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Création de nouvelles écoles avec un projet pédagogique spécifique

Soumis par andredubus le

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – La création d’écoles, en particulier à Bruxelles, relève d’une urgence absolue. Suivant une ligne cohérente, le gouvernement a décidé, lors d’une réunion conjointe des exécutifs francophones, de la localisation de 4 151 nouvelles places dans les écoles bruxelloises. Cette mesure est une étape importante pour les prochains mois. Les efforts devront être accentués pour créer un nombre important de nouvelles places en 2020.
Ces chiffres font déjà l’objet d’interprétations divergentes. Ce matin, la lettre d’information Brussels Voice citait le ministre-président bruxellois, qui annonçait 5 651 places promises par la Communauté française et 3 500 par la Communauté flamande, soit un total de 9 151 nouvelles places. Or les besoins sont estimés à 18 000 places pour 2015.

Mais tel n’est pas mon propos. Je désire davantage revenir sur l’opportunité que représente la création de ces nouvelles classes. Je pars de l’idée suivant laquelle, s’il est question de créer de nouvelles classes, il est aussi question d’instaurer de nouvelles unités scolaires et de nouvelles écoles. Il convient donc d’aborder la problématique des projets pédagogiques de ces nouvelles écoles, qui seraient adaptés aux exigences et aux réalités bruxelloises.

Il existe des écoles à projets pédagogiques spécifiques, à l’image des écoles Freinet et Decroly, de La classe active ou d’autres encore. Mon idée n’est pas de reproduire ce type d’écoles mais bien de réfléchir à l’opportunité de créer de nouvelles unités scolaires pour proposer des modèles pédagogiques innovants, s’inspirant de nouvelles exigences pédagogiques en phase avec les besoins de la population bruxelloise.

Ainsi, les écoles Freinet et Decroly répondent souvent aux besoins spécifiques d’une population à la recherche de méthodes innovantes caractérisées par une adaptation du rythme scolaire au rythme d’apprentissage des enfants et une forte implication tant des élèves que des parents. Même si l’on sait que ces réponses sont parfois différentes ou originales, elles sont souvent pédagogiquement pertinentes. Si nous prenons en considération des aspects tels que l’apprentissage d’un bilinguisme actif, une forte implication des parents, une articulation entre le milieu scolaire et le milieu associatif local, est-il envisageable de développer des modèles pédagogiques aujourd’hui plus adaptés ?

La création de nouvelles écoles doit constituer cette opportunité. Il s’agit de besoins distincts et particuliers par rapport à l’ensemble de la population scolaire de la Communauté française. Je voudrais rappeler ici un des aspects émanant des travaux du groupe Wallonie-Bruxelles, au sein duquel les partenaires sociaux avaient plaidé pour une adaptation des systèmes scolaires à géométrie divergente entre la Wallonie et Bruxelles. Ils partaient du constat suivant lequel les besoins de la population bruxelloise étaient en partie différents de ceux de la population wallonne en termes de système scolaire, particulièrement pour ce qui concerne l’apprentissage du français, ou d’accompagnement des parents, dont la proportion ne connaissant pas le français est plus importante à Bruxelles qu’en Wallonie.

Au-delà de ces besoins spécifiques d’apprentissage de la langue, on ne peut ignorer ni les demandes des enseignants, ni les constats formulés par des pédagogues, ni les demandes des parents qui plaident tous pour un enseignement plus performant et mieux adapté.

Outre les besoins spécifiques d’apprentissage de la langue, on ne peut ignorer les demandes des enseignants, les constats des pédagogues, les demandes des parents plaidant tous pour un enseignement performant et mieux adapté.

Reproduira-t-on les modèles actuels ou pourrait-on envisager de développer des modèles pédagogiques innovants, s’inspirant de ce qui se pratique déjà dans des écoles à projet spécifique ? Il n’est pas impossible de voir croître la demande pour des écoles de type Freinet, Decroly ou Classe Active. Pouvez-vous préciser la situation de ces écoles ? Y a-t-il un recensement de ces établissements par type de pédagogie et par zone ? Ces établissements sont-ils devenus plus nombreux ces dernières années ?

Bref, mon interpellation comporte deux volets : l’opportunité de créer des écoles à projet spécifique et la situation des écoles à projet spécifique existantes.

