Discours prononcé ce vendredi 22 au parlement fédéral à l'occasion de la journée mondiale UNESCO du carillon
Il y a un mois, jour pour jour, des explosions ont résonné à quelques centaines de mètres d’ici. Le son du carillon du parlement a continué, imperturbable, à battre les heures, comme pour inviter nos cœurs à également continuer à battre, afin d’augmenter l’empathie envers les êtres qui nous entourent et ce, où qu’ils vivent. Le lendemain, ce même carillon nous a invités à observer une minute de silence.
Dorénavant, pour beaucoup d'entre nous le son de ce carillon, -le son d’un carillon-, ne sera plus le même. Il invitera ceux qui y sont sensibles à s’arrêter un instant pour observer ce qui les entoure et ce qui vit en eux, et, pourquoi pas, exprimer de la gratitude de vivre cet instant, de quoi procurer une nouvelle énergie pour continuer à agir en bienveillance.
Ainsi on peut imaginer le son du carillon comme une nouvelle invitation à ancrer plus profondément la gratitude et la bienveillance dans les actes que l'on pose.
J’ai eu l’occasion de côtoyer ce midi quelques carillonneurs ici présents, et je vous salue au passage. Ce qui me touche c’est que j’ai pu ressentir chez chacun d’entre vous un sens développé d’humilité et d’humanité. Votre source profonde de joie tient en ceci que vous jouez pour les habitants et les passants et ce, jusqu’où le vent porte le son.
Ces sons que vous offrez s’adressent à tous, sans aucune distinction, à ceux qui ont le nez gros ou l’oreille fine, à ceux qui ont un portefeuille bien garni ou à ceux qui portent des guenilles, à ceux qui se déplacent en poussette ou en chaise roulante,.. Et qui plus est, les ondes sonores que vous partagez ont la force de susciter des émotions conscientes ou inconscientes.
Maintenant, à l'heure de cette reconnaissance de l'Unesco, nous sommes dans l'obligation de trouver une ou plusieurs réponses à la question légitime : « Quelle place pour le carillon dans la ville de demain ? »
Car, outre le fait qu’il soit un messager, le carillon est justement un parfait exemple en matière de développement durable. Je peux aisément affirmer qu’il répond à tous les critères du développement durable que sont les aspects économique, social, environnemental et transgénérationnel.
En effet, je connais peu d’investissements qui traversent aussi bien le temps ! Qui sait, c’est peut-être ce lien si étroit avec le temps qui lui donne ce caractère intemporel ?
Chers Amis, outre ces multiples qualités, le carillon du parlement fédéral présente la particularité de siéger au sommet de nos assemblées respectives. Cette position privilégiée doit nous conduire à oser la confrontation de sa musique à la musique démocratique de celui qui reste notre plus grande source d'inspiration : Montesquieu. Ce dernier, à travers son Esprit des Lois, nous invite à prendre soin de la liberté, de l'égalité et je vais vous étonner de la frugalité ! Oui, la frugalité.
Permettez-moi de citer ce monument de la littérature française : « L'amour de l'égalité, et celui de la frugalité, sont extrêmement excités par l'égalité et la frugalité mêmes, quand on vit dans une société où les lois ont établi l'une et l'autre. » J’ai l’impression qu’au niveau belge, le parlement a consacré tellement d’efforts pour garantir notre liberté et, depuis seulement une cinquantaine d’année, certains aspects de l’égalité, que le travail parlementaire autour de ce troisième pilier qu’est la frugalité est bien pauvre. Je précise que le sens et la portée de la frugalité sont bien distinctes dans le contexte actuel qu'ils ne l'étaient du temps de Montesquieu, raison pour laquelle on lui a rapidement préféré, à l'époque, la fraternité.
Or, précisément, les bienfaits de la frugalité contribuent, entre autres, à garder une hygiène de vie aussi bien mentale que corporelle et ce, dans la lignée de l’adage Mens sana in corpore sano. Hippocrate préconisait Primum non nocere, « D’abord ne pas nuire ! ». Dépasser les limites de son corps ou de la planète a des effets nocifs. Or, la tendance depuis les années ’50 voit une croissance démesurée au niveau de la consommation et du gaspillage de la nourriture. Vivre en accord avec les principes de la frugalité se situe avant tout dans notre esprit. Quand la frugalité se vit dans la joie et la conscience, elle offre un bien-être pour soi, les autres et la nature.
Le carillon, dans sa frugalité, se contente de sonner les heures sans les compter et surtout sans les amasser. Il connaît ses limites que lui impose le cadran de l’horloge. Il nous invite ainsi à suivre l’horloge biologique de notre corps et de la Terre, car n'y-a-t il pas, Mesdames, Messieurs, chers amis, un temps pour tout ?
André du Bus de Warnaffe
Membre du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale
Membre du Parlement de la Communauté française
Conseiller communal à Etterbeek