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La journée mondiale contre la tuberculose

Soumis par andredubus le
Question à Madame Cécile Jodogne, Ministre en charge de la santé

M. André du Bus.- Nous sommes le lendemain de la Journée mondiale de lutte contre la
tuberculose et nous avons pris connaissance du rapport qui a été établi par le Fonds des affections respiratoires (Fares), comme c'est annuellement le cas.

Ce rapport nous permet de comprendre que la situation, contrairement à la tendance qui était largement inscrite depuis plus d'une dizaine d'années - à savoir une baisse régulière du nombre de personnes décelées comme étant atteintes de la tuberculose -, s'est modifiée défavorablement. La baisse régulière s'est arrêtée en 2014 et reprend à la hausse à partir de 2015, puisque nous passons le cap de 1.000 patients atteints de tuberculose pour 2015.

Ces chiffres tranchent avec la tendance générale en Europe, et la Belgique devient le plus mauvais élève en matière de lutte contre la tuberculose puisque nous avons une hausse significative de la maladie.

Nous savons bien que la tuberculose présente une incidence différente suivant les régions qui sont touchées, et plus particulièrement les villes. Les grandes métropoles connaissent une incidence 3 à 4 fois supérieure au reste du pays. C'est le cas à Anvers et en Région bruxelloise. Les causes sont la précarité, les conditions de vie ainsi que l'impact des migrants.

Je cite le docteur Maryse Wanlin, directrice du Fares, qui dit : "Ce n'est pas tellement la fréquence de la maladie dans les pays dont ils proviennent qui est déterminante, mais les conditions de vie, le froid, la dénutrition lors de leur fuite et de leur exil qui peut expliquer un impact des migrants sur le taux de tuberculose dans notre pays.".

La situation est plantée. Il s'agit de savoir comment renforcer la lutte contre cette maladie.

Pourriez-vous inscrire ce sujet à l'agenda d'une prochaine conférence interministérielle (CIM) de la santé publique ? Je pense plus particulièrement à l'idée, déjà relayée depuis de nombreuses années par les acteurs de la lutte contre la tuberculose, de s'accorder sur un plan national contre la tuberculose. Nous demeurons l'un des seuls pays en Europe à
ne pas encore bénéficier d'un tel plan. Chacun ici connaît les raisons de l'absence de plans nationaux, hormis celui contre le sida.

Comment, le cas échéant, pourrions-nous intégrer le problème de la tuberculose dans le plan de lutte contre le sida ? Avec nos moyens, comment pourrions-nous mieux contribuer à la lutte contre cette maladie ?

Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.

Mme Cécile Jodogne, ministre.- J'ai effectivement pris connaissance des dernières données sur la réalité de la tuberculose en Belgique et en particulier à Bruxelles. Je ne dois  pas vous rappeler que la Commission communautaire française investit proportionnellement un montant assez important, puisqu'il s'agit de pas moins de la moitié du subside au Fonds des affections respiratoires (Fares). Nous sommes à égalité  avec la Région wallonne.

Vous l'avez souligné, c'est notamment parce que la tuberculose est beaucoup plus présente dans les villes et en particulier dans les grandes villes. Bruxelles ne fait pas exception.

Il faut quand même aussi rappeler qu'il existe un protocole d'accord entre les différentes entités fédérées conclu le 25 juillet 2013, qui concerne la prise en charge des patients atteints de tuberculose et qui établit les rôles entre le niveau fédéral et les Communautés et Régions en la matière.

Je vais à nouveau faire référence à la conférence interministérielle de la santé publique qui s'est déroulée lundi, puisque dans le cadre du protocole d'accord en matière de prévention, au même titre que pour le tabac, un chapitre entier est consacré à la prévention de la tuberculose. Dans ce protocole sont établies les responsabilités de l'État fédéral et celles des Communautés et Régions.

Le suivi de ce protocole va maintenant être mis en œuvre avec les différentes mesures selon les ministres concernés. Le travail se poursuit. C'est vrai que le Fares réclame depuis longtemps un plan national relatif à la tuberculose. Je ne suis pas certaine que ce soit le levier le plus adéquat ou le seul indispensable. Je fais référence aux discussions que nous avons eues il y a quelques semaines au sujet du Plan sida. Ce qui compte avant tout, c'est la volonté politique des autorités concernées de se mettre ensemble pour lutter contre ce fléau.

Dans ce cadre-là, je donne plutôt la priorité à la concertation et la cohérence des actions au niveau bruxellois avec la Commission communautaire commune et la Vlaamse Gemeenschapscommissie. Des discussions sont en cours dans le cadre du Plan de santé bruxellois, mais aussi dans le cadre du Plan d'action bruxellois de lutte contre la pauvreté.

En effet, les conditions de vie sont souvent déterminantes, plus que le pays d'origine ou la manière dont sévit la maladie dans le pays d'origine. C'est pourquoi des mesures sont discutées dans le cadre de ces deux plans.

Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Je constate que la CIM de la Santé publique du 21 mars a été particulièrement productive sur une série de sujets que l'on suit de près. C'est une bonne chose.

J'entends encore une fois le souci d'efficacité qui anime les ministres en charge de la Santé pour faire face à une série de défis, dont, en l'occurrence, celui de la tuberculose.

Je ne voudrais pas que les chiffres soient encore à la hausse l'année prochaine, entraînant une nouvelle demande d'un plan national de la part des acteurs de terrain afin de mobiliser et d'attirer davantage l'attention.

L'un des problèmes majeurs de la tuberculose réside dans le suivi du traitement, qui dure en moyenne six mois. Les conditions ne sont donc pas toujours réunies pour pouvoir assurer la prise quotidienne des médicaments telle qu'elle est pourtant prescrite, le protocole étant assez lourd à respecter.

A un moment donné, la mobilisation devra donc être optimale afin d'enrayer ce fléau d'une façon ou d'une autre. Nous verrons comment les mesures que vous avez prises seront mises en œuvre et pourrons ainsi juger de leur efficacité.