Mme Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale. – La première phase de la procédure d’inscription est terminée. Il s’agissait de la période de dépôt des formulaires uniques dans les écoles correspondant à la première préférence des parents.

Nous sommes tous conscients que ce n’est qu’une première étape. Il serait donc prématuré de tirer tous les enseignements. Un décret quelque peu modifié s’applique à cette rentrée. Je vous avais en effet soumis des propositions présentées à l’unanimité par la Ciri pour améliorer le système. Je n’éprouve aucune susceptibilité d’auteur. Je suis disposée à accepter toutes les améliorations sans toutefois revoir fondamentalement le système qui est en train de montrer qu’il fonctionne.

Le mécanisme diffère donc un peu de celui que nous avons connu l’année dernière. Le nombre d’élèves n’était pas le même et ce ne sont plus les mêmes parents. Les comportements ont donc changé. Les écoles dites complètes l’année dernière ne sont pas les mêmes cette année.

Actuellement, nous tenons en effet compte des écoles réellement complètes au moment où les inscriptions se prennent et non plus de celles supposées complètes. De plus, toutes ces écoles effectivement complètes ont une réserve de 22 pour cent des places qui ne sont pas attribuées. Si elles l’avaient été, les élèves ne seraient plus en attente. Il y a donc davantage de places.

Il est impossible de tirer des conclusions complètes car on ne dispose pas encore du deuxième classement, celui de la Ciri. On possède toutefois déjà d’éléments de réponse, par exemple le nombre de formulaires déposés au terme de la période des inscriptions, celle qui suspend l’ordre chronologique jusqu’au 9 mai. Ainsi, 464 écoles ont reçu les demandes d’inscription de 42 713 élèves, soit 88,59 pour cent des 48 214 formulaires uniques d’inscription créés par l’administration pour les sixièmes années primaires, l’enseignement spécialisé de maturité 4 et les écoles francophones des communes à facilités.

Ces 42 713 sont à comparer aux 40 232 demandes, soit 83,79 pour cent des 48 012 formulaires uniques créés par l’administration l’année dernière. Davantage de parents ont donc décidé d’inscrire leurs enfants durant cette période de trois semaines. Tous n’ont pas encore inscrit leurs enfants. Précisons que dans certaines régions de la Communauté française, il n’est pas indispensable de le faire maintenant.

Sachez, madame Bertieaux, que nous sommes particulièrement attentifs à ce qui se passe à Bruxelles où 9 893 formulaires uniques ont été déposés dans 96 des 101 écoles, contre 9 440 l’année dernière.

En Brabant wallon, 4 149 formulaires uniques ont été introduits dans les 36 écoles de la province, contre 4 073 l’année dernière. En Wallonie hors Brabant wallon, 28 671 élèves ont introduit une demande d’inscription dans 232 des 342 écoles, contre 26 719 l’année dernière.

À ce stade, sur les 42 713 élèves qui ont déposé leur formulaire d’inscription, 38 454 ont déjà obtenu satisfaction de leur première préférence, soit plus de 90 pour cent. Ce chiffre se ventile ainsi : 75,30 pour cent à Bruxelles, 86,60 pour cent en Brabant wallon et 95,61 pour cent en Wallonie hors Brabant wallon.

Comme vous l’avez souligné, monsieur Daïf, la participation des parents a été plus importante durant cette première période que l’année dernière, la différence étant de 2 481 élèves, dont 453 à Bruxelles, 76 en Brabant wallon et 1 952 en Wallonie. La Wallonie enregistre la plus forte augmentation et on y compte davantage d’écoles complètes que l’an dernier. Ne faisons toutefois pas d’associations simplistes. Si certaines écoles sont complètes, ce n’est pas en raison du décret, mais bien parce que les parents ont exprimé leur volonté dans la transparence. Il est aussi intéressant de constater que ce ne sont pas toujours les mêmes écoles qui sont concernées. La cohorte de 2011 compte 202 élèves supplémentaires potentiels.

