La chute de la Belgique au classement européen des années de vie en bonne santé

Publié par andredubus le ven 12/10/2018 - 14:05
Question à Madame Cécile Jodogne, ministre de la Santé

M. André du Bus. - Nous pouvons évidemment formuler indéfiniment des commentaires au sujet des études européennes ou mondiales sur les classements, mais je trouve que ces derniers sont aussi l'occasion de rappeler quelques enjeux de santé publique importants.

D'après une nouvelle étude réalisée par Sciensano (l'ancien Institut scientifique de santé publique) en collaboration avec l'Université catholique de Louvain, les Belges vivent en moyenne plus longtemps en mauvaise santé que la plupart des autres Européens. Autre révélation de cette étude : notre pays dégringole dans le classement européen et occupe aujourd'hui la quinzième place sur les 28 pays de l'Union européenne, alors qu'il occupait la huitième place en 1990. Concrètement, cela signifie que, selon cette étude, le Belge perd en moyenne 73 jours de vie en bonne santé. Parmi les causes de cette perte de temps de vie, citons les douleurs lombaires, qui sont responsables de 1.300 années perdues pour 100.000 habitants, et le style de vie, qui joue également un rôle important :

  • 2.400 années sont gâchées à cause du tabac ;
  • 1.800 années à cause des mauvaises habitudes alimentaires ;
  • et 1.600 années à cause de l'alcool.

Un tiers de notre perte d'années de vie en bonne santé est donc imputable à des facteurs que nous pourrions éviter et influencer. Madame la ministre de la Promotion de la santé, une discussion sur le basculement de la Belgique de la huitième à la quinzième place de ce classement est-elle prévue lors de la prochaine conférence interministérielle (CIM) de la santé publique ? Avec vos collègues ministres de la Santé des autres entités et de l'État fédéral, vous avez adopté un plan conjoint en faveur des maladies chroniques intitulé « Des soins intégrés pour une meilleure santé ». Un projet pilote a été désigné pour Bruxelles en janvier 2018, à savoir le projet Boost. À présent que le projet est en marche, avez-vous eu l'occasion de l'évaluer ou, à tout le moins, d'en assurer le suivi ? Le cas échéant, quelles sont les modalités de ce suivi ? Depuis la mise en place du Plan stratégique de promotion de la santé 2018-2022 et la désignation des différents projets, votre vision des choses a-t-elle évolué ? J'imagine bien qu'il n'y a pas encore d'ajustements - je ne me fais aucune illusion -, mais il est possible d'attirer davantage l'attention sur certains facteurs. L'échange d'informations entre les acteurs de terrain sélectionnés dans les projets est essentiel. Avez-vous déjà mis les opérateurs en contact ? Un des objectifs du plan consiste à « favoriser et promouvoir la santé dans toutes les politiques ». Une dimension locale de la promotion de la santé est pertinente, et vous aviez alors indiqué qu'un certain nombre d'opérateurs soutenus par la Commission communautaire française menaient des actions au niveau local. Quels sont-ils et quels sont leurs projets ? Enfin, tous les acteurs qui s'occupent du diabète, tels que l'Association belge du diabète et les professeurs d'université, réclament l'adoption d'un plan national en la matière. Tant que je serai parlementaire, je reviendrai sur ce sujet. Pouvons-nous encore espérer avancer dans ce dossier d'ici à la fin de la législature ?

Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.

Mme Cécile Jodogne, ministre.- Vous pointez à juste titre le classement moins favorable de la Belgique en 2016 en comparaison de l'année 1990, en ce qui concerne le nombre d'années de vie en bonne santé. Il convient d'analyser ce constat préoccupant en profondeur. Il me semble aussi utile de préciser, comme le fait Sciensano, que la Belgique réalise bien certains progrès mais que ces progrès sont moins rapides que dans d'autres pays, ce qui explique ce recul dans le classement.

L'ordre du jour de la prochaine conférence interministérielle (CIM) n'est pas encore fixé mais des résultats d'études ne sont généralement pas évoqués lors de ces réunions qui se concentrent davantage sur l'état d'avancement des nombreux dossiers en discussion au sein des différents groupes de travail intercabinets. Cela étant dit, il existe bien une volonté au sein de la CIM d'améliorer la santé des Belges et de se doter des outils nécessaires pour suivre l'évolution de leur état de santé. Ainsi, l'enquête de santé par interview est en cours et devrait livrer ses résultats à travers plusieurs rapports thématiques qui seront édités au cours des années 2019 et 2020.

