Question à Madame Marie-Martine Schyns, Ministre de l'Education, de la Culture et de l'Enfance
M. André du Bus. – À l’occasion des Jeudis de l’hémicycle du Parlement francophone bruxellois, notamment le 25 février dernier, nous avons eu l’occasion d’entendre plusieurs intervenants qui nous ont exposé la situation des jeunes aidants proches. Il s’agit de ces enfants, adolescents ou jeunes adultes qui apportent de l’aide quotidienne à une mère, un père, une sœur, un frère en situation de dépendance à la suite d’un accident, d’une maladie physique ou mentale, d’un handicap ou de la consommation d’alcool ou de drogues. Les conséquences de cette charge assurée par le jeune aidant proche peuvent être particulièrement lourdes et stressantes lorsque les tâches et les responsabilités qui reposent sur lui deviennent excessives. Elles impactent sa qualité de vie ainsi que ses projets d’études ou de loisirs. Il n’est pas rare que les difficultés scolaires voire le décrochage ainsi que le harcèlement soient au rendez-vous de ces jeunes qui vivent alors une réelle détresse, les enfermant dans une solitude qui participe et renforce une forme d’exclusion sociale. L’expérience démontre qu’une reconnaissance de cette situation est la première étape indispensable avant d’activer un réseau d’aide et de soutien et d’alléger ainsi la charge qui pèse sur les épaules du jeune. Mais cette reconnaissance ne peut se déployer dans le milieu scolaire que si les enseignants et le personnel encadrant sont sensibilisés à cette problématique. Les enseignants sont-ils actuellement sensibilisés à cette problématique ? Que pourriez-vous envisager afin de les informer sur ce sujet ?
Mme Marie-Martine Schyns, ministre de l’Éducation. – Vous me demandez si la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que la ministre qui m’a précédée ont eu connaissance de cet enjeu et de ces jeunes qui, comme vous l’avez dit, mènent une double vie : ils ont leur vie de jeunes et d’élèves et ils doivent soutenir l’un ou l’autre membre de leur famille. Ces jeunes sont admirables et la Fédération Wallonie-Bruxelles a bien entendu parler de cette problématique. La ministre qui m’a précédée a été sollicitée par l’ASBL qui a rencontré certains de nos collègues bruxellois, le 25 février, au Parlement bruxellois. Elle a été sollicitée pour un rendez-vous au mois de février et la rencontre est prévue avec les collaborateur s qui suivent cette matière au sein du cabinet. La demande de l’ASBL était de rencontrer le cabinet pour déterminer comment pouvait-on tenir compte des jeunes aidants proches dans les politiques qui sont menées aujourd’hui dans l’enseignement. Le cabinet les recevra afin de les entendre et d’imaginer un modèle. Je vois deux étapes dans la création de ce modèle : il y a d’abord la reconnaissance du phénomène, comme l’expliquait M. Crucke. Il va falloir réfléchir à une grille d’analyse et de critères qui permettra de reconnaître un jeune comme étant un aidant proche.
Selon moi, il y a différents niveaux d’aides : certains jeunes en font beaucoup, d’autres un peu moins. Nous allons donc nous retrouver face à cette question de la reconnaissance du statut et je vous rejoins à ce sujet. Ensuite, c’est la question des aménagements qui va se poser. Comment peut-on aménager pédagogiquement la vie scolaire afin que la vie familiale de l’aidant proche soit soutenable ? Deux solutions se dégagent: - Mme Persoons a proposé d’assimiler les jeunes aidants proches à un autre profil – un enfant placé par le juge, par exemple. Cela permettrait d’obtenir 1,2 équivalent en NTPP. Cette solution aurait un impact budgétaire qui n’est pas encore mesurable à l’état actuel. - Une deuxième solution que j’imagine ici – le dossier arrive pour la première fois sur les bancs du Parlement bruxellois et sur les bancs de notre Parlement – serait d’assimiler leur parcours à celui des enfants qui ont des troubles de l’apprentissage et demandent des aménagements raisonnables.
Cette assimilation ne doit pas être stigmatisante, ni pour la première ni pour la seconde solution. Cependant, cela permettrait peut-être une plus grande souplesse au niveau de la durée des examens, des dates auxquelles ils ont lieu. De plus, comme le relevait M. du Bus de Warnaffe, cette reconnaissance permettrait de sensibiliser les enseignants. Quand un enseignant est face à sa classe, il rencontre différents parcours de vie et, en fonction de son expérience, il est plus ou moins outillé pour réagir à des enfants qui ont des difficultés familiales ou à des enfants qui prennent en charge beaucoup de choses au niveau de la famille. Cette sensibilisation est donc nécessaire, mais il faut qu’elle soit aménagée et structurée de manière à faire confiance au professeur qui est face à sa classe. S’il s’agit d’une initiative d’avenir de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il faudrait que cela rentre dans un cadre éventuellement lié aux aménagements raisonnables comme je viens de l’évoquer. C’est une piste que j’évoque ici. Je rassure donc M. Crucke en affirmant que je ne compte pas mettre ce dossier au fond d’un tiroir. Un engagement très clair de la part des collaborateurs du cabinet qui m’ont transmis ces informations est de rencontrer prochainement les représentants de l’ASBL.
M. André du Bus. – J’entends bien votre réponse portant sur les aménagements raisonnables. J’ai cru comprendre que cela rentre dans le cadre des besoins spécifiques, c’est une bonne chose. Néanmoins, la sensibilisation des enseignants, à travers un module ou le partage d’expériences est extrêmement importante. Savoir que cette réalité est potentielle au sein d’une classe permet à l’enseignant d’avoir une clé de lecture très éclairante du comportement des uns et des autres. Dès lors, il peut aménager ses horaires, sa manière de fonctionner de gérer la classe ou de respecter une certaine confidentialité, ou pas, etc. Il faut faire confiance aux enseignants dans ces situations sensibles. J’ai également porté ce sujet devant le Conseil communal d’Etterbeek. Le bourgmestre est tout à fait disposé à envoyer les directions de la commune suivre ce module de sensibilisation dès qu’il aura été mis en place. Il y aura du répondant, et rapidement.