L’augmentation de la participation au dépôt des formulaires durant les trois semaines relève sans doute d’une évolution du comportement des parents. On constate en effet que durant ces trois semaines, ils se sont mobilisés, en ce compris les parents des élèves dits « Isef » (à indices sociaux économiquement faibles), même lorsqu’ils choisissent une école largement fréquentée par ce type d’enfants. Sans doute sont-ils plus conscients des enjeux que l’an passé. Plusieurs parents ont d’ailleurs affirmé que cette période d’inscription les avaient incités à mieux s’informer.

Madame Bertieaux, nous ne pouvons plus parler de bulles. Ce terme se réfère en effet à l’inflation artificielle provoquée par les inscriptions multiples. Or aujourd’hui, le nouveau dispositif ne permet plus de le faire. Par contre, cette année, les parents ont été plus nombreux à faire la démarche durant ces trois semaines, ce qui est préférable.

Il y a certes davantage d’enfants en liste d’attente aujourd’hui, mais la Ciri doit optimiser les places encore disponibles. Je vous assure qu’il y en a. Le 1er avril, date de clôture de la période de dépôt des formulaires, la Ciri a ouvert 4 259 volets confidentiels. L’année dernière, il n’y en avait 2 471. Il est vrai que cela représente plus de travail, mais la situation est différente. En effet, l’an dernier, des écoles étaient considérées comme complètes sur la base des chiffres d’octobre 2009.

Désormais, les chiffres reprennent la situation actuelle des écoles. La Ciri traitera donc les écoles qui ont effectivement atteint les 102 % des places déclarées disponibles au terme de la période de trois semaines. On travaille donc en situation réelle comme le demandaient l’ensemble des acteurs du secteur.

L’année dernière, la Ciri n’avait reçu les formulaires que de l’excédent des 80 pour cent des places des dix-neuf écoles qui étaient restées complètes parmi les vingt-cinq réputées telles. L’année précédente elle n’avait reçu que les formulaires de l’excédent des 102 % des trente-six autres écoles devenues complètes l’année dernière. Ces écoles ne disposaient donc plus d’une réserve de 22 %.

Nous travaillons maintenant en temps réel. Les écoles complètes ont conservé des places qui vont pouvoir être attribuées par la Ciri. Nous constatons que plus d’élèves ont été inscrits et que davantage de places ont été réservées pour la Ciri.

Actuellement, les 62 écoles qui dépassaient les 102 pour cent des places l’année dernière mettent à la disposition de la Ciri tout ce qui dépasse les 80 pour cent de leur capacité. Le nombre de places disponibles dans ces établissements pour la Ciri est dès lors accru puisque ces écoles lui octroient 22 pour cent de leur capacité. Sa marge de manœuvre s’en trouve élargie, ce qui n’est pas négligeable.

Dans les faits, pour ces 4 259 élèves non encore classés, il reste 24 240 places, dont 2 213 dans des écoles réputées complètes. Mais ces dernières gardent 22 pour cent de leurs places pour la Ciri. Tout sera mis en oeuvre pour que les parents dont les enfants n’auraient pas pu être classés directement par l’école, dont un certain nombre seront vraisemblablement classés selon leur premier choix, soient informés de leur classement par la Ciri au début du mois de mai, idéalement le 9. Nous devrions tenir ce délai.

Il est impossible d’émettre un pronostic. Si les 4 259 élèves avaient tous choisi la même école, la situation serait évidemment très compliquée ! C’est seulement après le classement de la Ciri que nous pourrons déterminer le nombre d’élèves qui n’auront pas encore d’école et connaître le nombre d’élèves « Isef ».

Vous pointez l’augmentation du nombre d’écoles complètes. Il y en a soixante-deux cette année, contre cinquante-cinq l’année dernière. Parmi ces 62 écoles, trente sont situées en Région de Bruxelles-capitale, soit trois de moins que l’année dernière. En Brabant wallon, il y en a neuf alors que l’on en comptait dix l’an dernier. Il y en a quatre en province de Liège, douze en Hainaut, deux dans le Luxembourg et cinq en province de Namur.

Il faut toutefois noter que ces écoles complètes comptent généralement moins de quarante inscriptions surnuméraires en Région wallonne, à deux exceptions près en Brabant wallon.

À Bruxelles, treize des trente écoles complètes, soit moins de la moitié, comptent plus de soixante inscriptions surnuméraires. L’une d’entre elles a cent quarante-deux élèves surnuméraires. Dans ce cas, tout le monde ne pourra évidemment pas être placé.

