Pacte sur l’information et la démocratie

Publié par andredubus le jeu 13/12/2018 - 14:14
Question à Monsieur Rudy Demotte, Ministre-Président, chargé de l’Égalité des chances et des Droits des femmes.

M. André du Bus. – Monsieur le Ministre-Président, le 5 novembre dernier, à l’initiative de Reporters sans frontières, un collectif composé de lauréats du prix Nobel, du prix Sakharov, de spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, de juristes et de journalistes lançait un appel à la signature d’un accord: un Pacte sur l’information et la démocratie. Ce traité considéreraitl’espace global de la communication et de l’information comme un bien commun de l’humanité.

Quelques jours plus tard, le 11 novembre, se tenait à Paris le Forum de la Paix, où se réunissaient plusieurs chefs d’État et de gouvernement. Douze d’entre eux ont décidé de répondre à l’appel en signant l’accord: les dirigeants du Burkina Faso, du Canada, du Costa Rica, du Danemark, de la France, de la Lettonie, du Liban, de la Lituanie, de la Norvège, du Sénégal, de la Suisse et de la Tunisie. Ces pays se sont donc engagés à respecter la pluralité des médias et la liberté de la presse pour mettre en lumière la vérité et à adopter une méthode rationnelle d’établissement des faits.

Je vous sais sensible aux enjeux de la liberté de la presse, Monsieur le Ministre-Président.

La Belgique comptait-elle un représentant à cet événement? A-t-elle été sollicitée pour signer cet accord ?

Comptez-vous vous manifester auprès de vos homologues pour soutenir ce projet?

M. Rudy Demotte, ministre-président. – Le Forum de Paris sur la Paix n’est ni un sommet ni une conférence, c’est un nouvel élément dans la constellation de la coopération internationale multilatérale. Son objectif est de relever une série de défis et d’assurer une paix durable en dégageant des propositions axées sur le multilatéralisme. La composition du Forum est très hétérogène puisque de nombreux acteurs de la gouvernance mondiale ont été mobilisés: des États, des organisations non gouvernementales, des entreprises, des journalistes, des groupes religieux, des syndicats ainsi que de simples citoyens.

Vu le contexte actuel, cet accord répond également à une forme de provocation. Le multilatéralisme est régulièrement remis en cause et cette initiative de la France aura pour but de s’inscrire en faux contre cette tendance. Des thèmes comme le climat, la coopération au développement, les droits humains, le terrorisme et l’information ont été abordés. Dans ce cadre, douze pays ont adopté une déclaration internationale sur l’information et la démocratie, à l’initiative de Reporters sans frontières.

D’après nos informations, la Belgique aurait dû être représentée lors de ce Forum par le Premier ministre. En fin de compte, ce n’est pas lui, mais notre ambassadeur à Paris qui aurait assisté à ce processus. J’ignore pourquoi notre Premier ministre ne pouvait pas lui-même être présent.

Pour m’enquérir de ce qui s’est passé concrètement, j’ai décidé de contacter le ministre fédéral des Affaires étrangères, M. Reynders.

Pour conclure, je me référerais au ministre des Médias, M. Marcourt. La désinformation massive et la démultiplication des sources, qui facilitent les fausses informations, impliquent avant tout un travail de fond et de réflexion structuré. Et cette réflexion ne peut pas se dérouler dans un espace étriqué. Nous devons l’organiser aux échelons international et européen. Pensez à Reporters sans frontières, il est clair que c’est à cet échelon et avec l’aide des experts de l’information que nous pourrons relever ce défi.

Je vous prie de ne pas m’en vouloir. À ce stade, je ne peux pas être plus précis. Je vous fais part du contexte dans lequel nous avons eu à connaître, très indirectement, ces discussions. Et je suis certain que cela pourra être suivi d’échanges avec Jean-Claude Marcourt, qui a un intérêt particulier et une motivation à suivre ces questions.

M. André du Bus. – Monsieur le Ministre-Président, vous avez fourni une série d’éléments qui permettent de contextualiser l’enjeu de l’information et de comprendre que cet enjeu nécessite une réflexion de fond. J’en conviens, mais le fait d’être cosignataire ou de rejoindre ces douze signataires n’empêche en rien de mener, d’une façon ou d’une autre, une réflexion de fond.

À mon sens, il y a deux voies à suivre. D’une part, celle qui consiste à poursuivre la réflexion et l’action en soutien à Reporters sans frontières et, d’autre part, celle qui revient à rejoindre ces signataires via nos représentants au niveau international, que ce soit le ministre des Affaires étrangères, l’ambassadeur ou d’autres représentants. Cet acte, même s’il est symbolique – et nous avons besoin de symboles –, rappellerait une fois de plus combien la Belgique, et en l’occurrence la Communauté française, reste attachée à la qualité de l’information qui, aujourd’hui, est plus que jamais remise en question.