En parallèle, le rapport sur la performance du système de santé belge est élaboré. Enfin, un groupe de travail de la CIM vise l'adoption d'objectifs de santé au niveau national qui devraient être validés par tous les ministres de la Santé. Pour ce dernier point, je ne vous cache pas qu'un accord n'a pas encore pu être trouvé. En ce qui concerne le projet Boost, comme pour les autres projets pilotes retenus dans le cadre du Plan soins intégrés en faveur des malades chroniques, l'évaluation a été confiée à une équipe scientifique dénommée FAITH.be. Cette équipe est composée de différentes universités (l'Université catholique de Louvain, la Katholieke Universiteit Leuven, l'Université de Liège, l'Université de Gand, l'Université d'Anvers et la Vrije Universiteit Brussel). Elle suivra les projets tout au long de leur opérationnalisation afin de fournir un retour d'information utile aux promoteurs ainsi qu'aux autorités.

En ce qui concerne les appels liés au Plan stratégique de promotion de la santé, les acteurs désignés à l'occasion du premier appel à projets et travaillant au niveau local en tout ou partie sur cette thématique sont les suivants : les Pissenlits, le Réseau santé diabète, Forest Quartier Santé et l'Entraide des Marolles. Comme je le pressentais, la priorité 1, « Promouvoir et soutenir les environnements et comportements favorables à la santé en matière d'alimentation, d'activité physique, de consommation d'alcool et de tabac », est moins bien couverte que les autres, en particulier pour les composantes « alimentation et activité physique ». Par conséquent, j'ai décidé de lancer un nouvel appel à projets qui s'est clôturé le 30 septembre dernier. Quatorze dossiers en lien avec cette priorité me sont parvenus. Ils sont en cours d'analyse. Les projets retenus bénéficieront d'un financement à partir du 1er janvier 2019. Ce que j'avais annoncé, il y a quelques mois, a effectivement été réalisé. Une série de nouveaux projets débuteront avec un financement dans le cadre du Plan stratégique de promotion de la santé au début de l'année prochaine. Enfin, je vous rejoins au sujet de la nécessité de mettre en lien les divers opérateurs. Une première réunion a été organisée à mon cabinet en étroite concertation avec l'administration au début de cette année pour présenter l'ensemble du dispositif. La plupart des opérateurs y étaient présents. C'était très intéressant. L'administration a d'ores et déjà prévu d'autres rencontres tout au long de la mise en œuvre du plan. Par ailleurs, le Centre bruxellois de promotion de la santé (CBPS), désigné comme service d'accompagnement, soutient la concertation des différents acteurs. Enfin, le Service d'information promotion éducation santé (SIPES) de l'école de santé publique de l'ULB, désigné comme service de support concernant cette thématique, réunira périodiquement les acteurs de terrain concernés. En conclusion, j'espère que la Belgique pourra regagner le plus vite possible un rang plus favorable dans le classement que vous évoquez dans votre question. J'estime à cet égard qu'une politique de promotion de la santé structurée, ambitieuse et ouverte aux transversalités constitue un moyen prometteur pour y contribuer. C'est dans cet esprit que j'ai mené la réforme de ce secteur. II s'agira dans l'avenir de suivre attentivement ses succès et ses difficultés à travers l'évaluation du Plan stratégique de promotion de la santé.

Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Comme vous le savez, je soutiens totalement ce Plan stratégique de promotion de la santé. Votre réponse à mon interpellation confirme la pertinence de la déclinaison de ce plan et son adaptation à la situation actuelle, qui est décrite dans l'étude.

Cependant, une pathologie, mise en exergue dans cette étude, me semble oubliée, à savoir les lombalgies. Même si celles-ci ne sont pas directement liées à un mode d'alimentation ou à la consommation d'alcool, il s'agit d'un véritable problème de société. C'est celui qui coûte le plus cher à la sécurité sociale en tant que cause d'absentéisme. Les chiffres qui figurent dans l'étude ne sont pas surprenants. Il y a 25 ans, ils étaient similaires.

Il conviendrait dans l'avenir de tenir compte de ces pathologies dans les plans de promotion de la santé d'autant qu'au printemps dernier, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a remis des recommandations pour démontrer que la plupart des lombalgies pouvaient être évitées par une augmentation de l'activité physique. Cela nous place directement sur le terrain de la promotion de la santé. En outre, ce constat bat en brèche l'idée que le remède réside dans le repos et les médicaments.