Bruxelles compte trois écoles complètes de moins que l’année dernière. Le Brabant wallon, une de moins. Cela dénote sans doute des changements dans les comportements et les représentations que les parents se font d’une école accueillante. Par ailleurs, certaines écoles, dont le public est en moyenne très précaire, sont aussi complètes au terme de la période de dépôt des formulaires uniques.

Lorsque vous évoquez un « gonflement géographique », il faut raison garder. Il ne s’agit pas d’une tache d’huile maléfique qui gagnerait la Région wallonne. Bruxelles et le Brabant wallon voient le nombre d’écoles complètes diminuer.

L’année passée, les grandes villes wallonnes comptaient déjà des écoles complètes. Faut-il regretter que le nombre d’écoles jugées attractives, pour des raisons diverses, augmente ? Si c’est la démarche des parents, il nous appartient de la respecter.

La province de Luxembourg connaît une augmentation de sa population scolaire, notamment dans le fondamental. Cela induira des changements progressifs du rapport entre l’offre et la demande. Dans ce contexte, deux établissements de cette province sont désormais complets.

Dans le Hainaut, le phénomène est urbain. Dans plusieurs villes moyennes (La Louvière, Tournai, Lessines, Braine-le-Comte, Thuin, Dour), une école est complète mais le taux de saturation est peu élevé. Ce n’est pas pour autant que les parents ne disposent d’aucune alternative.

Certains avancent que des familles du Brabant wallon ou flamand auraient choisi des écoles du Hainaut oriental. Les tendances ne pourront être analysées que sur la base des listes définitives. Le premier septembre, le nombre d’écoles complètes sera évidemment réduit, comme ce fut le cas l’année dernière.

Pour ma part, je considère que le décret entre dans les moeurs. J’en veux pour preuve la diminution très nette du nombre d’appels téléphoniques au numéro vert mis à disposition des parents et des écoles, comme l’année précédente. Le besoin d’information semble donc moins important.

Les démarches d’inscription se sont déroulées sereinement et normalement. Un petit nombre de cas a été signalé et est actuellement suivi par mon administration. Le logiciel a bien fonctionné, sauf le premier jour mais j’ai déjà eu l’occasion d’en parler. Certains parents rencontraient une difficulté lorsqu’ils voulaient encoder de nombreux numéros de téléphone de persbuy finasterideonnes de contact. Finalement on a élargi ce champ sur le formulaire.

En ce qui concerne les situations ambiguës, qui ont fait l’objet d’une plainte, la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) a diligenté des enquêtes en vue de vérifier les mesures organisationnelles prises par trois établissements. Si les investigations nécessaires ont bien été menées, les situations sur le terrain restent néanmoins assez insaisissables.

Dans les trois cas, l’inspection a émis des recommandations à l’attention des chefs d’établissement et de leur pouvoir organisateur.

Toutefois, de telles situations confirment que le cadre exclusif du colloque singulier entre le directeur et les parents, ou le preneur d’inscriptions, peut influencer les choix, ce qui n’est nullement souhaitable. Cela justifie le formulaire unique rempli et déposé par les parents. Dans l’ensemble, le dispositif a donné de bons résultats.

Comme vous, je regrette la publication de la liste des écoles complètes au terme de la première phase. Cette démarche était prématurée. L’année dernière, nous l’avions publiée après le classement de la Ciri, et nous ferons de même cette année, après le 9 mai. Les journalistes ont fait leur métier et enquêté. Nous avons simplement corrigé les chiffres qu’ils nous communiquaient et qui se révélaient erronés.

Cette publication a eu le mérite de stabiliser l’information et d’éviter ainsi les contrevérités. Elle a permis de constater que des écoles complètes l’année passée ne l’étaient plus cette fois et donc, que le succès d’un établissement n’était pas toujours lié à sa réputation ou à sa localisation ; elle a montré que des écoles auparavant moins prisées étaient désormais complètes.

