Question à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Madame la ministre, dans le courant du mois d’août 2013, la RTBF a confirmé qu’elle se lançait progressivement dans la diffusion multilingue de certains de ses films et téléfilms. Sur le principe, nous considérons qu’il s’agit d’une avancée certaine qui sera profitable à un certain nombre de téléspectateurs, entre autres aux personnes souhaitant développer leur connaissance de la langue entendue, mais aussi à celles et ceux qui, malheureusement de plus en plus nombreux, ont des problèmes de surdité. Nous voyons, en ces récents éléments, la réalisation progressive d’une mission de service public à laquelle la RTBF est de plus en plus sensible et nous nous réjouissons de ce que les évolutions technologiques permettent certains de ces progrès.
Cependant, à ce stade, la diffusion multilingue des œuvres de fiction ne concernerait que trois programmes, à savoir deux séries – « The Mentalist », diffusé le jeudi sur La Une, et « Arrow », le dimanche sur La Deux – ainsi que certains films diffusés le lundi soir sur La Une, sans que l’on ait l’assurance que ces films, lorsqu’ils ne sont pas en langue française, soient systématiquement disponibles en version multilingue. Qui plus est, des accords ne seraient conclus qu’avec quatre des huit télédistributeurs présents sur notre marché et, pour certains d’entre eux, ces accords ne porteraient, du moins à ce stade, que sur la qualité « standard » ou « haute définition », rarement sur les deux.
Si j’entends bien que le nouveau contrat de gestion n’est entré en vigueur que depuis dix mois, que nous aurons à discuter plus en profondeur de ces questions lors de la remise du premier rapport annuel d’évaluation du contrat de gestion et que l’actualité de la fin du mois d’août constitue une avancée prometteuse, j’aimerais vous poser quelques questions.
Quelle stratégie la RTBF met-elle en place pour qu’à terme, les huit télédistributeurs présents sur le marché rendent possible le mode de « diffusion multilingue » et surtout, pour que ce mode de diffusion s’élargisse à d’autres programmes que ceux cités, à savoir deux téléfilms et un film par semaine. Plus particulièrement, la RTBF envisage- t-elle, pour les films et téléfilms diffusés en version multilingue, d’imposer plus systématiquement les films programmés en version originale, obligeant alors le téléspectateur qui le souhaite à faire le choix de la version française ?
Si la proportion de téléspectateurs ayant opté pour le numérique est en constante progression, il n’en reste pas moins qu’ils sont encore nombreux à ne disposer que de l’analogique et donc à être exclus du dispositif numérique de la diffusion multilingue. Quelle est la stratégie de la RTBF pour leur donner à ces téléspectateurs la possibilité de visionner plus régulièrement des œuvres de fiction en version originale ? Enfin, de quelle manière la RTBF compte-t-elle assurer la promotion de ces nouveaux dispositifs ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Madame la présidente, M. du Bus de Warnaffe m’a déjà interrogée le 27 avril 2013 sur la question de l’offre de fictions en version multilingue sur les chaînes de la RTBF.
En vue de la réalisation de cet objectif, les 23 mai et 6 août 2013, la RTBF a chargé les télédistributeurs de valider les données techniques devant permettre l’offre ou de proposer des alternatives. Les télédistributeurs Billy, Snow et TéléSAT n’ont pas répondu mais l’offre fonctionne sur les réseaux de Voo, de Belgacom TV, de Telenet, de Numéricable et de la TNT. Après une période de rodage de l’offre, la RTBF rappellera les télédistributeurs n’ayant pas donné suite à sa demande.
Les contenus seront limités durant la phase de démarrage mais la RTBF a l’intention d’étendre l’offre de manière progressive. Elle n’imposera pas la version originale. Elle a opté pour une diffusion multilingue, c’est-à-dire simultanément dans les versions française et originale sous-titrée en français.
La réception par défaut en version française ou en version originale dépend de la configuration des décodeurs. Dans le cas d’un décodeur contenant la langue française par défaut, le téléspectateur recevra le programme en version française avec la possibilité de passer à la version originale. Inversement, si la langue du décodeur par défaut n’est pas le français, le téléspectateur recevra le programme en version originale et il pourra passer à la langue française.
Pour les téléspectateurs ne disposant que de la réception analogique, La Trois poursuit sa politique de diffusion en version originale sous-titrée en français. Il s’agit de fictions dont la diffusion en version originale s’impose de manière éditoriale (cinéma du monde et séries) et de fictions diffusées en version originale à un autre horaire que la diffusion en version française ou en version multilingue sur une autre chaîne de la RTBF.
Le site de la RTBF contient toutes les informations utiles sur la réception de l’offre multilingue. D’une part, la marche à suivre de chaque télédistributeur y est explicitée de manière détaillée et, d’autre part, ces informations seront mises à jour en fonction des observations des téléspectateurs et des réglages internes.
À l’issue de la phase de mise au point et lorsque le service sera disponible sur un plus grand nombre de réseaux de télédistribution, l’offre multilingue fera l’objet d’une campagne de promotion en télévision.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – La RTBF est compliquée. Nous nous évertuons à lui faire comprendre les vertus d’une vision en version originale et du sous-titrage. La RTBF affirme pouvoir répondre favorablement à la demande des téléspectateurs qui souhaitent la version originale.
En tant que parlementaires, nous ne devons pas uniquement répondre à la volonté du téléspectateur de bénéficier d’une version originale. Nous devons promouvoir l’intérêt de la version originale et du sous-titrage, la perception de la valeur culturelle d’une oeuvre et l’ouverture à l’apprentissage d’autres langues. Comment faire en sorte qu’un jour, la RTBF diffuse un clip promouvant l’intérêt de la version originale et du sous-titrage ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Monsieur du Bus, ce que vous évoquez là, c’est de la médiation culturelle. Je partage votre analyse et je comprends l’intérêt didactique que vous soulignez mais c’est une autre démarche. Il faudrait alors demander à la RTBF qu’elle programme une émission ou une campagne de promotion de la version originale.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Certes, mais cette réflexion n’est pas totalement hors sujet, elle est sous-jacente à cette question. Je vous prends au mot : je déposerai une résolution demandant un clip promotionnel.