En l'absence du Bourgmestre, du Premier Echevin et de la Présidente du CPAS, le conseil communal a examiné ce lundi soir la Déclaration de Politique Générale (accord de majorité) et le Budget 2013. Pour le cdH d'Etterbeek, par la voix d'André du Bus, cette DPG estpauvre, déséquilibrée, redondante, faite de bric et de broc. Qui plus est, par ses longs et multiples copiés-collés de la DPG précédente 2007-2012, elle sonne comme une gifle à l'intelligence de ceux qui ont fait confiance à la majorité et, plus largement, de tous les Etterbeekois.L'absence des principaux acteurs de la commune pour défendre ce budget et cette DPG témoigne du manque de considération qu'ils portent à l'égard du fonctionnement démocratique local.
A lire dans la Libre Belgique de ce 13 mars : "Un copié-collé de la déclaration de 2007"
Voici le texte de mon intervention.
Mesdames, Messieurs, Chers Collègues,
Première curiosité, avant d'en venir sur le fonds, c'est le délai dans lequel ce document nous est remis : 5 mois précisément après la date des dernières élections qui s'étaient conclues, le soir même du 9 octobre, par la confirmation de l'accord de majorité. Ce délai est d'autant plus étrange que cette majorité résulte d'un accord annoncé urbi et orbi voici plus d'un an, un accord qui affirmait vouloir poursuivre le travail entamé en 2006.
Pour quelle raison avons-nous dû attendre autant de temps ? Cette question n'est pas anodine dès lors qu'elle nourrit plusieurs hypothèses. La première est celle qui veut que la majorité a eu beaucoup de difficultés à s'accorder entre partenaires sur des priorités majeures et déterminantes. Et donc qu'elle a pris du temps pour accorder ses violons. La deuxième hypothèse pourrait puiser ses racines dans une volonté de peaufiner un programme original, bien ficelé, en phase avec les grands défis liés au logement, l'emploi, l'urbanisme.
Nous aurions donné beaucoup de crédit à cette hypothèse si nous avions découvert dans ce document une réelle innovation, des accents vraiment nouveaux, des perspectives originales, des réponses précises aux besoins de la population.Et, globalement, ce n'est pas le cas. Nous retenons donc les difficultés internes à la majorité pour expliquer à la fois ce retard et les faiblesses du document.
Dire qu'il n'y a rien de neuf serait faux. Nous ne l'affirmons d'ailleurs pas. Premier élément appréciable est de voir le personnel en tête des priorités. Il le mérite largement. Il s'agit du bras armé de la commune. C'était d'ailleurs à la limite disqualifiant de le découvrir systématiquement relégué en queue de peloton -à travers quatre pauvres lignes ! - lors de la précédente DPG. Une forme de justice est donc rendue.
De plus certains chapitres témoignent d'un réel investissement, d'une réelle volonté de marquer l'action politique d'une empreinte sérieuse, crédible, concrète. Nous pensons plus particulièrement au chapitre portant sur les travaux publics. Clair, précis, sans redondance, « to the point ». Excellent. Même si nous devons y constater un réel désinvestissement en matière de rénovation des trottoirs, des rues et d'asphaltage. Lors du dernier conseil, le fonctionnaire n'a-t-il pas indiqué que ce devait être la priorité de la politique communale en matière de développement urbain ? Nous apprécions également le chapitre sur la politique de santé. Sobre, mais juste, proche des besoins des habitants et qui marque une réelle rupture avec les politiques précédentes. Les deux pages consacrées au tourisme sont intéressantes également : il y a de nouvelles idées telles que les WE bienvenue, les sets de table, le mouvement des Greeters, un parcours d'artistes et d'artisans mettant en avant les ressources et les talents locaux. C'est une nécessité. Nous plaidons en ce sens depuis des années.
D'autres chapitres n'appellent pas de commentaire particulier. Sans souffle nouveau, ils s'inscrivent logiquement dans l'action entreprise depuis de nombreuses années: le programme de cohésion sociale, la solidarité internationale, la jeunesse – un des derniers points de cette note!-, les affaires néerlandophones et la culture néerlandophone, l'environnement qui poursuit son action dans des projets intégrés à l'Agenda 21 local, les Classes moyennes dont on attend toujours une réelle coordination entre les multiples acteurs de l'emploi situés sur notre commune (Classes moyennes, Mission locale, Atrium, Actiris...).