La Fapeo, dans une carte blanche publiée le 20 avril, a relevé ce phénomène : « Il existe donc des écoles bien cotées, prisées même, qui accueillent un public socio-économiquement mélangé. Cela apporte un éclairage nouveau sur la mixité sociale à l’école. Ainsi, l’indice socio-économique n’est en aucun cas un indice de performance. »

Ce que je déplore, ce n’est pas tant la publication d’une liste d’écoles saturées que l’exploitation qui peut en être faite, avec le risque de renforcer des représentations sans poser un questionnement critique. Une école complète n’est pas nécessairement une école dynamique ou accueillante, et inversement. Comme vous, je ne souhaite pas que la presse sombre dans une manie de la classification qui n’appartient pas à la culture de la Communauté française.

Dès le 9 mai, le site « inscription.cfwb.be » actualisera quotidiennement la situation des écoles en les situant dans des fourchettes : moins ou plus de dix places disponibles. Notre objectif n’est pas d’opérer un classement, mais bien de permettre aux familles de s’informer rapidement sur les places encore disponibles. Je souhaite également approfondir l’analyse.

Contrairement aux idées reçues, je suis convaincue que ce décret contribuera à infléchir des relations parfois difficiles ou biaisées entre les familles et les écoles, et ce malgré la transparence de l’information et de la procédure déjà obtenue. À terme, le décret atténuera l’impact des représentations fondées sur la seule notoriété d’un établissement. Avant le décret, ceux qui étaient le mieux informés pour inscrire au bon moment un enfant dans une école recherchée – même s’il était encore en deuxième primaire – n’étaient pas animés d’une démarche comparative. Aujourd’hui, les parents comparent et se renseignent dans la sérénité.

La Ciri a commencé ses travaux. L’encodage des préférences exprimées sur les talons confidentiels est en cours. Le logiciel s’est donc avéré parfaitement opérationnel. Le processus a été mis en attente durant la deuxième semaine des vacances de Pâques parce que les écoles complètes n’avaient pas toutes transmis les volets confidentiels dans les délais prescrits. C’est donc un facteur humain qui a empêché la finalisation des travaux, plutôt que le logiciel lui-même.

Le décret du 18 mars que j’ai présenté à ce parlement prévoit son évaluation à l’article 39. À ma suite, le gouvernement a voulu ce décret de manière telle qu’il permette cette évaluation. Nous allons donc y procéder. Il ne faut évidemment pas se référer aux dispositions obsolètes liées aux décrets précédents et prétendre que l’on refuse d’évaluer !

Un premier rapport élaboré par la Commission de pilotage est attendu au terme de deux ans. Ce rapport ne pourra pas fournir toutes les observations selon les critères d’évaluation prévus par l’article 39. J’ai en effet voulu des évaluations approfondies.

Ainsi, pour observer le parcours des élèves inscrits à la rentrée 2010 au premier degré, il faudra attendre 2013, puisque ce degré peut se parcourir en trois ans. Il ne sera pas inintéressant, d’ailleurs, d’observer si des élèves ont perdu une année. Il faudra en tenir compte. Une analyse fine doit prendre en considération l’accord dans son ensemble : les étapes du parcours au sein du premier degré, en deux ans ou en trois ans ; le nombre de CE1D obtenus au terme de ce degré ; les orientations prises à sa suite ; les conseils donnés par le conseil de classe aux élèves qui terminent le premier degré…

Pour certains aspects, prendre en considération l’échéance de 2013, c’est faire preuve de bon sens et de rigueur, à l’opposé de la recherche de stratégie dilatoires. Je ne connais pas la source de l’extrait que vous avez cité. Je m’en tiens, pour ma part, au rapport transmis par la Commission de pilotage, au décret et à son article 39. La commission a déjà tenu une réunion et est en train de mettre en place le calendrier des travaux. Je constate d’ailleurs que la directrice du Service général de pilotage en charge de la publication des indicateurs de l’enseignement signale que le taux de réussite des élèves en première secondaire ne pourra être connu qu’en février 2013.

C’est une personne qui accomplit un excellent travail et connaît bien les procédures de collecte d’informations ainsi que les délais. J’ai entièrement confiance en elle et je suis persuadée que les évaluations seront approfondies. Il appartient à la Commission de pilotage de décider de sa méthodologie de travail. En effet, aucun décret ne fixe la méthodologie scientifique à suivre pour établir les indicateurs de l’enseignement.

