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Projets concernant le dialogue pour un meilleur vivre ensemble à Bruxelles

Soumis par andredubus le
Question à Madame Bianca Debaets, secrétaire d'Etat

M. André du Bus.- La Région bruxelloise est devenue, en quelques décennies, une ville multiculturelle, une ville de minorités où chaque groupe a sa propre histoire, sa propre culture, sa propre religion, sa propre conviction philosophique et sa propre vision du monde. C'est donc, aussi, une ville "multicultuelle".

Dans le même ordre d'idées, avec le flux de migration et les processus de sécularisation, le monopole religieux qui caractérisait notre pays et l'Europe a fait place à un pluralisme religieux et philosophique. Cette diversité, il faut bien sûr la voir comme un atout et une richesse pour notre Région. Elle est aussi, et c'est normal, source de difficultés et de problèmes. Cependant, afin de mettre en avant, le mieux possible, de tels atouts et une telle richesse, il faut affirmer avec force que le vivre ensemble est possible. Il est de notre devoir, surtout dans le contexte actuel, de jouer un rôle fédérateur en suscitant le dialogue entre les différentes communautés, religieuses ou pas.

En juin dernier, je vous avais interrogée sur plusieurs initiatives assez intéressantes que vous aviez prises à cet égard. Vous aviez en effet annoncé avoir lancé un dialogue entre les responsables des diverses communautés religieuses et philosophiques séculières. Un tel dialogue avait déjà été lancé à l'époque par le ministre Chabert.

De ce dialogue avait découlé une première action concrète, à savoir le lancement d'une revue philosophique et interreligieuse très accessible, dans laquelle chaque culte agréé se présente à l'aide d'informations concernant les fêtes religieuses, les symboles, les rituels, les salutations.

En outre, vous annonciez ne pas vouloir en rester là. Vous envisagiez l'organisation d'une rencontre davantage centrée sur l'échange ainsi que d'autres actions à plus large échelle. De manière globale, vous indiquiez vouloir vous axer sur des actions très concrètes, dont la première était la confection d'une revue.

Dans ce cadre, pouvez-vous nous faire un état des lieux des nouvelles et dernières actions menées depuis juin dernier ou actuellement en cours de préparation ? Pouvez-vous nous dire si celles-ci ont permis de nourrir des initiatives similaires prises au niveau local ? C'est vrai que le niveau local voit des initiatives du type plates-formes interconvictionnelles, interculturelles, interreligieuses, etc., avec plus ou moins de succès.

M. le président.- La parole est à Mme Debaets.

Mme Bianca Debaets, secrétaire d'État.- Tout comme vous, je suis convaincue que la diversité est un atout et une richesse pour Bruxelles. Malheureusement, la diversité conduit souvent aussi à des situations difficiles, surtout lorsque nous ne nous connaissons pas assez.

Le but de cet échange est donc d'apprendre à se connaître au travers de la mise en place d'un dialogue franc.

Le but est de nous rapprocher de l'autre sans pour autant perdre notre propre identité.

Il est vrai que cette plate-forme existait déjà. Je suis bien placée pour le savoir, car je travaillais pour M. Chabert dans le cadre de ce projet. J'ai donc suivi toutes les réunions qui étaient présidées par MM. Picqué et Chabert.

Il est vrai aussi que des plates-formes d'échange existent déjà aux niveaux communal et fédéral, mais lorsque j'ai eu la possibilité de reprendre le projet, et de le dynamiser en quelque sorte, mon cabinet et moi-même avons voulu aller plus loin et faire quelque chose de concret.

Il est bien entendu important que les représentants des religions et des convictions philosophiques se rencontrent. Dans cet ordre d'idées, il est certes important que le grand rabbin de Bruxelles puisse discuter avec les représentants du pouvoir exécutif et des autres religions, mais il nous faut aller plus loin.

Le premier résultat de ce travail sur le terrain en matière de dialogue interreligieux fut la publication de Lueurs, un magazine existant dans les deux langues. Chaque courant philosophique, chaque religion y est présentée au travers de ses fêtes importantes, rituels, salutations,...

Je peux vous procurer un exemplaire de ce magazine écrit dans un langage très accessible, en particulier pour les jeunes. Il a été distribué dans les écoles, bibliothèques, centres culturels, etc., à hauteur de 75 ou 76.000 exemplaires à Bruxelles. Il a également été diffusé par voie numérique et a été lu 6.648 fois en ligne.

Cette première édition a été très bien accueillie et a donné lieu à nombre de réactions positives. Nous avons reçu beaucoup de demandes venant d'instituteurs et d'autres acteurs de Wallonie ou de Flandre, même si c'était d'abord un outil pour la Région bruxelloise.

