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Familles et services en matière d'assuétudes

Soumis par andredubus le

Intervention dans le cadre du débat sur les assuétudes, au Parlement francophone bruxellois

Monsieur le Président,
Chers Collègues,

A l'occasion de la présentation du rapport sur les auditions portant sur les assuétudes, je souhaite aborder deux facettes de cette réalité qui touche également le niveau de compétence de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le premier sujet concerne la question des parents, le second celui de la mise en place de la Cellule francophone santé- assuétudes.

Nous le savons, les professionnels nous l'ont rappelé, de plus en plus de jeunes sont « pluri-toxicomanes » (Alto). Selon l’UFAPEC, la consommation actuelle, même s’il s’agit de produits connus, a fortement évolué chez les jeunes et il n’est pas toujours aisé pour les parents de les comprendre. En outre, l'adolescence se vit avec un rapport particulier à l'interdit. Souvent par une nécessité de se distinguer des normes et par une confrontation au risque. Or dans les produits psychotropes, il y a des produits interdits. De nouveaux phénomènes apparaissent tels que le « binge drinking », ce qui peut entraîner des risques qui ne sont pas bien maîtrisés par le jeune et dont les parents n'ont toujours pas connaissance.

Les problèmes dont les jeunes et leur entourage font part sont aujourd’hui sont différents et plus complexes que par le passé. La consommation de substances chez les jeunes est avant tout le reflet d’un mal-être fondamental, comme le manque d’estime de soi ou la sensation de grande solitude. Ils évoluent dans un monde plus individualiste où la performance est essentielle. Le(s) produit(s) qu’ils consomment répond(ent) véritablement à un mal-être fondamental (Pascale Anceau Infor-Drogue). Pour beaucoup d’acteurs de terrain, les jeunes concernés sont en position de rupture. La première rupture commence bien souvent dans le cadre de l’école et l’échec scolaire peut être le point de départ de leur souffrance.

Les proches confrontés aux problèmes d’assuétudes d’un enfant dépendant sont très démunis. Vivre le parcours chaotique de son enfant, avec ce que cela comporte de souffrance, de sentiment de solitude et d'incompréhension peut induire la marginalisation de toute une famille. La situation est encore plus complexe dans le cas de familles monoparentales.

Longtemps considérée comme " pathogène ", la famille du jeune dépendant a été tenue à l'écart des dispositifs de prise en charge et de soins. L'accueil, la prise en charge, voire la prise en compte des familles de toxicomanes posent encore question au sein du dispositif spécialisé en toxicomanie. Par ailleurs, le sentiment de culpabilité est intense chez ces parents étant donné que l’assuétude est encore souvent un problème tabou, associé à la délinquance. Il n’est donc pas aisé de pouvoir se livrer à une personne extérieure pour être aidé.

Par ailleurs de nombreuses familles ne connaissent toujours pas l’ensemble des services qui sont à leur disposition face au problème d’assuétudes de leur enfant.

A partir de l’âge de la majorité, les parents n’ont plus que très peu de prise sur la situation de leur enfant. Il n’y a même plus la possibilité pour les parents de consulter le dossier de leur enfant. Entre 18 et 25 ans, il y a un vide juridique, on crée de l’assistanat en envoyant un jeune de 18 ans seul au CPAS. Les parents ne sont plus entendus.

Dans d’autres cas, il arrive que les familles « portent » la toxicomanie de leur enfant et la soutiennent parfois activement.

Une des questions majeures, pour les parents, est d'identifier le service vers lequel se tourner. Le médecin généraliste est en général le premier, voire parfois le seul intervenant psychomédico-social en contact avec les familles.

Les professionnels de santé dans le secteur de la santé mentale constatent une demande d’aide à la hausse ces dernières années de la part des jeunes mais aussi de leur entourage. 50% des personnes qui font appel aux structures d’aide pour toxicomane, telles qu’Infor-Drogues, sont en fait des parents. Ce qui fait dire à la responsable d'Infor-Drogue que les parents d’adolescents doivent être mieux soutenus par des informations claires et accessibles et des structures qui les accompagnent avec leur enfant en souffrance.

L’aide aux parents ne signifie nullement de vouloir gérer uniquement le comportement de dépendance de leur enfant. Les professionnels remarquent que souvent, les parents ont tendance à ne vouloir voir que l’assuétude et ont des difficultés à avoir une vision globale de la problématique. Or, force est de constater que les parents sont bien autant en difficulté que les jeunes et ont donc besoin aussi d’être soutenus, accompagnés.

Or si l'offre, sur le plan quantitatif est suffisante, il y a donc un manque évident de visibilité, d'accessibilité et de coordination entre les les différentes structures qui offrent des services d'accompagnement.

