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Ambassadeur-prévention pour lutter contre certains cancers | Interpellation au PFWB

Soumis par andredubus le

Interpellation à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Fin janvier, nous avons pu lire dans la presse que la Fédération Wallonie-Bruxelles, en collaboration avec plusieurs organismes concernés par la prévention du cancer, lançait dans une partie du Hainaut un nouveau projet-pilote, nommé « ambassadeur-prévention », pour renforcer le dépistage du cancer.

Il est incontestable que le taux de réponses au dépistage de certains cancers reste trop faible. Ce constat a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses discussions dans cette commission et le colloque sur le cancer du sein que nous avons récemment organisé nous l’a une fois encore confirmé. Que ce soit pour détecter un cancer du sein, un cancer colorectal ou encore dans le cadre de la vaccination préventive contre le cancer du col de l’utérus, une réticence, nourrie de causes multiples telles que de mauvaises représentations de la part du public, continue à freiner cette prévention.

Il apparaît donc que la Fédération Wallonie-Bruxelles va mobiliser 90 000 euros pour que cet ambassadeur-prévention, indépendant et préalablement formé sur la prévention du cancer, réalise cette année trois courts entretiens avec 250 médecins généralistes, afin de les aider à mieux informer les patients et tenter d’identifier les freins à la bonne participation aux campagnes de dépistage du cancer. L’évaluation finale de cette opération est prévue pour le premier trimestre 2014.

Je tenais à saluer cette initiative qui a sans nul doute sa raison d’être pour renforcer la prévention de ces cancers. Comme je l’ai déjà indiqué à plusieurs reprises, notamment en conclusion de notre colloque, nous souscrivons à ce que les médecins généralistes, comme interfaces de première ligne avec les citoyens, puissent proposer des démarches préventives du cancer. J’ai cependant quelques questions à vous poser sur cette initiative.

Pouvez-vous nous fournir des précisions sur la mise en place concrète du projet ? Quelle est la nature de la formation de l’ambassadeur-prévention? Quels outils va-t-il exploiter pour proposer ses échanges d’informations avec les médecins généralistes ?

Pourquoi le projet s’adresse-t-il uniquement à une partie du Hainaut ? Un projet d’élargissement à tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles est-il prévu à l’issue de 2014, dans le cas de résultats favorables ?

D’où proviennent les 90 000 euros prévus pour lancer le projet ? Sont-ils déjà inclus dans le budget initial 2013 ? Quelle sera la formation proposée aux médecins ? Avez-vous des contacts avec M. Marcourt, en charge de l’enseignement supérieur, sur la sensibilisation des médecins aux techniques de prévention lors de leur cursus de formation initiale ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Le projet-pilote mentionné dans vos interpellations a débuté le 2 janvier 2013 par une formation intensive de l’ambassadrice de prévention. Les premiers rendez-vous avec les médecins ont démarré le 25 janvier dernier.

Ce projet-pilote vise à encourager le recours au programme de médecine préventive, plus particulièrement aux dépistages des cancers du côlon et du sein ainsi qu’à la prévention du cancer du col de l’utérus.

Concrètement, une ambassadrice de prévention rencontre un panel de médecins généralistes de la zone pilote du grand Mons, de la région du Centre et de l’ouest de Charleroi. Avec leur accord, l’ambassadrice de prévention convient de deux autres visites. Elle possède une formation de diététicienne et une expérience en marketing médical.

Pour dissiper les craintes éventuelles, elle n’est pas connue comme déléguée médicale par les médecins de la zone pilote. Il n’y a dès lors aucun risque de confusion avec une démarche commerciale.

J’insiste sur l’intérêt de ce projet-pilote qui utilise une méthode de sensibilisation inspirée des stratégies de communication des services privés et adaptée au secteur public. Avant de rencontrer les médecins, l’ambassadrice de prévention a reçu une formation intensive initiale de seize jours dispensée par Quintiles, l’asbl Question santé, le Centre de référence des cancers de la Fédération Wallonie-Bruxelles et l’administration, sous l’égide de la Société scientifique de médecine générale.

