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Alcool, jeunes et médias

Soumis par andredubus le

Le 17 février dernier, l’asbl Univers Santé organisait une table ronde sur la promotion de l’alcool faite dans les médias en direction des jeunes. Depuis 2003, cette asbl, avec neuf autres partenaires, s’intéresse à la consommation d’alcool chez les jeunes et a créé le groupe « Jeunes et alcool ». Ce groupe multisectoriel réfléchit à des pistes pour modifier certains comportements, notamment la surconsommation et le binge drinking, c’est-à-dire boire pour boire dans le but d’atteindre l’ivresse.
Les stratégies de marketing des fabricants de vins et de spiritueux visant spécifiquement les jeunes contribuent largement à ces évolutions : alcopops aux couleurs et aux goûts de limonade, ligue sportive au nom d’une bière, offensives publicitaire en milieu étudiant, multiplication de la publicité sur le net et au cinéma. Ajoutez à cela une forme de banalisation, de normalisation par la société et par les jeunes eux-mêmes. En témoigne le nombre impressionnant de blogs mettant en scène des jeunes ivres.
Si le travail du secteur éducatif joue un rôle important pour promouvoir une consommation responsable et moins risquée, sans diaboliser ni banaliser la consommation d’alcool, il me semble important que nous puissions, dans cette commission, nous pencher également sur le rôle des médias et plus particulièrement sur les stratégies publicitaires, thème abordé lors de cette table ronde.
J’étais déjà intervenu lors de la précédente législature pour insister sur l’influence des médias sur les jeunes et ses conséquences sur leur santé.
Lors de la Conférence interministérielle de Santé publique du 17 juin 2008, les ministres ont rédigé une déclaration conjointe sur la politique future en matière d’alcool. Elle prévoit que « les stratégies marketing et publicitaires en faveur de l’alcool doivent être limitées autant que possible sur le plan quantitatif. De préférence, on doit les interdire lorsqu’elles s’adressent à certains groupes cibles, tels que les jeunes. Les stratégies marketing et publicitaires en faveur de l’alcool peuvent uniquement fournir des informations sur le produit et diffuser des messages et des images renvoyant exclusivement à l’origine, à la composition et aux procédés de fabrication du produit ». Force est de constater qu’un important effort reste à faire.
En vertu de l’article 16 du décret coordonné sur les services de médias audiovisuels du 26 mars 2009, les radios et télévisions qui diffusent de la publicité en faveur des boissons alcoolisées doivent mettre gratuitement à la disposition du gouvernement, des espaces publicitaires destinés à la diffusion de campagnes d’éducation pour la santé. Si ce texte constitue un grand progrès, il y a encore du pain sur la planche.
Dans ce contexte, la Communauté française continuera-t-elle à financer « Jeunes et alcool », ce projet novateur qui réunit de nombreux acteurs de milieux très différents, et ce dès 2010 ? À la suite de cette table ronde, des solutions sont-elles étudiées pour responsabiliser les annonceurs publicitaires et les fabricants de vins et spiritueux face aux jeunes, au-delà du code éthique élaboré par le collège d’avis du CSA, qui n’a pas de valeur contraignante ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Je connais et j’apprécie le professionnalisme de la plate-forme « Jeunes et alcool ». Son travail a permis de ramener la consommation d’alcool par les jeunes au centre des préoccupations.
La table ronde sur la promotion de l’alcool dans les médias en direction des jeunes, qui s’est tenue le 17 février dernier, a rassemblé une vingtaine de participants : les publicitaires, via la Fédération des brasseurs belges, et la Fédération belge des vins et spiritueux ; les médias, avec Média Animation, Télé Bruxelles et NRJ ; le Conseil de la jeunesse et la plate-forme « Vigilance Action Pub » ; le Conseil de la publicité et le Jury d’éthique publicitaire ; le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Crioc et des représentants du ministre Benoît Cerexhe. Une conseillère de mon cabinet a aussi suivi les travaux.
Le rôle de la publicité comme déterminant de la consommation d’alcool par les jeunes a été discuté. Les supports traditionnels tels que les affiches ou les spots utilisés dans le cadre de la prévention ont également été abordés. D’autres pratiques, plus difficiles à identifier et donc à contrer, ont été évoquées, par exemple des contacts sur les sites sociaux spécialement conçus pour la promotion d’une marque, des récompenses pour les « plus belles cuites » sur les sites des alcooliers, voire le financement de cercles étudiants.
Le tour de table final a permis d’identifier la responsabilité de chacun des acteurs présents dans la prévention du mésusage de l’alcool. Parmi les solutions envisagées, la responsabilisation des annonceurs publicitaires et des fabricants de vins et spiritueux doit être cadrée. Depuis 2005, il existe une convention entre le ministre fédéral de la Santé et les alcooliers. Ce code de bonne conduite repose sur la bonne volonté d’acteurs privés. Le contrôle de cette convention est assuré par le Jury d’éthique publicitaire, organe privé qui regroupe des annonceurs, des agences de publicité ou encore des médias. Depuis 2008, il s’est ouvert aux organisations de consommateurs mais il les cantonne à un rôle d’observateurs.
La plate-forme « Jeunes et alcool », constituée de neuf partenaires issus des secteurs de la santé, de l’éducation et de la jeunesse, recommande l’instauration d’un Conseil fédéral des pratiques commerciales ayant une double mission : l’observation des pratiques commerciales et la fixation de cadres et de règles précises en matière de publicité pour l’alcool.
La plate-forme « Jeunes et alcool » est portée par l’asbl Univers Santé dans le cadre de son projet « Jeunes et alcool », dont l’objectif est de prévenir le mésusage de l’alcool chez les jeunes. Ce projet propose d’agir à partir des déterminants qui poussent les jeunes à la consommation, notamment l’influence des médias. Ce projet répond à une priorité du Plan communautaire opérationnel, le PCO, qui s’adresse à un public prioritaire et vise les milieux de vie des jeunes.
La Communauté française continuera donc à financer ce projet en 2010. Le 5 mars 2010, j’ai demandé à mon administration de me soumettre un projet d’arrêté.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je suis satisfait de savoir que la ministre était représentée lors de cette table ronde. Concernant la composition du jury d’éthique publicitaire, vous avez évoqué la présence d’une série de nouveaux acteurs avec voix consultative.

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des chances. – C’est exact. C’est mieux que rien car, évidemment, la parole est libre.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Ne conviendrait-il pas revoir la composition de ce jury d’éthique publicitaire qui, selon mes informations, est composé pour moitié de personnes issues du monde de la publicité et du marketing ? L’intérêt général y est-il suffisamment représenté ? Poser la question revient quasiment à y répondre. Nous comptons prendre une initiative visant à revoir la composition de ce jury d’éthique.