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Alcool et risques pour la santé

Soumis par andredubus le

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Selon un rapport récent de l’OMS reprenant des chiffres depuis 2004, une consommation excessive d’alcool entraîne 2,5 millions de décès dans le monde chaque année et serait le troisième facteur de risque de morbidité, le deuxième en Europe.

En effet, il apparaît que dans les pays émergents – Inde, Afrique du Sud,...–, la hausse du niveau de vie entraîne une augmentation significative de la consommation d’alcool. Par ailleurs, comme nous l’avons abordé dans la proposition de résolution sur l’incompatibilité entre les messages de prévention de la Communauté française contre les assuétudes et les pratiques commerciales en matière d’alcool, l’attitude de binge drinking, consistant à boire dans le but d’atteindre l’ivresse, se développe considérablement dans les pays développés.

L’OMS pointe l’effet pathogène de la consommation d’alcool, tant sur le plan de la santé physique et mentale que sur le plan social et s’étonne que la lutte contre l’alcoolisme ne fasse pas davantage partie des priorités de santé de bon nombre de gouvernements.

Le cancer fait partie des maladies favorisées par la consommation d’alcool. En effet, une étude américaine présentée dans un article de presse récent affirme qu’il existe une véritable augmentation du risque de cancer lors d’une consommation d’alcool, même modérée. C’est ce caractère modéré qui nous a surpris et qui doit être pris en considération.

Les principaux cancers relevés sont celui de la bouche, de pharynx et du larynx, de l’oesophage, du côlon-rectum et du sein. L’élément le plus marquant est qu’aussi faible soit-elle, une consommation de boissons alcoolisées augmente le risque de cancer, qui devient significatif dès une consommation quotidienne d’un verre de boisson alcoolisée. On est bien loin des recommandations de la France, selon lesquelles un verre de vin par jour augmente la longévité.

Par ailleurs, force est de constater, à la lecture d’un autre article de presse relayant les résultats d’une méta-analyse de l’impact de la consommation d’alcool sur le coeur, qu’un verre d’alcool par jour peut s’avérer bénéfique pour la prévention des maladies cardio-vasculaires. Il diminuerait en effet le risque de mortalité de 14 à 25 pour cent. C’est évidemment cet élément-là qui fondait la publicité à laquelle je viens de faire référence. Ces constats sont aussi préoccupants que paradoxaux.

La consommation excessive d’alcool devient, après le tabac, la seconde cause évitable de mortalité par cancer. Des initiatives sont-elles soutenues par le gouvernement de la Communauté pour sensibiliser la population à l’effet significatif de l’alcool sur le cancer ?

Étant donné qu’aucun seuil de consommation sans risque n’a été fixé jusqu’à présent, comment tenir un langage cohérent et éviter des confusions dans la population ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Vous avez raison de rappeler, monsieur le député, qu’une consommation importante d’alcool a des effets nocifs sur la santé physique et mentale et qu’une consommation régulière d’alcool augmente de risque de développer de nombreux cancers.

Un programme qui concerne spécifiquement la consommation d’alcool est financé depuis plusieurs années en Communauté française. Il s’agit du programme Univers Santé qui, dans un premier temps, s’est attaché à prévenir les risques liés à une consommation excessive d’alcool par les jeunes, notamment les étudiants lors d’événements particuliers comme les baptêmes, les 24 heures vélo, etc. Actuellement, le promoteur développe un programme plus vaste de prévention d’une consommation problématique d’alcool dans une logique de promotion de la santé. Il a, à cet effet, recours à différentes stratégies. Il plaide notamment pour la suppression des campagnes de publicité en faveur de l’alcool et pour la création d’un Conseil fédéral de la publicité. Notre parlement a d’ailleurs adopté une résolution en ce sens.

C’est également dans cette approche globale de réduction des risques que travaillent les autres associations du secteur de la lutte contre les assuétudes. La prévention de l’alcoolisme ou d’une consommation problématique d’alcool est davantage prise en charge par les médecins, notamment dans la prévention des cancers digestifs. On a à cet effet recours à des messages de prévention plus ciblés, par exemple en soulignant le lien entre la consommation régulière l’alcool et l’apparition de cancers.

L’action de la Communauté française vise à sensibiliser la population à la consommation responsable d’alcool. La consommation d’alcool est un facteur de risque pour le développement de multiples pathologies. Elle est également source de nombreux accidents de la circulation, cause importante de mortalité chez les jeunes.

On a actuellement recours à deux stratégies complémentaires pour adresser des messages cohérents à la population. Tout d’abord, la résolution relative à l’incompatibilité entre les messages de prévention de la Communauté française contre les assuétudes et les pratiques commerciales relatives à l’alcool devrait garantir à terme l’adoption de dispositions cohérentes sur la publicité. Ensuite, des actions de sensibilisation à une consommation responsable sont menées. Je soutiens à cet effet les acteurs de terrain.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Il reste maintenant à savoir ce que l’on désigne par « responsable ». Jusqu’à présent, on pouvait croire qu’une consommation modérée était une consommation responsable. Toutefois, des études semblent démontrer qu’une consommation même responsable aurait des effets négatifs sur la santé.

C’est particulièrement interpellant. Des compléments d’études seront peut-être nécessaires pour déterminer ce que l’on entend par consommation « modérée » et « responsable ».