Plus précisément, Quintiles a été chargé d’une formation de deux jours sur la technique de communication, d’une autre d’un jour et demi sur le rapportage, d’une d’un jour sur la gestion du territoire, d’une, en ligne, d’un jour sur la compliance – notamment sur les questions d’éthique, de bonnes pratiques de communication et du respect de la vie privée –, d’une formation en ligne de trois jours sur les pathologies et les traitements des cancers du sein et colorectal et d’une de trois jours certifiée médicanorm. Conjointement avec l’asbl Questions santé, Quintiles a également été chargé d’une formation d’une journée portant sur la gestion des objections, notamment lors d’un face-à-face avec un médecin.

Questions santé a pour sa part fourni une documentation adéquate et pertinente à l’ambassadrice de prévention, dispensé une information théorique de deux jours sur le dépistage organisé ainsi que sur l’histoire du cancer et de ses spécificités.

Questions santé a organisé, d’une part, des séances d’une durée totale d’un jour et demi sur des questions-réponses précises et pratiques suite à une formation théorique pour chaque thème abordé et, d’autre part, après les dix premiers jours sur le terrain, une séance complémentaire d’un demi-jour de questions-réponses en fonction des situations rencontrées par l’ambassadrice de prévention lors des premières rencontres. Enfin, conjointement avec la Société scientifique des médecins généralistes, Questions santé a dispensé une formation d’un jour centrée sur les aspects pratiques pour le patient et le médecin généraliste.

Le Centre de référence du cancer a quant à lui formé l’ambassadrice de prévention aux aspects techniques des programmes organisés des dépistages des cancers et l’administration a dispensé une formation à la prévention du cancer du col de l’utérus via la vaccination.

Tout au long du projet, une infirmière de la société Quintiles assure des séances d’intervision avec l’ambassadrice de prévention. L’objectif est de lui donner un regard en miroir sur sa pratique professionnelle et d’éventuellement la recentrer sur ses objectifs de prévention et de santé publique.

Lors des visites, l’ambassadrice de prévention remet aux médecins les outils édités par la Fédération Wallonie-Bruxelles sur les trois thèmes abordés. Il s’agit de brochures, d’affiches et de référentiels.

Des exemplaires de la revue Santé pour tous, réalisée par l’administration et consacrés spécifiquement à ces thématiques, sont aussi distribués.

Outre les visites des médecins, des actions de sensibilisation complémentaires ont été prévues.

Ainsi, la Société scientifique des médecins généralistes a diffusé un courrier d’information aux médecins du groupe pilote dès le début du projet. Son site spécialisé pour les médecins (www.ssmg.be) présente le projet pilote et consacre un cahier sur chaque thème retenu. Elle a également prévu de réunir deux dodécagroupes dans le courant de l’année et d’informer les médecins sur ce projet dans la Revue de Médecine Générale. Enfin, le site grand public de la Société scientifique des médecins généralistes (www.mongeneraliste.be) fournit une information sur les deux programmes de dépistage et sur la vaccination.

Comme vous aurez pu le constater, les actions spécifiques qui accompagnent l’ambassadrice dans un cadre plus général sont nombreuses et s’intègrent tout à fait dans les campagnes de communication générale en cours.

Concernant le choix de la zone pilote, j’ai souhaité cibler une région suffisamment dense et donner la priorité à un territoire relativement neutre pour éviter d’introduire une éventuelle perturbation dans la participation actuelle aux programmes organisés.

Les médecins visités ont été sélectionnés sur la base d’une pratique en consultation individuelle suffisamment importante. Ils ont été ensuite échantillonnés de manière aléatoire. Les pratiques de groupe telles que les maisons médicales n’ont pas été retenues car elles favorisent naturellement l’échange d’informations. Elles développent également un intérêt plus marqué quant à la prévention et à la santé publique. Plusieurs études l’ont largement démontré.

Une zone de 250 médecins généralistes a ainsi été définie dans une partie du Hainaut qui compte une population hétérogène. Ce nombre correspond au travail que peut effectuer un médecin sur un an compte tenu des 750 visites à effectuer, des temps d’attente dans les cabinets médicaux, des déplacements, des temps d’intervision, de rapportages et d’évaluation.

Le groupe de médecins-témoins de la province du Hainaut et celui de la province de Liège permettront de tenir compte des biais qui seraient attribuables à un effet de capillarité ou à des effets contingents. Il s’agit donc plutôt d’une étude de groupe témoin que d’une étude en « double aveugle ».

