Aller au contenu principal

Incompatibilité entre les messages de prévention de la Communauté française contre les assuétudes et une boisson qui se déclare anti-ivresse

Soumis par andredubus le

Entre le dépôt de cette question et notre séance de ce jour, cette problématique a fait l’objet d’une question d’actualité posée en séance plénière et, bien entendu, mon texte prend en compte les éléments de réponse fournis à cette occasion.
La boisson mise en vente le 18 juin dernier sur Internet et présentée par la société luxembourgeoise Outox comme pouvant accélérer la chute du taux d’alcool dans le sang inquiète fortement les associations de lutte contre les assuétudes. Le groupe « Jeunes, alcool et société », le Crioc et Infor-Drogues ont, de fait, manifesté leur indignation dans différents communiqués de presse. Vous avez d’ailleurs déjà eu l’occasion, madame la ministre, de répondre à mes collègues et d’exprimer votre opinion à ce sujet.

Image retirée.

Pour ces associations, comme d’ailleurs pour toutes celles qui luttent contre les dangers de l’alcool, la mise sur le marché d’Outox représente un danger, notamment pour les jeunes. La promotion de cette nouvelle boisson repose sur ses prétendues vertus « anti-gueule de bois ». Il est effectivement difficile de croire que la composition de la boisson, qui serait à base de fructose, de jus de citron et d’acides citrique et malique, permette de réduire le taux d’alcoolémie, sachant qu’il n’ y a aucune preuve scientifique d’un quelconque effet de ces produits consommés séparément. Vous avez vous-même confirmé en séance plénière le caractère mensonger de cette affirmation, madame la ministre.
Promettre une chute du taux d’alcool dans le sang ne peut qu’inciter à boire plus d’alcool que de raison. En outre, on fait croire ainsi à des conducteurs qu’un produit miracle abaissera leur taux d’alcool avant un éventuel contrôle routier alors que cette assertion est fausse. Les messages de ce type favorisent une prise de risque dont les conséquences, outre la sanction, peuvent être dramatiques. Il semblerait que la société luxembourgeoise ne fasse plus référence à cet argument de vente, toutefois le président-directeur général d’Outox ne s’avoue pas vaincu et déclare préparer une riposte, ce qui est assez inquiétant.
Il n’est pas nouveau que je me préoccupe de telles pratiques commerciales abusives ; je vous ai déjà interpellée sur la question. J’aimerais à nouveau insister sur un point largement développé lors de l’atelier « alcool » du colloque sur les assuétudes, à savoir l’incohérence flagrante des messages envoyés aux jeunes. Ce cas est un nouvel exemple de l’incompatibilité entre les messages publicitaires et le travail de prévention de la Communauté française.
Comment sera-t-il tenu réellement compte des prises de position défendues par la grande majorité des associations présentes lors du colloque, principalement sur les tensions qui entourent la publicité en faveur de l’alcool ?
En France, la publicité pour l’alcool est interdite depuis la fameuse loi Evin de 1991. Pensez-vous que d’ici la fin de la législature la Conférence interministérielle de la Santé puisse également aboutir à une initiative visant à l’interdiction de la publicité pour l’alcool ?
À l’issue de vos rencontres avec Mme Laruelle et M. Magnette sur ce « produit miracle », qu’est-il prévu pour sanctionner les pratiques generic cialis onlinecommerciales abusives de manière plus contraignante et plus transparente que le Jury d’éthique publicitaire n’est en mesure de le faire ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Comme vous, monsieur du Bus de Warnaffe, je constate en effet l’incohérence des messages adressés aux jeunes : d’un côté, des messages de prévention mesurés, responsables et raisonnables, et de l’autre, des pratiques commerciales agressives, séductrices et trompeuses. C’est cette incohérence que relevait dernièrement le groupe « Jeunes, alcool et société » dans son communiqué de presse du 17 juin relatif à l’arrivée sur le marché de l’Outox, une boisson censée accélérer la chute du taux de l’alcool dans le sang.
En tant que ministre de la Santé, je m’inquiète du message envoyé par la marque qui va à l’encontre de toutes les politiques publiques de lutte contre l’alcoolisme puisqu’elle légitimise implicitement une consommation immodérée d’alcool. Si l’Outox devait devenir disponible en Belgique, plutôt que de mettre en garde les utilisateurs potentiels contre ce produit, ce qui risque d’être contre-productif, je pense qu’il faudra prendre des décisions plus contraignantes sur les pratiques commerciales. Nous avons d’ailleurs eu récemment l’occasion d’en débattre en séance plénière.
Ce problème renvoie à l’inefficacité des règles de la convention du groupe Arnoldus, ce code de bonne conduite publicitaire élaboré par les brasseurs.
Ces règles sont peu contraignantes notamment parce que une grande partie des interdictions ne concerne que les mineurs, laissant le champ libre pour les autres. Ces dérives démontrent une certaine incapacité du jury d’éthique publicitaire à enrayer des pratiques commerciales provocantes.
La majorité des acteurs de la prévention des assuétudes présents lors de la table ronde au parlement de la Communauté ont rappelé l’évolution inquiétante de pratiques commerciales directes et agressives qui prennent les jeunes pour cible. Ils souhaitent qu’à côté des mesures de prévention et de sensibilisation destinées à développer chez les jeunes la capacité à faire des choix responsables, les autorités publiques s’acheminent vers l’adoption de politiques et de mesures communes et concertées.
J’ai demandé que la question de la publicité ainsi que l’évaluation de la convention du groupe Arnoldus – après cinq ans de fonctionnement – soient mis à l’ordre du jour de la prochaine réunion de la cellule Santé et Drogue afin que les ministres de la Santé adoptent une position commune. Cette cellule est le lieu de concertation sur la consommation de drogues licites ou illicites car elle réunit tous les ministres concernés. La conférence interministérielle du 25 janvier dernier a d’ailleurs confié à la cellule générale l’établissement d’un plan d’action national sur l’alcool. Ce point reviendra donc sans doute à l’ordre du jour.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je remercie la ministre pour la qualité de sa réponse qui rejoint notre analyse sur l’incohérence des messages adressés aux jeunes et sur l’incapacité du Jury d’éthique publicitaire à arrêter une politique suffisamment contraignante. Toutefois la question est de savoir si la réforme du JEP relève de la Communauté française ou davantage de l’État fédéral.
Quelle que soit la réponse, nous n’en resterons pas là, car il est urgent de prendre des initiatives pour revoir le mode de fonctionnement et la composition du JEP, que nous sommes nombreux à dénoncer. zp8497586rq