Question à à M. Jean-Claude Marcourt, Vice-Président du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles
M. André du Bus. – Les «Jeudis de l’hémicycle» du Parlement francophone bruxellois sont des moments de rencontre où l’on explore un thème de société. La dernière séance du 25 février dernier nous a permis de comprendre la situation des jeunes aidants proches. Il s’agit d’enfants, d’adolescents ou de jeunes adultes qui apportent une aide quotidienne à une mère, un père, une sœur, un frère en situation de dépendance à la suite d’un accident, d’une maladie physique ou mentale, d’un handicap ou de la consommation d’alcool ou de drogues. Les conséquences de cette charge assurée par le jeune aidant proche peuvent être particulièrement lourdes et stressantes lorsque les tâches et les responsabilités qui reposent sur lui deviennent excessives. Elles impactent sa qualité de vie ainsi que ses projets d’études ou de loisirs. Il n’est pas rare que les difficultés scolaires, le décrochage ou le harcèlement soient au rendez-vous de ces jeunes qui vivent alors une réelle détresse, les enfermant dans une solitude qui participe à une forme d’exclusion sociale, qui renforce celle-ci.
L’expérience démontre qu’une reconnaissance de cette situation est la première étape indispensable avant d’activer un réseau d’aide et de soutien et d’alléger ainsi la charge qui pèse sur les épaules du jeune. Mais cette reconnaissance ne peut se déployer dans le milieu scolaire que si les enseignants et le personnel encadrant sont sensibilisés à cette problématique. Cela nécessite un travail préalable de formation. Existe-t-il actuellement une sensibilisation à cette problématique au sein de la formation des enseignants, que ce soit au sein de la formation initiale ou de la formation continue? Si tel n’est pas le cas, qu’envisageriez-vous afin d’intégrer cette dimension au sein de la formation?
M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – Il n’est pas facile pour un jeune de s’occuper d’un proche atteint d’une maladie et de vivre en même temps sa vie d’adolescent, d’aller à l’école, de garder le contact avec ses copains, etc. Je vous remercie d’attirer mon attention sur cette réalité. Elle suscite autant d’admiration que d’inquiétude. En effet, les jeunes confrontés à cette situation n’ont pas toujours conscience de la charge qui leur incombe par rapport aux enfants qui ne vivent pas la même réalité familiale. Ils peinent à en parler et souvent, ils ne sont pas reconnus pour les services qu’ils rendent. La difficulté première réside dans l’identification de ces jeunes. Elle pourrait se faire à plusieurs niveaux dont celui de l’école. Pour cela, il est nécessaire que les enseignants aient été sensibilisés et formés à cette problématique et c’est encore trop rare aujourd’hui.
En termes de formation initiale, l’identification des jeunes aidants proches n’apparaît pas explicitement dans les contenus de formation des instituteurs et des régents. Rien n’empêche cependant que les activités d’apprentissage soient organisées sur cette question. C’est donc avant tout les formateurs de formateurs qu’il importe de sensibiliser à la nécessité d’outiller les enseignants. Ils pourront ainsi identifier les jeunes aidants proches et les orienter vers un réseau de soutien dont ils seront eux-mêmes l’un des maillons. Dans le cadre de la réforme de la formation initiale des enseignants, la révision de la formation des formateurs est à l’ordre du jour. Les travaux débuteront d’ici quelques semaines. Je ne manquerai pas de relayer auprès des quatre opérateurs chargés de formuler des propositions pour la réforme l’importance d’intégrer dans la réflexion la problématique des jeunes aidants proches. La formation continue faisant partie du champ de compétences de ma collègue en charge de l’enseignement obligatoire, je vous invite de l’interpeller sur cette question.
M. André du Bus. – Vous avez bien saisi l’enjeu de cette situation et les difficultés qu’elle cause aux jeunes aidants proches. Je vous remercie de relayer cette question auprès des responsables des formateurs et je vous demande de me tenir au courant de la manière dont cette sensibilisation sera effectuée. Quant à votre dernière suggestion, je m’apprête à l’instant à aller interpeller la ministre de l’Éducation sur le même sujet.