Dans la mesure où il s’agit d’un projet pilote qui utilise une méthode de sensibilisation novatrice dont l’objectif est précisément d’évaluer l’efficacité d’une telle stratégie et d’en tirer des enseignements pour améliorer les programmes, aucun objectif quantitatif n’a été posé.

Il faut préciser que les taux de couverture extrêmement bas pour les dépistages du cancer du sein et du cancer colorectal, ainsi que l’absence de programme organisé pour le dépistage de cancer du col ne permettent pas d’axer l’évaluation sur la seule augmentation de la couverture ou de la participation.

L’évaluation sera plus large et analysera aussi la recevabilité et l’acceptation de messages à caractère préventif par cette stratégie de communication et mettra en évidence une éventuelle augmentation de l’intérêt du médecin généraliste pour les programmes préventifs.

L’évaluation comprendra trois volets : une évaluation qualitative ex-ante et ex-post par enquête auprès des médecins participant au projet pilote et des deux groupes témoins composés chacun de 400 généralistes. Elle portera essentiellement sur les connaissances et les pratiques des médecins.

Le deuxième volet sera une évaluation concomitante sur la base d’un relevé de données qualitatives recueillies par l’ambassadrice de prévention.

Elle a pour but de recueillir les freins allégués et les difficultés rencontrés par les médecins dans leur pratique préventive, leurs suggestions d’amélioration de l’organisation des programmes ainsi que leur appréciation sur le projet pilote.

La dernière étape est une évaluation d’impact sur les comportements finaux. Elle comparera divers indicateurs recueillis avant, pendant et après la durée du projet pilote, par le groupe pilote et pour chacun des deux groupes témoins.

Les indicateurs retenus pour l’évaluation d’impact sont : le nombre absolu de tests Hemoccult utilisés et de mammotests pour les dépistages du cancer du colon et du sein ;le nombre de tests Hemoccult commandés ; le nombre de médecins désignés comme référents pour au moins un test Hemoccult revenu pour analyse ; le nombre de médecins désignés comme référents pour au moins un mammotest réalisé etle nombre de commandes de vaccins contre le virus du papillome humain (HPV).

Le budget consacré au projet s’élève à 90.000 euros. Ce crédit a été imputé pour l’année budgétaire
2012 à l’article de base 33.02.25 de la DO 16.

Avant d’envisager une généralisation à la Fédération Wallonie-Bruxelles, je souhaiterais connaître l’efficacité de la méthode utilisée. Si elle s’avérait, la méthode ne s’appliquerait pas pour autant automatiquement à toute la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle pourrait être limitée à certains groupes de médecins ou à certaines zones géographiques – voire s’appuyer sur des opérateurs locaux.

Un premier comité d’accompagnement est prévu à la mi-mars, il me permettra d’avoir un premier retour de la satisfaction des médecins sur la perception de la démarche et de l’utilité de ce projet.

Toutefois je ne souhaite pas me prononcer sur le futur alors que le pilote vient à peine de commencer.
Pour terminer, je partage votre constat relatif à la nécessité d’intégrer la prévention dans la formation des médecins. Ceci étant vu la spécialisation en médecine générale, l’augmentation de la pratique en groupe et la formation continuée devraient permettre de faire évoluer l’approche du médecin généraliste.

Concernant la question sur la province de Hainaut de Mme Pary-Mille, je n’ai pas d’information précise, mais comme je vous le disais, les acteurs inscrits dans cette démarche sont tout à fait légitimes. Nous aurons sans doute, lors de l’évaluation, un retour de la province, mais dans un premier temps, ce n’est pas la manière dont nous avons conçu ce projet pilote.

Je suis désolée de ma longue réponse technique, mais elle a la force d’être exhaustive.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je vous remercie pour votre réponse fouillée et intéressante. Elle montre qu’avec du courage, et une fois un problème bien identifié, il est possible de réunir des professionnels compétents de différents secteurs pour réaliser un programme séduisant et pertinent. Nous attendons donc particulièrement les résultats de l’évaluation. Ce projet-pilote pourra éventuellement servir de modèle à l’avenir. Les médecins sont principalement concernés, mais ils ne sont pas les seuls acteurs qui déclenchent la décision. Il faudrait réfléchir à la pertinence d’offrir une formation aux autres acteurs de la sphère sociale des femmes. Le projet est donc bien pensé. Voyons maintenant ce que cela va donner!