Il y a quelques semaines, nous nous sommes réunis à nouveau avec les représentants et avons convenu de poursuivre ce travail avec un deuxième numéro. Le premier avait pour but de faire connaître les différentes convictions et religions. Ce nouvel opus devrait être réalisé à destination plus spécifiquement des jeunes. Un marché public a été lancé, avec une procédure à négocier.

Mais les représentants s'accordaient à dire qu'il fallait aussi une intervention sur le terrain. Ainsi, nous avons organisé il y a quelques mois à Molenbeek, territoire symbolique par excellence, un match de foot interreligieux et convictionnel sur la place communale. Des écoles d'Uccle - j'aurais pu dire Woluwe, Ixelles, ou Watermael-Boitsfort - jouaient avec des jeunes de Molenbeek, qu'ils ne rencontrent pas forcément habituellement. Il s'agissait d'équipes mixtes, mélangeant garçons et filles, mais aussi juifs orthodoxes, musulmans et autres religions.

(Remarques de M. Cornelis)
(Sourires)

Non, ils ne jouaient pas les uns contre les autres, mais justement dans des équipes mixtes pour apprendre à mieux se connaître ! Ils étaient tous impressionnés. C'était un très beau projet.

L'idée est de créer avec les communes, sur le terrain, un événement annuel, ainsi que de continuer sur la voie du magazine. Ce sont les deux pistes que nous allons creuser en profondeur.

M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Je suis particulièrement sensible aux actions de terrain, car elles sont porteuses de sens et d'avenir. En travaillant sur les jeunes, vous mettez le doigt sur un enjeu qui reste capital.

Ayant fait référence à plusieurs reprises à cette étude d'Andrea Rea sur les représentations mentales des jeunes de Bruxelles en fonction de leur milieu d'origine, je me souviens que la représentation mentale de Bruxelles par des jeunes entre 15 et 18 ans, issus de quartiers de Molenbeek ou de certains quartiers de Bruxelles-Ville, comparée à celle qu'en ont des jeunes de Woluwe, d'Uccle ou d'Auderghem, montre des différences.

La carte de ce que représente Bruxelles pour les premiers est dix fois moins étendue que la carte de ce que représente Bruxelles pour les jeunes du second groupe. En dehors de leur quartier, les jeunes du premier groupe n'allaient nulle part ailleurs. Encore plus interpellant, l'expérience a amené ces jeunes à se déplacer dans des quartiers dans lesquels ils ne s'étaient jamais rendus. Ces jeunes se sentaient physiquement mal dans ces quartiers qui leur étaient inconnus.

L'enjeu qui vise à faire se rencontrer les jeunes et à les inciter à se parler et se découvrir est vraiment fondamental.

C'est également éloigné des enjeux qui sont liés aux aspects théoriques du dialogue interreligieux en fonction des textes des différentes religions. Je fais référence au discours d'Armand Veilleux lors de la commémoration des 20 ans de l'assassinat des moines de Tibhirine. Ce monastère était un exemple particulier du vivre ensemble, puisqu'il s'agissait d'un monastère chrétien dans un monde musulman et qui s'inscrivait dans un dialogue interreligieux. Dans son discours, Armand Veilleux disait que le vrai dialogue interreligieux n'est pas dans la comparaison des textes, mais dans le fait de pouvoir partager une tasse de café ou de thé, s'aider au quotidien ou échanger des choses et pas de dialoguer sur des enjeux philosophiques ou convictionnels.

Le dialogue est réussi à partir du moment où des choses simples se partagent. Si notre Région peut d'une façon ou d'une autre multiplier des initiatives de ce type-là, alors nous faisons vraiment un travail qui a du sens.

Je vous remercie pour les exemples que vous avez donnés. Vous avez évidemment tout notre soutien dans le développement de ces initiatives et aussi dans les valeurs exemplatives qu'elles peuvent avoir au niveau local.

Comme je l'ai déjà dit, plusieurs communes ont pris des initiatives. Je vois que certaines ne savent pas très bien comment avancer avec celles-ci. Il existe un déficit d'informations opérationnelles. De ce côté-là, il reste vraiment des enjeux à décliner.

Commentaires

Lemaître (non vérifié)

Toute initiative pour favoriser le dialogue inter religieux est à soutenir et doit se vivre avec le respect des différentes religions présentes et la volonté de chacun de vouloir comprendre et accueillir la foi de l'autre.
Malheureusement, souvent les chrétiens sont très ouverts mais nous ne trouvons pas le même accueil ni le même engagement de l'autre côté.
Il ne faut être simplement naïf et étudier les causes profondes de tout ce qui se passe actuellement.

jeu, 2 Jun 2016 - 11:19 Permalien