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La Forêt de Soignes et de la hêtraie cathédrale sur la liste du Patrimoine Mondial de l'humanité

Soumis par andredubus le

Proposition de résolution visant à soumettre à l'UNESCO l'inscription de la Forêt de Soignes et de la hêtraie cathédrale sur la liste du Patrimoine Mondial de l'humanité

Chers Collègues,

Je tiens d’abord à remercier notre collègue Viviane Teitelbaum pour la qualité de son rapport qui prouve une fois de plus que, contrairement à ce que d’aucuns veulent faire croire, notre parlement n’est pas entré en léthargie…

Lors de cette intervention je souhaite revenir sur certains points de cette résolution, sur les prochaines étapes qui l’attendent et je terminerai en évoquant un aspect plus socio-éducatif de la forêt.

A propos de la genèse de cette initiative, il faut remonter précisément à la conférence de presse de novembre dernier qui, sur base d’études scientifiques, concluait à la nécessité de procéder à une réduction de la surface de la hêtraie cathédrale. Nous apprenions que la survie des hêtres en Région bruxelloise après 2100 est menacée. Plus précisément l'évolution du climat est telle que, dans moins d'un siècle, cette espèce d'arbre ne sera plus adaptée aux conditions de nos contrées.

Les messages relayés à cette occasion appelaient à davantage de précision. Il était question à la fois de sécurité liée à la hauteur des arbres et aux vents dominants – des risques qui se manifestent surtout aux abords des grands axes, aux lisières de la forêt. Il était question également de dépérissement, de défoliation de certaines essences, principalement dans la couronne ou à la cime des arbres.

Cette conférence de presse donnée par la ministre Huytebroeck en présence des responsables de l’IBGE alertait l’opinion publique et principalement le secteur associatif dont il faut louer ici une fois de plus le rôle fondamental de structure de vigilance.

C’est dans la foulée des interpellations qui ont suivi que l’initiative de la demande d’inscription sur la Liste du Patrimoine mondial de l’humanité a été prise.

Parmi l’ensemble des éléments qui ont été déjà largement évoqués en commission, il y en a deux qui méritent notre attention à l’occasion de cette séance plénière. Le premier est le caractère probable non pas tant de la réalité du réchauffement planétaire mais des modalités de l'évolution climatique. Les études menant à la conclusion du risque de voir disparaître le hêtre se basent sur les scénarios projetés du GIEC qui sont eux-mêmes d'ordre probabilistes. Ces projections doivent être prises en compte mais il serait malvenu de les anticiper par une gestion qui précipiterait la disparition d'un peuplement de hêtres centenaires dont le faciès est unique au monde. Il serait plus intéressant que la gestion de la Forêt de Soignes combine, sur fond de promotion de la biodiversité, l'intégration des risques encourus par l'écosystème en raison des aléas climatiques avec des mesures permettant à la hêtraie cathédrale de persister le cas échéant.

Ce qui m'amène à introduire le second élément, qui est l’avenir du contrat de gestion. Un sujet qui reste largement à discussion. Deux thèses sont en présence : la limitation de la réduction de la surface de la hêtraie cathédrale à 50% (lors qu’elle en fait 74% actuellement) et celle portant cette limitation à des valeurs inférieures à 50%. Concrètement cette réduction s'opère à l'occasion de l'abattage des hêtres arrivés à maturité. Le débat porte sur le choix des essences destinées à remplacer ces arbres. Nous aurons l'occasion d'approfondir cette question (hêtre ou pas hêtre) lors de la visite programmée ce 13 juillet et à l'occasion des travaux sur la définition du nouveau contrat de gestion prévu à la rentrée parlementaire.