Mais pour le reste, chers Collègues, quel gâchis, quelle pauvreté! Et je mesure bien la portée de mes mots. C'est une véritable honte à l'intelligence politique. Vous pensez sans doute que j'exagère, que le rôle de l'opposition ne peut se limiter qu'à critiquer. C'est faux. En février 2007, n'avons-nous pas soutenu la DPG d'alors, estimant les propositions d'alors intéressantes ? Notre rôle n'est pas de critiquer de façon vaine. Notre mission est de dire les choses, avec le privilège de la liberté qui est celui de l'opposition.
Et cette liberté, nous entendons bien l'utiliser pour poser une première question. Qui a assumé la supervision de cette Note d'Orientation Politique ? Nous supposons qu'il s'agit du premier personnage de la commune. C'est son rôle, c'est sa mission. Et donc nous pouvons nous attendre à ce que celui qui assume la fonction de Bourgmestre depuis plus de vingt ans ait la mémoire des chiffres et des lettres, qu'il se souvienne de ce qu'il a promis précédemment, qu'il fasse preuve de cohérence. Or, que découvrons-nous ? Qu'une partie impressionnante de ce texte est un copié-collé sans vergogne de la DPG de 2007-2012 ! Assurant par là non seulement une absence de capacité d'actualiser un programme politique à une réalité qui a pourtant été profondément modifiée par la crise économique et financière qui a débuté en 2008. Mais ce copié-collé est surtout un terrible aveu d'échec et de faiblesse.
Je reprends, dans l'ordre.
Le personnel : Nous y retrouvons une fois de plus la volonté d'intégrer des personnes handicapées. Sans aucun chiffre à l'appui. Or, il est du devoir des pouvoirs publics locaux d'engager des personnes handicapées jusqu'à 3 % de leurs effectifs. Comment y arriver ? C'est la seule question intéressante. Aucun mot à ce sujet. Alors qu'ici même s'est tenu un colloque d'ambition régionale portant précisément sur cette question.
La sécurité : Le seul souci sera de consolider les acquis en matière de prévention et de sécurité, et de ne pas déléguer des prérogatives sécuritaires au secteur privé. C'est vraiment court. Pas un mot sur la police de proximité, sur le besoin des habitants de mieux connaître leur agent de quartier, sur les enjeux du contrôle social.
Le social et les affaires sociales. Deux chapitres distincts et successifs qui ne parlent que de la même chose, avec plus ou moins de développement. On s'y perd. La priorité accordée à l'humain est clairement assumée comme une priorité du passé. Si un Conseil des Aînés a été mis sur pied, ce fut après combien d'interpellations de notre part sur le sujet ? Quel est le mode de fonctionnement de ce Conseil et quel résultat aujourd'hui ? Maigre, frustrant et totalement instrumentalisé, aux dires de plusieurs participants. A quand une évaluation et une révision du mode de fonctionnement de cette structure ? Même chose pour le Conseil Consultatif de la personne handicapée. Seul élément intéressant de ces chapitres : la mise sur pied d'un service « Contact plus ». Le bénévolat est aussi remis sur le tapis avec la relance d'un réseau de bénévolat. Quant à la création d'un Espace Public Numérique, j'avais posé la question le 26 avril 2010, voici donc trois ans, et l'échevin m'avait répondu qu'il y avait déjà un grand nombre d'EPN (6) sur la commune et qu'il comptait déposer un nouveau projet au mois d'août de cette année 2010. Je ne comprends pas à quoi correspond cette nouvelle initiative (p7) dont l'exposé donne à croire que rien n'existe en cette matière. De plus nous constatons que les affaires sociales seront chargées de la politique de la santé. Quel sera le mode de collaboration entre les trois membres du Collège dont les compétences relèvent de ces matières ?
Proximité-Participation. Voilà la grande priorité de la précédente législature reléguée au 5ème plan. Avec les mêmes affirmations, les mêmes textes, les mêmes promesses -à la virgule près- de la DPG précédente. On y lit par exemple que la commune ouvrira une Maison de la participation... Comme il y a six ans ! Que les habitants seront impliqués dans les décisions relatives aux dossiers d'urbanisme ou de travaux publics de leurs quartiers. Les mêmes phrases qu'il y a six ans ! Avec un résultat édifiant. L'exemple le plus parlant est l'aménagement de la place des Acacias: les habitants formulent des propositions concrètes et, en janvier dernier, il leur est répondu que rien de ce qu'ils proposent ne sera suivi ! Plus piquant encore, le dossier de la place Jourdan. Je ne peux m'empêcher de reprendre in extenso : « Nous veillerons en accord avec les instances de Beliris à faire de la place Jourdan et de son réaménagement un exemple de participation, chaque acteur (commerçant, riverain ou usager) devant être consulté à tous les stades du projet. Il en sera de même quant aux grands projets communaux tels que la réurbanisation du site des « Jardins de la Chasse ». Il s'agit, ici encore du même texte qu'en 2007 !!! Comme si aucune consultation n'avait été menée. Ce n'est pas fini, tout un paragraphe est consacré aux différentes commissions consultatives, en nommant chacune d'entre elles, sauf une, celle des personnes âgées. Normal puisqu'il s'agit, ici encore, strictement du même paragraphe qu'en 2007 et qu'à ce moment-là la commission consultative des personnes âgées n'avait pas encore été mise sur pied. Mesdames et Messieurs de la majorité, quel est le sens de ces textes copiés-collés, si ce n'est de la négligence, de la soumission à la loi du moindre effort et surtout une marque de dédain profond à l'égard des Etterbeekois qui vous ont fait confiance ?