Les services disponibles en matière d’assuétudes ne sont pas tous habilités de la même manière à accompagner les proches. Par exemple, les PMS sont souvent débordés et peu formés à la problématique des assuétudes ; surtout en ce qui concerne l’accompagnement des familles. Il est ainsi très difficile pour ceux-ci d’orienter les parents. Dans les CLPS, des initiatives existent pour les proches de façon locale mais pas à l’échelle de la FWB. D’autre part, des infrastructures telles que « Infor-drogues » sont compétentes mais n’ont pas les possibilités de répondre aux abondantes demandes. Enfin, des associations de familles se sont développées ces dernières années mais ont peu de moyens pour agir et offrent une aide qui reste de l’ordre du non-professionnel. Avant de pouvoir pousser la porte d’un de ces services existants, les parents doivent savoir où ils peuvent s’adresser.

La plupart des initiatives mises en place pour les proches de jeunes souffrant d’assuétudes sont en générale organisées au niveau local. Elles ne sont pas encore souvent centralisées à grande échelle et sont dès lors peu connues du grand public.

Il est également remarqué que les lieux de rencontres et de dialogue avec les parents restent souvent limités à l’école. Et encore, car les réunions de parents ne sont pas des espaces les plus fréquentés par les familles concernées par les assuétudes. En revanche, nous dit Infor-Drogue, si les parents sont invités à débattre largement des difficultés à l’école, il est alors plus aisé de parler de problème de drogue ou d’alcool.

Tout cela pour dire, Chers Collègues, qu'il n’est pas d’emblée nécessaire de mettre en place de nouvelles infrastructures sans passer par un état des lieux précis de l'offre et de la demande. D’autant plus que la mise en place de nouvelles structures nécessite des budgets importants, sans pour autant répondre au problème de visibilité et de coordination qui est particulièrement pointé par les acteurs de terrain et les parents concernés.

Ce qui m'amène à évoquer le rôle que pourrait jouer à cet égard la future cellule politique francophone santé-assuétudes. Nous savons que les trois ministres compétents relevant de la Cocof, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne ont décidé, via un protocole d'accord, de la création de cette cellule. L'offre d'emploi de son coordinateur vient d'ailleurs d'être ouverte. Cette cellule sera composée des représentants des trois ministres de la santé ainsi que de leur administration.

La ministre Laanan a précisé, en réponse à une question que je lui adressais en octobre dernier que « des représentants du secteur de lutte contre les assuétudes siégeront en permanence pour y assurer l'implication des acteurs de terrain.

Cette cellule devra proposer un plan concerté pour la prévention, la réduction des risques et le traitement en collaboration avec les acteurs de terrain. Elle devra également proposer des journées d'étude pour accroître la visibilité de l'offre de services.

Elle soutiendra la concertation entre les opérateurs de terrain dans une dynamique de travail en réseau.

Je formule le souhait, au nom de mon groupe et après une très large concertation avec de nombreux représentants du secteur, que cette cellule mette sur pied une plate-forme internet reprenant toutes les actions locales et toutes les offres de service en matière d'assuétude.

Au-delà de la centralisation de l’information, elle offrirait aux parents – j'y reviens donc - un guide complet pour toutes les assuétudes confondues, et ce, à moindre coût. Cette plate-forme pourrait recenser les différentes structures d’aide qui existe pour les parents dans chaque lieu géographique, référencer des professionnels de santé formés aux problèmes d’assuétude, proposer des partages d’expertise aussi par les professionnels et des échanges d’expériences avec d’autres parents concernés. Le site aurait enfin l’atout de ne pas provoquer de sentiment de gêne et de culpabilité de la part des parents en quête d’aide. La plate-forme pourrait donc servir de point de départ d’aide aux parents et n’exclurait donc nullement l’aide humaine qui pourrait être apportée par la suite.

Enfin, une autre difficulté importante pour les parents est la gestion des moments de crise où une aide doit leur être apportée dans les plus brefs délais. Dans cette situation, une permanence téléphonique d’urgence pourrait être mentionnée sur le site Internet, permettant aux parents d’avoir une écoute à tout moment.

La promotion du site peut être faite via les différentes structures des composantes des trois entités concernées : La Région Wallonne, la Fédération Wallonie Bruxelles et la Commission Communautaire française. A travers les CLPS, PMS, écoles, maisons médicales, cabinets des généralistes...

C'est le souhait formulé par le cdH, pour que les services déjà existants répondent encore mieux aux demandes des familles.

Je vous remercie pour votre attention,

André du Bus