À cet égard, la définition de la mixité sociale, au sens du décret, est liée au pourcentage d’enfants Isef inscrits dans une école secondaire. Il est donc impossible de se soustraire aux évaluations sérieuses. À partir de cette définition, il est nécessaire de procéder à une analyse fine de cette réalité complexe. Nous aurons besoin de statistiques qui seront analysées en tenant compte des composantes sociales, culturelles, linguistiques, académiques et qui seront corrélées aux parcours d’élèves et aux dispositifs pédagogiques des écoles.

L’évolution de la répartition du public scolaire, dans le paysage bruxellois ou brabançon, ne sera pas lisible sur un an ou deux. On observe déjà des diminutions, plus d’écoles complètes l’année dernière que cette année-ci. M. Daïf a rappelé, à juste titre, combien le chemin est long. Un décret sur les inscriptions ne parviendra pas, à lui seul, à atteindre tous les objectifs fixés et à procurer la satisfaction du devoir accompli.

Je me suis occupée pendant quelques années de la recherche universitaire. Je ne connais aucun chercheur qui accepterait de se livrer à des conclusions quelconques à partir de données parcellaires, fragmentaires ou instables. L’analyse à très court terme est évidemment dangereuse ; cela ne m’a toutefois pas empêché de vous livrer, en toute transparence, les chiffres qui sont à ma disposition.

Je le répète, un décret sur les inscriptions ne résoudra pas la mixité scolaire et celle des quartiers dans son ensemble. Parler d’idéologie comme s’il s’agissait d’une impureté, dire que ce décret est empreint d’idéologie comme s’il fallait s’en prémunir, j’avoue ne pas comprendre. Adhérer à une idéologie signifie avoir une représentation du réel et tenter de déterminer un mode d’action sur le monde. Selon les philosophes, l’idéologie c’est le logos et la praxis.

C’est une représentation du monde fondée par des valeurs que l’on estime essentielles. Le fait d’avoir des valeurs et d’essayer de les mettre en actions ne me paraît pas négligeable. Tout le monde a des idéologies et vous aussi, madame Bertieaux, et je les respecte.

J’en viens à la deuxième partie des questions. Le dossier relatif à la création d’écoles, en particulier à Bruxelles, est complexe. Tout d’abord, les acteurs sont multiples : la Communauté française, la Région bruxelloise, les communes, les pouvoirs organisateurs, les réseaux subventionnés – publics ou constitués en asbl –, et ils ont des possibilités d’initiatives et des libertés. Ensuite, il existe des contraintes majeures : identification des zones de tension démographique – nous en avons une vision de plus en plus claire –, moyens budgétaires – ils sont mis à disposition –, espaces et bâtiments disponibles, permis d’urbanisme, dossiers de financement, dispositions légales décrétales, réglementaires.

Parmi ces contraintes, l’assouplissement des normes de population nécessaire pour créer une école ou un degré, par exemple le DOA, n’est pas négligeable.

Avec la pyramide démographique actuelle, il serait aberrant d’exiger, préalablement à l’ouverture d’un nouvel établissement, qu’il y ait le nombre d’enfants nécessaire pour constituer une école complète, de la première à la sixième année. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement d’assouplir ces normes.

Ma principale préoccupation, que partage le ministre Nollet chargé du dossier des bâtiments et des infrastructures scolaires, consiste à concilier entre eux les différents acteurs et à négocier les contraintes que je viens de rappeler. Le cas de l’école active de Forest, promue par une asbl en concertation avec la Felci, démontre qu’il n’est pas aisé de concrétiser de tels projets compte tenu des réticences et des rapports inter-réseaux.

Comme vous le rappelez, la création d’écoles représente une opportunité pour la mise en œuvre d’innovations pédagogiques. Mais celles-ci ne doivent pas se résumer à la pédagogie active ou à l’immersion linguistique. Afin de répondre aux besoins de tous les élèves, il est important d’avoir une variété de projets, y compris des modèles traditionnels.

Autrement, quel serait le sens de maintenir les écoles telles que nous les connaissons ? Mixité socioculturelle et scolaire, pédagogie active et soutenante, orthopédagogie pour pallier les troubles de l’apprentissage, attention particulière accordée à la maîtrise de la langue des apprentissages, insertion dans le milieu urbain environnant et apprentissage des langues représentent les principaux critères d’évaluation des nouveaux projets. Ils seront laissés à l’autonomie et au discernement des pouvoirs organisateurs et des réseaux qui les déposeront.