Le chapitre consacré à la mobilité n'échappe pas non plus à cette manie du copié-collé, avec un nouvel apport lié aux enjeux du stationnement. Mais la déclinaison laisse songeur : on y affirme vouloir travailler en collaboration étroite avec la région, alors que sur le terrain les agents communaux de prévention distribuent des documents fustigeant la politique régionale en la matière. Qu'une pétition circule pour s'indigner contre la suppression des places de parking par la région alors que la commune est le premier opérateur à organiser la suppression des places de parking place Jourdan. On cherche en vain la cohérence !
La partie consacrée au logement ne peut faire l'impasse sur cette grande idée qu'est le droit de superficie dont on attend toujours une véritable évaluation. Le texte affirme que le succès de ce projet l'amène à être copié ailleurs. Il serait intéressant de savoir où précisément... ? Quant à la création de logements dans le cadre du projet des « Jardins de la Chasse », on y découvre maintenant le chiffre de 200 logements destinés aux ménages à revenus moyens – on s'en réjouit- mais dans le cadre d'un équilibre financier. Ce qui n'est pas dit ici c'est que cet équilibre financier doit intégrer un paramètre majeur : le financement de la nouvelle maison communale, dont le coût est estimé à 35 M°€ ! La question subsidiaire est la suivante : au frais de qui cette opération trouvera-t-elle son équilibre ? Dans la réduction d'un nombre important d'autres politiques communales, comme par exemple la suppression des frais de rénovation et d'entretien des piscines des écoles communales vouées alors à la fermeture, ou encore par l'augmentation des taxes communales (voyez l'augmentation de 35 % du prix des cartes d'identité), ou encore par la réduction de l'offre de logements moyens - car il faudra suivre les prix du marché - et l'augmentation de l'offre de logements haut de gamme. Ou un peu de tout cela... Impossible de ne pas évoquer non plus la lutte contre le morcellement des logements qui laisse pantois tous les acteurs de la rénovation. Personne ne comprend les critères appliqués par les services alors que les surfaces de vie proposés (séjour, chambre, sdb...) respectent les prescrits urbanistiques. Il faut mener une réflexion approfondie à cet égard.
Le chapitre consacré à l'enseignement et à la formation compte deux pages au sein desquelles on ne retrouve que 9 lignes originales, distinctes de la précédente DPG. Ces lignes portent sur la prise en considération des besoins du corps éducatif. Tout le reste est du copie-collé de 2007, in extenso ! Sans aucune réflexion, sans aucune évaluation, sans aucun commentaire. Cela n'a aucun sens !
Pour la petite enfance, nous posons deux questions : qu'en est-il du projet de crèche dans le bâtiment dont l'acquisition s'élève à 9,9M°€ , et qu'en est-il de ce bâtiment dont le Budget ne prévoit rien pour sa rénovation? Et quelle réponse la commune offre aux habitants du quartier Père De Deken qui attendent depuis 2009 que la plaine de jeux soit clôturée pour la sécurité de leurs enfants? C'est simple comme question, cela demande un minimum d'écoute, mais cela semble beaucoup trop ! Le problème, nous le connaissons, dès qu'un habitant se réfère à un membre de l'opposition pour faire valoir un problème, il n'est plus écouté.
Les sports n'échappent pas non plus au copié-collé, avec une phrase qui prend toute sa saveur : « Aujourd'hui, nous souhaitons mettre sur pied une véritable politique sportive ». C'était dit en 2007, c'est répété en 2013. C'est donc un aveu que la politique sportive menée depuis 6 ans a été un échec. A moins que cela ne revienne tous les six ans, comme une antienne, signe du sentiment d'éternité sinon de suffisance que confère l'usure du pouvoir.