Après l’adoption de la résolution dans notre assemblée, le texte devra franchir d’autres étapes. La première porte sur les réactions des deux autres régions. A cet égard le rôle de la cellule inter régionale peut être déterminant. Je sais que les membres de cette cellule ont été informés du texte de cette résolution dès son dépôt. J’ai appris, depuis le vote en commission, qu’un texte est prêt du côté flamand. Du côté wallon, je confirme l’intérêt porté par le ministre Benoît Lutgen pour cette initiative. Il nous faut cependant considérer que la situation de la région wallonne est particulière par rapport à celle des deux autres régions pour deux raisons : d’abord la part de la forêt de Soignes qui la concerne est limitée à 6%, ensuite le nombre de zones vertes, la quantité de forêts et la multiplication des zones naturelles exceptionnelles et protégées – je pense par exemple au site des Hautes Fagnes – le nombre donc de ces espaces verts est tel que l’enjeu de la forêt de Soignes est certainement perçu différemment du côté wallon que du côté des deux autres régions. Nous resterons dès lors attentifs à la façon avec laquelle les trois régions conduiront ce projet de concert et à bonne fin.

Ensuite viendront les étapes relatives aux procédures d'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Il faut savoir que cette procédure s'étale sur un minimum de deux années et demi.

Le Comité du patrimoine mondial ne peut étudier une proposition d''inscription d'un site que s'il figure depuis au moins un an sur la liste indicative.

La première étape est donc l'inscription sur la liste indicative de la Belgique. La liste actuelle comporte trois sites de la Région bruxelloise, à savoir le Palais de Justice, les Galeries Royales Saint Hubert et l'oeuvre de l'architecte Henry van de Velde.

L'originalité de l'initative déjà soulignée par notre collègue Annemie Maes réside dans le caractère naturel au sens biologique de ce site alors que les autres sont exclusivement culturels.

Je souhaite apporter ici une précision dans la mesure où l'Unesco, depuis 1992, considère que les interactions majeures entre les hommes et le milieu naturel sont reconnues comme constituant des paysages culturels. Cette évolution dans les critères de l'Unesco correspond parfaitement à la situation de la hêtraie cathédrale dans la mesure où cette dernière est le fruit d'une programmation humaine.

L'inscription sur la liste indicative doit être le résultat d'une large concertation qui réunit l'ensemble des parties intéressées: les gestionnaires des sites, les autorités locales et régionales, les associations et autres partenaires intéressés. Cette étape étant finalisée, commence alors la procédure d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial.

Pour figurer sur cette liste, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. Parmi ces critères nous retenons celui qui s'applique au mieux à la situation de la forêt de Soignes: le site doit «être un exemple éminent de l'interaction humaine avec l'environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l'impact d'une mutation irréversible» .

Une question revient souvent : en quoi l’Unesco pourra-t-elle apporter de nouveaux éléments dès lors que des études scientifiques portent déjà sur la situation du hêtre et son avenir? Il faut reconnaître que la recherche scientifique à cet égard n'est pas aboutie, et ce alors que d'aucuns souhaitent déjà tirer des conclusions opérationnelles. L'inscription permettra donc de développer la recherche scientifique sur le sujet et de participer à son financement. Un autre avantage de l'inscription porte sur la valorisation du caractère exceptionnel du site ainsi que sur la sensibilisation aux effets du réchauffement climatique.

Je terminerai en évoquant un aspect plus particulier de la forêt de Soignes qui concerne son caractère ludique, éducatif et formatif. Pour de nombreux jeunes cette forêt représente le premier lien, le premier contact avec la nature. Cette forêt est pour beaucoup le théâtre des premières expériences sensorielles avec la nature. On peut se poser la question de savoir si tous les jeunes Bruxellois sont égaux dans l'accessibilité à cette forêt. Poser la question c'est déjà en partie y répondre. Le classement de cette forêt peut donc aussi représenter un réel enjeu social.

Je m'en voudrais de ne pas citer ici un extrait de la préface de l'ouvrage de référence intitulé « La forêt de Soignes »: « La forêt, c’est l’enfance de l’humanité ». Cette préface était signée par Didier Gosuin, alors ministre de l’environnement qui nous rappelle à quel point la forêt mérite notre respect et toute notre attention pour la protéger et en assurer sa promotion. Il s’agit également de perpétuer l’héritage des anciens.

Je conclus en remerciant le réseau associatif grâce auquel nous, politiques, apparaissons parfois bien inspirés.

André du Bus

Le 2 juillet 10