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La cyberdépendance et le soutien à la parentalité

Soumis par andredubus le
Question à Madame Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances

Le problème primordial de l’impact des dépendances sur la santé des individus traverse les législatures en Communauté française. Une forme de dépendance a récemment attiré mon attention, non pas qu’elle soit neuve en tant que telle, mais bien parce que l’approche développée par le corps médical (francophone en l’occurrence) mérite d’être retenue : il s’agit de la « claustration » des adolescents qui se traduit notamment, mais pas exclusivement, par une dépendance au monde virtuel de la télévision, des jeux vidéos ou de l’internet.

J’aimerais revenir aujourd’hui sur ce phénomène, qui interpelle à plus d’un titre : des adolescents se coupent progressivement du monde réel pour s’ancrer dans un monde virtuel dont ils ne parviennent plus à se distancier. Ils présentent toute une série de symptômes connus : état de « surtension », insomnie, fatigue, troubles digestifs, mal de dos, dérèglement alimentaire, etc.

Mon propos n’a pas pour objectif de diaboliser les nouvelles technologies qui peuvent donner accès à une mine d’informations extraordinaires et favoriser l’ouverture sur le monde mais d’attirer l’attention sur les dangers qu’elles peuvent présenter pour la santé et le bien-être des jeunes, en cas de mauvaise utilisation. En période estivale, le problème se pose avec d’autant plus d’acuité qu’un grand nombre d’entre eux sont moins bien encadrés et disposent de plus de temps à consacrer aux nouvelles technologies. La Communauté française a un rôle à jouer tant en termes de soutien aux parents qu’en termes de lutte contre les dépendances. En effet, lors de la précédente législature, nous n’avons pas manqué d’intervenir sur la question pour que cette nouvelle forme de dépendance soit prise en compte.
De fait, la Déclaration de politique communautaire n’est pas avare de mesures à appliquer dans le domaine. Je rappellerai ici les trois dispositions retenues en matière de cyberdépendance : « élaborer avec les professions concernées des outils relatifs aux nouveaux comportements de dépendance ; développer les programmes de prévention à destination des jeunes et également à l’attention des parents et des professionnels de l’enfance ; créer un code de bonnes pratiques de l’usage d’Internet à destination des enfants ».
Je voulais donc faire le point avec vous aujourd’hui sur la mise en oeuvre des dispositions prévues dans la DPC. Quels contacts avez-vous déjà pris avec les professions concernées ? Quels outils ont été retenus ? Les programmes de prévention annoncés sont-ils en voie de finalisation ? Qu’en est-il du code de bonne conduite à usage des mineurs ? Quand peut-on escompter recevoir un tel code, qui constitue un outil de soutien aux parents souvent désemparés face aux nouvelles technologies ? Le service de l’éducation aux médias, prévu par le décret adopté l’année dernière, et les secteurs de l’éducation permanente de la jeunesse sont-ils impliqués ? Enfin, avez-vous eu des contacts avec votre homologue de l’État fédéral ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – La cyberdépendance est un phénomène aussi appelé cyberaddiction, usage problématique d’Internet ou encore trouble de dépendance à internet. Le recueil documentaire de décembre 2009 et janvier 2010 sur la cyberdépendance réalisé par le service communautaire de promotion de la santé de l’UCL, indique qu’il existe plusieurs types de dépendance à internet. Il y a tout d’abord la dépendance à caractère relationnel, comme le courrier électronique, les chats, les forums de discussion.
Ensuite, il existe la dépendance à caractère sexuel, la visite de sites pornographiques, ou encore la dépendance aux jeux vidéo, et bien sûr la dépendance qui ne se limite pas à un seul type de site ou à une activité en particulier.
Les équipes de prévention se servent de nombreux outils de prévention aux assuétudes généralistes ou spécifiquement consacrés à la cyberdépendance comme les supports pédagogiques « Educanet » et « Bluff ! », les livres illustrés comme Lili regarde trop la télé et @ccros de msn ou les ouvrages Internet rend-il accro ?, Lâche un peu ton ordinateur ou L’enfant au risque du virtuel.
Sur son site Internet français, la société privée Microsoft propose aux parents de mettre en place des contrats pour protéger leurs enfants et assurer ainsi la sécurité des particuliers. La méthode consiste à réunir toute la famille et à rédiger un code de bonne conduite qui devra être accepté par chacun de ses membres. Il s’agit notamment de respecter les règles d’utilisation d’Internet établies par les parents, notamment les sites sur lesquels les enfants peuvent se rendre, la nature de leurs activités en ligne, les périodes d’utilisation d’Internet et la durée de consultation en ligne. De tels codes pourraient servir de base pour élaborer des chartes en famille. Ils devraient néanmoins être adaptés pour que l’on puisse en retirer toutes les références aux produits développés par une société commerciale.