La planification d'urgence répond certes à un réel besoin.
Dans le chapitre relatif à l'état civil et la population il est question de fournir à chaque nouvel habitant des informations pertinentes sur la commune en général, en faisant référence aux sports, écoles, loisirs... La question est de savoir si, par exemple, s'y retrouveront les informations portant sur les écoles relevant du réseau libre et/ou les associations ne dépendant pas directement de la commune ?
A propos du développement durable, il est question des nombreuses missions confiées à l'asbl Commune une ferme à la ville. Se pose une fois encore la question des moyens nécessaires à l'aboutissement de ces objectifs. Par exemple comment cette asbl va-t-elle offrir une alternative à la malbouffe ? Inutile de vous dire que nous avons reconnu les quelques lignes consacrées à l'année internationale de l'eau. Notre interpellation a donc porté ses fruits ! On verra concrètement ce qu'il en est. Quant aux primes pour les langes lavables, nous demandons une évaluation de ce projet en établissant une comparaison entre les budgets dépensés pour cette opération, le nombre de naissances et les montants des primes distribuées.
L'agenda 21 local fera l'objet d'une évaluation. Voilà qui est nécessaire et intéressant.
Pour renforcer l'égalité Femmes-Hommes, -Coucou nous revoilou- on y retrouve les fameuses marches exploratoires, déjà annoncées en 2007, tout comme les activités de l'asbl Garance! Et si nous demandions une évaluation de ces projets menés durant la dernière législature... ?
La propreté publique est un vrai enjeu du bien vivre ensemble. Tous les habitants y sont sensibles. Et la situation ne connaît qu'une très faible amélioration. Ce devrait donc être une vraie priorité. Que constate-t-on ? Que le sujet ne mobilise qu'une seule page et qu'il reprend exactement les mêmes recettes qu'en 2007 : prévention, infrastructure et répression. Sans aucune évaluation de la politique menée !
Nous avons déjà dit combien nous avons apprécié le texte relatif aux Travaux publics. Concret, réaliste, avec une vision. Il serait intéressant d'obtenir le résultat du plan PLAGE pour chaque bâtiment communal, dont celui de l'actuelle maison communale.
L'urbanisme tombe à nouveau sous le coup du copié collé. Avec le caractère cocasse de cet exercice. Par exemple on y affirme que « Les derniers chancres ont aujourd'hui disparu ». Même phrase qu'en 2007 ! C'est quand « Aujourd'hui » ? Cocasse aussi quand on place une incise dans une phrase tirée de la précédente DPG, mais que cette incise commet une erreur. Ainsi la rénovation du patrimoine protégé fait référence à une curieuse Maison des Notaires ! On a beau la chercher... impossible à trouver ! On imagine finalement qu'il s'agit de la Maison Hap (qui était notaire). Bel exemple de négligence et d'imprécision !
Dernier chapitre à abuser du copié-collé, celui consacré à la Culture. Les trois quart du texte sont une resucée intégrale de 2007. Mais de nouveau cela ne manque pas de piquant quand on apprend qu'une fois de plus la commune souhaite acquérir et installer sur l'espace public une oeuvre majeure par législature ? Quelle est l'oeuvre majeure acquise précédemment, quelle sera l'oeuvre majeure pour cette législature-ci ?
Enfin, et j'en terminerai par là, le chapitre sur les Finances. Chacun sait que c'est le défi majeur, la pierre d'achoppement de toute politique, spécialement en ces temps de crise de la dette publique. Qui plus est, qu'Etterbeek est la commune où la fiscalité est la plus élevée de la Région. Le texte consacré à ce sujet ne remplit même pas une page entière. Alors que le texte sur les foires et marchés s'étale sur plus de deux pages ! On y apprend que le Collège souhaite revoir la fiscalité à la baisse et qu'elle optimalisera la gestion de la dette. Où en est le dossier de subsides des 3,5M° du home Beauport ? Depuis cinq ans nous n'avons jamais reçu de réponse à cette question.
Mesdames, Messieurs, chers Collègues, inutile de vous dire qu'à la lecture de ce texte nous ne savions plus si nous devions rire ou pleurer. Nous ne soutenons pas cette Note d'Orientation qui, à côté de rares accents novateurs, est pauvre, déséquilibrée, redondante, faite de bric et de broc. Elle sonne comme une gifle à l'intelligence de ceux qui vous ont fait confiance et, plus largement, de tous les Etterbeekois.
André du Bus
Commentaires
Indignez-vous qu'Il disait. Bonne continuation André.