En ce qui concerne le réseau de la Communauté française, je retiens les priorités suivantes. Pour la création des trois écoles fondamentales, il a été demandé au directeur général adjoint de ce réseau de privilégier des projets pédagogiques innovants.

Pour le secondaire, qui sera abordé ultérieurement, j’encouragerai la création de DOA proposant une formation commune, un premier degré ouvert aux différentes formes d’intelligence et d’expression par opposition au modèle de l’enseignement de transition général qui valorise plutôt le mode verbal, théorique et abstrait. J’y vois un enjeu essentiel promouvant la réussite et l’orientation positive, donc luttant implicitement contre la démotivation, l’échec, le décrochage ou la relégation.

L’apprentissage des langues représente une priorité, surtout à Bruxelles où l’accent devrait être mis sur la maîtrise de la langue des apprentissages dans chaque communauté linguistique.

La récente étude Pisa sur le niveau de lecture en fonction de caractéristiques socioéconomiques et socioculturelles confirme l’extrême dualisation du public scolaire. Or, selon des listes récemment publiées, une large majorité des écoles en encadrement différencié en Région de Bruxelles-Capitale relèvent des classes un à cinq. Il s’agit donc d’écoles complètes bénéficiant de moyens humains et financiers importants. Cela indique une précarisation du public scolaire particulièrement dans cette Région où les élèves issus des milieux populaires nationaux ou de l’immigration ont le rapport le plus difficile à l’écrit, à la lecture et à la conceptualisation. La configuration de nos publics scolaires justifie donc cette priorité donnée à la langue de l’école surtout lorsqu’elle n’est pas celle de la famille.

Notre réflexion sur la question du bilinguisme doit tenir compte d’évolutions structurelles profondes et pérennes. Ainsi, Bruxelles, par sa population, n’est plus seulement une ville bilingue français/néerlandais, mais une ville multiculturelle et multilingue où le néerlandais est parlé par moins de 5 pour cent de la population. Dans un tel contexte, de nombreux jeunes sont déjà bilingues et pratiquent à la fois la langue de l’école et celle de leur famille. On considère généralement que la famille d’un jeune Bruxellois sur quatre ne pratique ni le français ni le néerlandais. Cette situation ne peut pas nous laisser indifférents. À Bruxelles, il faut mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue de l’enseignement. Les études Pisa nous le rappellent clairement. Cela ne signifie pas que la question du bilinguisme, au sens large, ne puisse être abordée dans ce nouveau contexte, singulièrement en Région bruxelloise.

Je précise qu’il n’existe pas, en Communauté française, de cadastre des écoles en fonction des philosophies ou des courants pédagogiques auxquels elles adhèrent.

Pour ce qui est de l’immersion, j’ai déjà donné les chiffres des écoles qui la pratiquent. Les pédagogies variées, quant à elles, relèvent de la liberté organisationnelle, méthodologique, pédagogique des pouvoirs organisateurs et non du contrôle du pouvoir subsidiant. Sur le terrain, le cas de figure le plus fréquent est l’inspiration pédagogique éclectique, par intégration des apports de différents courants, ce qui en soi constitue un signe de dynamisme.

Je pense que nous devrions mener un débat sur l’autonomie. Les projets de création d’écoles, que j’espère complémentaires, seront examinés par le Conseil général de l’enseignement secondaire qui rendra un avis au gouvernement. Nous aurons sûrement l’occasion de revenir sur cette question importante.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je remercie Mme la ministre pour sa réponse. Les champs du possible sont très vastes. Le débat sur les projets innovants est ouvert. Nous sommes dans une situation unique. La création en un laps de temps aussi court d’autant de places et d’autant d’écoles est une opportunité extraordinaire, mais il faudra se préoccuper du recrutement des enseignants.
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Dans trois, quatre, cinq ans, y en aura-t-il suffisamment sur le marché du travail pour pourvoir aux nouveaux besoins ? Il faudra sans nul doute calculer le nombre de NTPP nécessaires. Quoi qu’il en soit, nous reviendrons certainement sur ce sujet d’une importance capitale. zp8497586rq zp8497586rq