Discussion avec Madame Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances
Le 5 février 2010, une campagne audiovisuelle a été lancée à l’initiative de la Communauté française. Cette campagne a pour objectif de sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage du cancer du sein, en particulier dans les publics défavorisés.
Cette campagne, « N’attendez pas que vos seins vous le réclament. Entre 50 et 69 ans, faites le mammotest tous les deux ans », est composée de spots TV et radiophoniques, et d’une brochure pour les médecins souhaitant plus d’informations sur le programme de dépistage du cancer du sein en Communauté française.
Quelques mois auparavant, le 14 décembre 2009, la conférence interministérielle Santé s’est penchée sur la question de la coordination de la lutte contre le cancer du sein. Partant du constat que la participation au programme de dépistage du cancer du sein n’est pas optimale, l’organisation du programme et les résultats des campagnes dans les différentes parties du pays ont été discutés dans le groupe de travail technique. Il semblerait que la conférence soit arrivée à la conclusion qu’il fallait continuer à prendre des initiatives coordonnées par les communautés à l’attention du public.
Cette concertation et cette coordination nous semblent capitales étant donné que la Communauté française n’est pas seule compétente en matière de promotion du dépistage du cancer du sein, et que ces campagnes ont un impact sur les Bruxellois et les Wallons, qui reçoivent par ailleurs des informations de leurs régions. Seule une telle concertation sur l’information diffusée permet d’éviter que les messages ne soient trop confus pour le public.
Madame la ministre, mes questions sont les suivantes. Pourriez-vous me préciser si, préalablement au lancement de la nécessaire campagne en Communauté française, des contacts ont été pris avec la Commission communautaire commune, comme cela s’est fait par le passé et, notamment, avec le Centre bruxellois de coordination pour le dépistage du cancer du sein ?
Cette campagne a-t-elle été abordée lors de la conférence interministérielle Santé du 14 décembre 2009 au cours de laquelle la question de la coordination de la lutte contre le cancer du sein a été débattue ? Comment se concrétise l’attention portée aux publics défavorisés qui souvent, pour des raisons culturelles, ne recourent pas au dépistage ?
Mme Fadila Laanan. – C’est effectivement le 5 février dernier qu’a débuté la nouvelle campagne de dépistage du cancer du sein en Communauté française tandis que la Cocom a lancé la sienne, avec la collaboration de Miss Belgique, le 20 avril 2009. Il n’y a pas eu de contacts préalables avec la Cocom ou le Centre bruxellois de dépistage du cancer du sein. Toutefois, le conseil d’administration du Centre bruxellois qui s’est tenu le 16 janvier 2010 a décidé que la brochure d’information propre à la Région de Bruxelles-Capitale serait réimprimée et accompagnée des visuels des campagnes des deux Communautés afin de renforcer la cohérence des campagnes aux yeux du public cible.
Par ailleurs, le plan cancer était bien à l’ordre du jour de la conférence interministérielle de Santé publique du 14 décembre 2009, mais la campagne pour le dépistage du cancer du sein n’y a pas été abordée.
Je vous rejoins bien sûr entièrement sur la nécessité de porter une attention concrète aux publics défavorisés. C’est pourquoi des actions de sensibilisation auprès des publics-cibles sont mises en place. Des outils de sensibilisation et d’information sont en cours de diffusion auprès des médecins, des hôpitaux, des centres locaux de promotion de la santé, des mutuelles, des centres de planning familial, des communes et des CPAS, des associations de proximité pour mieux informer les femmes sur l’utilité d’un dépistage tous les deux ans.
En outre, je suis avec attention les demandes d’information des acteurs locaux, comme les CPAS, les associations d’alphabétisation, la médecine générale, etc., car je suis convaincue que ces professionnels de proximité sont importants pour toucher les populations fragilisées.
M. André du Bus. – Je note qu’il n’y a pas eu de contacts préalables et que le sujet n’a pas été abordé à la conférence interministérielle de la santé. Je suppose que ce ne sera pas la dernière initiative qui sera prise dans ce domaine.
Je plaide pour que l’on anticipe les contacts et la concertation. Ce n’est pas la première fois, me semble-t-il, que l’on constate des lacunes dans ce domaine. Je ne veux jeter la pierre à personne.
Notre système est complexe ; la promotion de la santé relève à la fois des pouvoirs fédéral, régional et communautaire. La concertation demande donc une vigilance permanente des décideurs.
Depuis le dépôt de ma question orale, la presse s’est emparée de la problématique du dépistage car le sujet fait largement débat dans la communauté scientifique. En effet, un collectif de médecins a pris une position divergente sur la pertinence du mammotest. Cela contribue encore à soulever des questions et à jeter la confusion dans l’esprit des citoyennes.
Je souhaite donc que la concertation soit systématique afin de faire face, de manière plus adéquate, à des mouvements dont je ne juge pas de la pertinence mais qui concourent à brouiller le message de prévention.