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Europalia Turquie 2015

Soumis par andredubus le

Interpellation jointe à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Europalia Turquie 2015 » (Article 76 du règlement)

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Madame la ministre, je partage totalement la préoccupation de mon estimé collègue Jean-Claude Defossé, qu’il a formulée de manière très pointue. Si nous acceptons en 2013 l’organisation d’Europalia Turquie après son interdiction en 1995, c’est en raison des grandes  avancées  démocratiques réalisées par ce pays durant ces vingt dernières années.

À l’échelle de l’histoire turque, ces progrès sont réels. Pourtant, si les choses se sont fortement améliorées, aujourd’hui encore la démocratie y est problématique. Les derniers événements de la place Taksim et la répression d’Ankara, voici deux semaines, montrent à quel point la liberté d’expression telle que nous la concevons se décline de façon différente dans ce pays. Comme me l’ont démontré certains Belges d’origine turque, nos deux cultures ne peuvent être comparées. Ainsi, la conception turque du pouvoir diffère fortement de la nôtre. En Turquie, en matière de démocratie, il reste du chemin à faire.

Notre Fédération Wallonie-Bruxelles peut accompagner la Turquie dans ce travail de mémoire. C’est une démarche essentielle pour les Arméniens, comme pour les nombreux Belges d’origine arménienne qui y sont attentifs. C’est dans ce sens que nous devons envoyer des messages clairs et positifs aux responsables turcs d’Europalia.

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Je remercie M. Defossé pour son habile exposé  historique.
Ces dernières années, les rapports entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et les responsables d’Europalia étaient basés sur la confiance. De manière réussie et positive, Europalia a mis à l’honneur la Russie en 2005, la Chine en 2009 et l’Inde cette année. Or, vous en conviendrez, monsieur Defossé, ces pays auraient pu susciter la polémique au regard de leur réalité historique et politique, et notamment de leurs violations des droits de l’homme et de la femme.
Pourtant, la qualité de la programmation d’Europalia a toujours permis de dépasser ce type d’écueil. Son objectif n’est pas de mettre un État ou un régime en évidence mais de valoriser l’histoire culturelle et artistique d’une société dans toute sa diversité, de favoriser sa découverte par le public belge et de susciter des échanges.

Europalia Turquie 2015 ne pourra évidemment en aucune mesure déroger à ces principes de diversité et d’ouverture. Je n’ai d’ailleurs pas attendu votre interpellation, monsieur du Bus, pour relayer ce point de vue auprès de la directrice générale du festival dans les semaines qui ont suivi l’officialisation du choix de la Turquie. J’y serai bien entendu attentive lors du suivi qui sera assuré au projet dans les prochains mois.

Je dois également souligner, monsieur Defossé, que la contribution de notre Fédération est particulièrement faible en comparaison de celle du département fédéral des Affaires étrangères puisqu’elle s’élève à 25 000 euros pour l’année de préparation et à 25 000 euros pour l’année de réalisation. À titre d’exemple, pour la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2013, l’association avait budgétisé un total de 1 312 000 euros de subsides. Votre question s’adresse dès lors davantage au ministre des Affaires étrangères, M. Reynders, qu’à moi-même, dans la mesure où il s’agit d’un dossier fédéral auquel nous nous associons.

Je pourrais d’ailleurs vous communiquer copie du courrier que j’ai adressé à Mme De Mulder en réponse aux préoccupations qui m’avaient été transmises par un collectif d’Arméniens. Cet élément fait partie de mes priorités et j’y serai très attentive dans la mesure des moyens qui sont à ma disposition.
La culture permet de faire tomber certaines barrières. Ce projet Europalia peut y contribuer pour autant que nous y soyons très attentifs à tous les niveaux de pouvoir.