Question à Madame Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances
M. André du Bus. – C’est avec une grande satisfaction que nous apprenons par presse interposée que les mouvements de jeunesse sont en plein essor en Région bruxelloise! Je suis attaché à ce secteur à titre personnel. J’estime en effet qu’il est un important vecteur pour le «vivre ensemble» et l’épanouissement de nos jeunes. Les différents mouvements de jeunesse s’accordent sur leur volonté de s’ouvrir à de nouveaux membres et, notamment, à s’implanter dans nos nouveaux quartiers. J’entends par «nouveaux quartiers» les quartiers où les mouvements de jeunesse sont peu présents.
Cela étant, les fédérations des mouvements de jeunesse sont conscientes de ces enjeux. Il s’agit d’ailleurs d’une mission qu’elles tentent de remplir depuis plusieurs années. Les chiffres sont éloquents: plus de 20 000 jeunes à Bruxelles participent aux mouvements de jeunesse. Il reste néanmoins des publics fragilisés ou multiculturels qui ne sont pas touchés par ces animations. À ce titre, Felice Dasseto, sociologue et anthropologue, propose dans son ouvrage L’Iris et le Croissant que les mouvements de jeunesse puissent davantage développer leurs activités vers ces publics. Il s’agit, selon lui, d’une des clés participant à une meilleure intégration des populations visant l’adoption de valeurs communes.
Je suis également convaincu de l’importance de la rencontre entre ces jeunes pour créer non seulement du vivre ensemble, mais surtout, pour développer le «faire ensemble». Je souhaite également faire référence à l’étude du professeur Andrea Rea, qui vient appuyer les propos de Felice Dasseto, et qui a démontré à quel point les représentations mentales des jeunes de Bruxelles variaient selon leur quartier d’origine. Un des enjeux est de permettre des échanges et de découvrir Bruxelles dans toute son étendue et sa diversité. Les obstacles peuvent être nombreux. De quelle façon, soutenez-vous la création de nouvelles unités de mouvements de jeunesse dans de nouveaux quartiers? Quelles ressources pouvez-vous mettre à leur disposition (outils, formation, moyens financiers)? Qui dit implantation dans de nouveaux quartiers, dit accès à un local. Il apparaît que c’est un des obstacles principaux au développement des mouvements de jeunesse sur Bruxelles. De quelle façon pouvez-vous soutenir les partenariats entre les communes et les fédérations de mouvements de jeunesse afin de trouver des espaces disponibles? Nous pensons à votre stratégie jeunesse et à l’axe sur le développement d’une politique locale de jeunesse. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce propos?
Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances. – Plus de 114 000 jeunes de Bruxelles et de Wallonie sont effectivement membres d’un des cinq mouvements de jeunesse. Comme vous le précisez, ces groupes sont de réels acteurs du vivre ensemble au sein de notre société, j’en suis convaincue. Afin de faciliter l’essor de nouveaux groupes locaux, à Bruxelles entre autres, chaque fédération est prête à épauler les nouveaux groupes pour que chaque jeune de 5 à 18 ans puisse y participer près de chez lui. Elles tiennent donc compte, dans leur accompagnement, du contexte local et de la diversité socioculturelle du groupe de jeunes. Par exemple, les scouts donnent sur leur site internet les informations utiles pour créer une nouvelle unité comme un lieu d’implantation, le public potentiel, l’accord de l’animateur fédéral, l’encadrement minimum, etc. J’ai soutenu de nombreuses actions pour favoriser le développement de mouvements de jeunesse locaux. Pour rappel, ces mouvements sont aidés financièrement par des subventions de fonctionnement, d’emploi et des dispositifs particuliers pour des actions décentralisées à hauteur de 3 millions d’euros, mais également par des subventions de formation (plus de 500 000 euros) et de sécurisation des locaux (plus de 280 000 euros). J’ai également signé la convention avec le SPF Défense afin de permettre aux mouvements d’emprunter des tentes et j’ai soutenu deux projets permettant aujourd’hui aux mouvements de centraliser leurs demandes de prêts de ces fameuses tentes.
J’essaie de renforcer les synergies entre les pouvoirs locaux, le tourisme et la jeunesse en vue d’élargir la labellisation des lieux de camps. Je présente ce mercredi au gouvernement mon projet sur les politiques locales de jeunesse, ce qui est, je pense, une ouverture supplémentaire aux communes qui souhaitent développer leurs politiques vis-à-vis de la jeunesse. Les cinq mouvements de jeunesse sont en contact avec l’Union des villes et communes. Ces contacts permettent d’avoir un interlocuteur direct au sein de l’union pour articuler les besoins et services, en cas d’intempéries durant les camps, mais aussi pour obtenir de l’aide logistique pour les infrastructures ou pour les activités régulières, ou encore pour l’accueil des groupes. Ils permettent également des aides plus ponctuelles. La note prévoit, pour Bruxelles, la nécessité de mettre en place un groupe de travail qui doit se réunir avant le mois de juin et faire des propositions concrètes sur la Région bruxelloise. Je terminerai en signalant que les mouvements de jeunesse ont récemment envoyé un questionnaire à leurs groupes locaux sur les relations qu’ils entretiennent avec leur commune et les communes qui les accueillent pendant les camps. L’analyse des réponses, qui est en cours, permettra de mieux cibler les attentes des jeunes et des mouvements et de les mettre en relation avec les communes. En effet, on perçoit parfois une méconnaissance de part et d’autre. C’est peut-être plus le cas d’ailleurs dans les grandes villes que dans les zones rurales.
M. André du Bus. – Madame la Ministre, je note que des moyens conséquents et une attention particulière sont accordés aux besoins des jeunes. J’apprends avec plaisir qu’un groupe de travail spécifique pour les besoins bruxellois est mis sur pied pour trouver des réponses aux demandes plus spécifiquement bruxelloises. Je note par ailleurs votre volonté de renforcer une efficacité d’action politique via le pouvoir communal. Nous qui sommes tous actifs dans des communes, savons que la commune est un acteur méconnu des mouvements de jeunesse qui, pour des raisons historiques, ont souvent principalement des liens avec des locaux paroissiaux, mais peu avec les communes. C’est une initiative intéressante de renforcer ce lien structurel, d’autant plus que c’est une ouverture à d’autres partenariats potentiels en matière de sport ou, plus spécifiquement à Bruxelles, en matière d’action sociale en fonction des publics visés. Il y a aussi une demande de pérenniser la circulaire «Infrastructures». Il serait bon d’en tenir compte pour la suite.