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De l'exposition Europalia Turquie

Soumis par andredubus le

La Cocof se drape dans son absence de soutien financier direct à Europalia Turquie pour refuser un débat sur les enjeux culturels, sociaux et politiques de l'événement.  Voici le texte de l'interpellation que j'avais introduite.

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Interpellation à l'attention de la Ministre Présidente et de la Ministre en charge de la Culture au sein du Collège de la Commission Communautaire française, Madame Fadila Laanan à propos de l'exposition Europalia Turquie

Madame la Ministre,

L'inauguration d'Europalia Turquie est un événement culturel majeur mais qui ne peut se limiter à une lecture strictement culturelle. Pour différentes raisons. D'abord parce qu'il se tient l'année même de la commémoration du centenaire du génocide arménien. Et l'on sait à quel point ce génocide s'est traduit par l'éradication, l'élimination, la destruction systématique -et étalée durant des décennies -d'un patrimoine religieux important, principalement en Anatolie, berceau historique des populations arméniennes.

Ensuite parce que la Turquie persiste à ne pas vouloir reconnaître ce génocide, contrairement à un nombre croissant de pays.

Enfin parce que les circonstances actuelles dans lesquelles se déroulent cet événement – je parle ici de l'actuelle campagne électorale en Turque – se caractérisent par des initiatives et des prises de position très claires de la part de plusieurs acteurs politiques. Je pense entre autre au récent refus d'ouvrir les portes d'un palais du Heysel au président de la Turquie dans le cadre de l'organisation d'un meeting électoral à l'attention des belges et européens d'origine turque, meeting concomitant aux cérémonies d'inauguration d'Europalia Turquie.

Tout cela fait en sorte que cette inauguration n'est pas uniquement un simple fait culturel. Il touche les sensibilités de nombreux bruxellois, d'origines diverses. Des Bruxellois qui suivent attentivement les conditions de cette inauguration tout autant que le contenu de l'exposition et le discours politique qui est tenu. Des Bruxellois qui, à titre d'exemple, se posent la question de savoir pourquoi les institutions représentants les minorités arméniennes, assyriennes, grecques et kurdes n'étaient pas invitées à la programmation d'Europalia-Turquie.

Or il importe qu'Europalia Turquie soit aussi l'occasion d'apaisement de certaines tensions qui se sont manifestées à l'occasion des fêtes de commémoration du centenaire du génocide arménien. Les organisateurs en sont parfaitement conscients car ils ont eux-mêmes procédé à des remaniements, des modifications récentes, par exemple dans l'organisation d'une conférence qui mettait en présence des orateurs qui manifestement ne jouaient pas la carte de l'apaisement et du respect mutuel.

Madame la ministre, vous le savez mieux que moi, la culture est un vecteur identitaire puissant. Sa mise en valeur peut conforter ou infirmer certaines thèses identitaires. Ce qui fait de la culture un vecteur politique tout aussi puissant.

Mon souhait, Madame la ministre, est de vous entendre vous exprimer sur ces enjeux, en tant que ministre bruxelloise de la Culture, qui ne peut ignorer les diversités culturelles qui se multiplient au sein de notre région, qui ne peut ignorer les aspirations au respect et à la compréhension mutuelle.

En réponse à une question parlementaire en mars dernier au parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles, le ministre Rudy Demotte disait qu'Europalia tiendrait compte de toutes les composantes du pays mis à l'honneur et que la dimension arménienne serait assurée à travers différents projets. Il précisait également qu'il s'agissait pour la Fédération Wallonie Bruxelles de contribuer dans les limites de ses moyens au rapprochement entre la Turquie et l'Arménie sur cette question éminemment sensible.

Même si la contribution financière de la Cocof à Europalia Turquie est très faible via WBI, disposez-vous d'informations précises sur une garantie de la représentation équilibrée des composantes historiques et, plus particulièrement de la dimension arménienne, dans le cadre de cette exposition ? Par ailleurs, pouvez-vous vous joindre à l'avis du ministre Président Rudy Demotte pour avancer, au départ de vos compétences de la Cocof, sur un rapprochement, aussi minime ou symbolique soit-il, entre la Turquie et l'Arménie sur ces questions auxquelles de nombreux Bruxellois restent très attentifs ?

Je vous remercie pour votre attention.

André du Bus