuros de la prison? Cette structure a été mise sur pied en janvier 2017 et il me paraît donc important de faire le point sur cette question.

M. Rachid Madrane, ministre. – Avant de répondre, permettez-moi de présenter, en mon nom et au nom du gouvernement, mes plus sincères condoléances à toutes les familles des victimes et d’exprimer encore toute notre solidarité et notre admiration à nos forces de police, qui accomplissent un travail difficile. Comme nous le constatons aujourd’hui, elles sont devenues la cible des terroristes. Monsieur le Député, je tiens d’abord à affirmer que je m’inscris totalement en faux contre les propos tenus par ce directeur de prison de manière tout à fait anonyme.

Qu’avons-nous fait, à la Communauté française? Nous avons mis sur pied le CAPREV, avec un budget de 1,2 million d’euros. Il intervient directement en prison et des collaborations s’organisent avec la direction générale des établissements pénitentiaires (DG EPI) et nos services d’aide aux détenus (SAD). J’ai entendu hier une avocate qui, répondant à des questions à la télévision, a rappelé que la Communauté française est la seule institution de ce pays à avoir mis en place une structure pérenne et des initiatives structurelles pour lutter contre ce phénomène.

Dans le cadre de leurs missions, les SAD, services extérieurs subsidiés par la Communauté française, prennent en charge des détenus radicalisés sur une base volontaire. Le personnel de ces SAD a été spécialement formé à ces questions de radicalisation. J’en viens aux moyens mis en œuvre pour implémenter les parcours de désengagement – vous devez savoir, Monsieur du Bus, que je ne parle jamais de déradicalisation, mais de désengagement de la violence. Depuis 2016, les équipes des SAD ont été renforcées dans chaque arrondissement judiciaire. En 2017-2018, 500.000 euros supplémentaires ont été consacrés à l’engagement de personnel supplémentaire pour assurer une présence dans chaque arrondissement judiciaire.

Dans les prisons des différents arrondissements, à l’heure où je vous parle, on comptabilise près de 80 prises en charge psychosociales de détenus considérés comme radicalisés violents. Le CAPREV, lui, suit 30 détenus. En ce qui concerne les motifs de prises en charge, certains détenus demandent un accompagnement psychosocial. Pour d’autres, un trajet de réinsertion est établi dans le cadre d’une éventuelle sortie de prison. La conférence interministérielle (CIM) « Maisons de justice » fonctionne très bien, tout comme la collaboration avec mon collègue Koen Geens. Quant à ce que certains essayent de faire, à savoir se décharger de leur responsabilité en l’attribuant aux autres, j’estime, Monsieur le Député, qu’un tel comportement frôle l’indécence lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles que celui-ci.

M. André du Bus. – Il était important de clarifier une série d’éléments directement liés à l’investissement de la Communauté française dans le désengagement de toute forme de violence. Nous savons que c’est une œuvre de longue haleine. Comme le soulignait Annie Devos dans une interview récente de La Première, l’enjeu principal reste l’accompagnement des personnes qui sortent de prison. Nous devons absolument réinvestir dans cet accompagnement et réfléchir sur la façon dont il est décliné.