Discussion avec Madame Bianca Debaets, Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la coopération au développement, de la sécurité routière, de l'informatique régionale et communale et de la transition numérique, de l'égalité des chances et du bien-être animale
[caption id="attachment_11007" align="alignleft" width="150"] Dans la Libre Belgique du 23/06/2015[/caption]
Madame la Ministre, la Région bruxelloise est devenue, depuis quelques décennies, une ville multiculturelle et, aussi, une ville de minorités où chaque groupe a sa propre histoire, sa propre culture, sa propre religion, sa propre conviction philosophique et sa propre vision du monde. Dans le même ordre d'idées, avec le flux de migration et les processus de sécularisation, le monopole religieux qui caractérisait notre pays et l'Europe a fait place à un pluralisme religieux et philosophique.
Cette diversité, il faut bien sûr la voir comme un atout et une richesse pour notre Région. Elle est aussi, et c'est normal, source de difficultés et de problèmes. Cependant, afin de mettre en avant le mieux possible ces atouts et cette richesse, il faut affirmer avec force que le vivre ensemble est possible. Il est de notre devoir de délivrer des messages positifs en la matière. En outre, il faut se donner les moyens de gagner ce pari.
L'autorité publique a un rôle à jouer en la matière.
J'ai interpellé le ministre-président M. Vervoort, il y a quelques semaines, sur ce sujet. Mon message était le suivant : il est nécessaire d'encourager, en Région bruxelloise, le dialogue entre les divers courants philosophiques et religieux. Il faut que chacun soit amené à reconnaître que nous avons, au-delà des différences, un patrimoine commun et qu'il faut le valoriser. Ce travail peut, à mon sens, apporter une solution, même si ce n'est évidemment pas la seule réponse au radicalisme ni à bien d'autres problématiques que les pouvoirs publics ont la responsabilité de prendre à bras-le-corps.
Sa réponse a été la suivante : il ne faut rien imposer, mais si le signal est là et si nous sentons que des projets émergent, la Région soutiendra l'initiative. Et il ajoutait : "Je ne sens pas, pour l'instant, ce besoin venant du terrain et, dans ce contexte, je ne suis pas sûr que ce genre d'initiative ait du succès." Il avait précisé qu'il n'était pas au courant de projets spécifiques en la matière.
Depuis lors, j'ai eu connaissance d'un élément nouveau. Il m'est en effet revenu que des contacts avaient lieu entre les représentants des cultes bruxellois et que vous étiez associée à ces discussions. Il est apparemment question de mettre en œuvre plusieurs actions concrètes afin d'améliorer le dialogue interreligieux et la connaissance mutuelle des religions pratiquées dans notre Région.
Qui est l'initiateur de ces projets ?
Quels types de projets sont en cours de préparation avec les responsables des cultes bruxellois ?
Un agenda est-il déjà fixé quant à la déclinaison de ces initiatives ?
M. le président.- La parole est à Mme Debaets.
Mme Bianca Debaets, secrétaire d'État.- Ces dernières semaines, j'ai en effet initié un dialogue entre les responsables des différentes communautés religieuses et philosophies séculières.
En mettant à leur disposition un forum permettant d'entamer une communication, il est possible d'accroître la connaissance et d'améliorer le respect. Pour l'instant, l'attention est trop portée sur les différences, au lieu du patrimoine commun que nous partageons. L'ignorance peut mener à l'incompréhension et être une source de tensions. Nous devons la combattre, sans pour autant perdre notre propre identité, et travailler sur un vivre ensemble respectueux.
Une première action découlant de ce dialogue est une initiative commune pour la publication d'une revue philosophique et interreligieuse très accessible, dans laquelle chaque culte agréé se présente à l'aide d'informations très concrètes : fêtes religieuses, symboles, rituels, salutations...
Ce magazine fera l'objet d'une large diffusion auprès des bibliothèques, écoles, mouvements de jeunesse et autres associations de la société civile. Si le calendrier est respecté, il devrait être distribué début 2016.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Des initiatives ont été prises à cet égard au niveau communal, entre autres à Uccle et à Etterbeek. Dans cette dernière commune, un groupe de travail est chargé de définir des objectifs plus concrets. Or, il peine à identifier des objectifs opérationnels.
L'initiative que vous évoquez ici pourrait servir d'exemple, mais pourrait surtout alimenter les groupes qui travaillent au niveau local. Une initiative a connu un grand succès à la Ville de Bruxelles lors de la précédente mandature communale 2006-2012 et a fait école depuis lors.
L'un des enjeux consiste à alimenter le niveau local sur les possibilités d'enrichir le dialogue interconvictionnel, interphilosophique et interreligieux, puisque ces questions sont aussi prises en considération à ce niveau-là.
Vous avez, dans le début de votre réponse, fait référence à un forum. Est-il question d'aller plus loin en créant un moment de rencontre et d'expression ? Une chose est de publier, l'autre de susciter l'échange et l'interaction. Cette notion de forum est-elle sérieuse ? Pourrait-elle être déclinée ?
Mme Bianca Debaets, secrétaire d'État.- J'ai effectivement utilisé le terme de forum. Nous nous sommes réunis une première fois dans le but de travailler très concrètement. Cette initiative ne doit pas se cantonner à un forum entre les responsables des cultes. Par ailleurs, il existe déjà plusieurs plates-formes aux niveaux national et communal.
Notre volonté est de nous axer sur des actions très concrètes, dont la première est la confection de la brochure. Dans un avenir un peu plus lointain, nous envisageons l'organisation d'une rencontre davantage centrée sur l'échange. Nous n'excluons pas d'autres actions à plus large échelle, mais continuerons à avancer pas à pas.
M. André du Bus.- Ce type d'outil serait également intéressant au niveau de l'enseignement, dans le cadre d'un autre débat qui se déroule aujourd'hui dans un autre parlement.