Par ailleurs, la protection des enfants ne se réduit pas à la signature d’un contrat. La charte doit être une base de discussion et d’accompagnement dans la réflexion des enfants sur leur usage d’Internet et non une façon de ne plus en parler.
Il n’existe pas de programmes de prévention uniquement dédiés à la cyberdépendance en Communauté française. Cette problématique est néanmoins de plus en plus présente dans les activités de prévention et de nombreux outils témoignent d’une importante demande d’information du public. La cyberdépendance est cependant citée par tous les points d’appui assuétudes comme une préoccupation des enseignants. Ces derniers manifestent parfois leur inquiétude, notamment face à la nouveauté du phénomène.
Dans le cadre du dispositif de promotion de la santé, j’ai décidé, avec la ministre Simonet, de prolonger et de renforcer les conventions des points assuétudes afin qu’ils puissent répondre aux nombreuses demandes des établissements scolaires.
Soulignons également le travail du Centre local de promotion de la santé de Mons-Soignies qui a développé un travail considérable sur la question des cyberdépendances. Ce travail pourrait aboutir à des outils de prévention sur l’usage des nouvelles technologies.
Du côté de l’éducation permanente, l’asbl Infor-Drogues a conçu, en 2008, un outil à l’attention des organismes d’éducation permanente intitulé « La cyberdépendance ou la dépendance à l’Internet ». En première partie, on y trouve des chiffres liés à l’usage d’Internet en Belgique, lesquels sont intéressants car ils donnent des pistes pour les éducateurs qui veulent traiter de la question de la cyberdépendance avec le grand public. Des parallèles sont faits avec les autres addictions, et quelques conseils pratiques pour aborder la cyberdépendance sont donnés. La dernière partie évoque les risques liés à l’usage d’Internet comme la pornographie, le harcèlement, la violence, la désinformation. En outre, l’asbl Infor-Drogues a créé une affiche « Les jeux multijoueurs sur Internet, une nouvelle addiction ? » avec, au verso, des informations permettant de décoder les mécanismes des jeux de rôles en jeux massivement multijoueurs (MMORPG).
Complémentairement, l’asbl a réalisé le site Internet « www.jarretequandjeveux.org » inspiré du livre éponyme de Nicolas Ancion qui raconte l’histoire de Théo, un fan de jeux vidéo. Le site propose aux jeunes lecteurs d’en découvrir davantage sur l’histoire de Théo. Les enseignants et les parents pourront trouver divers outils et informations utiles pour aborder le sujet des jeux vidéo.
D’une manière plus générale, plusieurs associations reconnues développent des actions et offrent des services de soutien à la parentalité. Elles peuvent être amenées à jouer un rôle de sensibilisation et de relais, répondre aux questions et recommander des outils pour lutter contre la cyberdépendance. Je pense notamment à l’École des parents et des éducateurs ou à la Ligue des familles.
Du côté de l’éducation aux médias, la DPC énonce : « Une éducation des jeunes face aux risques liés à l’usage d’internet sera mise en place ». L’accent est donc placé sur la démarche éducative. Comme toute démarche de ce type, elle doit s’inscrire dans le temps et à travers une multiplicité de dispositifs. C’est en ce sens qu’un groupe de travail stratégique « médias en réseaux » a été mis en place au Conseil supérieur de l’éducation aux médias.
Enfin, vous me demandez si j’ai eu des contacts avec ma collègue Mme Onkelinx. Grâce au dispositif initié dans le cadre de la conférence interministérielle drogues, tous les niveaux de pouvoir concernés se sont réunis afin de mener des actions concertées en matière d’assuétudes.
La première conférence interministérielle s’est tenue en janvier dernier. Elle s’est surtout attelée à la mise en place des travaux. La deuxième conférence drogues se tiendra le 18 octobre prochain. À ce jour, l’agenda ne prévoit pas le thème de la cyberdépendance.
Par ailleurs, la première table ronde sur les assuétudes, dont vous présidez un des groupes de travail, s’est tenue en mai dernier. Mes collègues Mmes Huytebroeck et Tillieux et moi-même avons démarré un processus d’analyse des points forts et des faiblesses du dispositif assuétudes. La troisième et dernière table ronde permettra de dégager des pistes d’actions concrètes et prioritaires en matière d’assuétudes.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je remercie la ministre pour cette réponse complète et étayée. Cependant, je n’ai pas entendu les priorités qu’elle a retenues parmi les initiatives prises, principalement par des associations. J’attendrai la suite des travaux de la table ronde sur les assuétudes pour y voir plus clair.

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