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La gestion de l'épidémie de grippe saisonnière à Bruxelles

Soumis par andredubus le

Discussion avec Monsieur Didier Gosuin, Membre du Collège réuni, compétent pour la politique de la santé, la fonction publique, les finances, le budget et les relations extérieurs

Le sujet de mon interpellation touche malheureusement de nombreux Belges et Bruxellois. Chaque année, en hiver, l'épidémie de grippe survient dans l'ensemble des pays à climat tempéré pour une durée indéterminée, qui varie entre deux et trois mois en Belgique. La sévérité de l'épidémie varie en fonction du type et du sous-type de virus et de la sensibilité et de la vulnérabilité de la population par rapport à ce virus.

Cet hiver 2014-2015, une forte épidémie de grippe a été constatée par l'Institut de veille sanitaire (InVS), avec plus de 10.000 décès supplémentaires depuis la mi-janvier. Les derniers chiffres disponibles indiquent une surmortalité de 12% pour l'ensemble de la Belgique et de 18% pour les plus de 65 ans.

Avant même que l'épidémie de grippe ne soit terminée, la surmortalité hivernale avait déjà atteint le niveau observé lors des hivers 2008-2009 et 2012-2013 avec, à chaque fois, environ 10.000 décès supplémentaires.
Il est essentiel d'assurer une évaluation continue de la gravité de l'épidémie et de son impact sur la population. En Belgique, c'est l'Institut scientifique de santé publique (WIV-ISP) qui se charge de ce suivi et de la surveillance nécessaire, sous la responsabilité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Vlaams Agenschap Zorg en Gezondheid de la Communauté flamande de Belgique et de la Commission communautaire commune de Bruxelles.

L'OMS recommande dès lors la vaccination annuelle contre la grippe pour - par ordre de priorité - les femmes enceintes, les enfants de six mois à cinq ans, les personnes âgées de plus de 65 ans, et enfin les personnes souffrant d'affections chroniques et les professionnels de la santé.

La vaccination est surtout efficace lorsque les virus-vaccins correspondent bien aux virus en circulation. Elle ne doit pas être administrée trop tard dans la saison, car elle met deux semaines pour assurer une protection. Cette épidémie étant une cause de surmortalité, il importe de suivre les personnes à risque.

Quels sont les éléments dont vous disposez pour justifier cette forte augmentation de décès liés à cette maladie cette année, y compris à Bruxelles ? Comment le Collège réuni s'est-il associé aux mesures générales du Conseil national de la grippe et des autorités fédérales ? Y a-t-il des mesures spécifiques en Région bruxelloise par rapport à cette épidémie, plus particulièrement à l'égard des groupes à risque ? Hormis les recommandations de l'OMS pour les publics à risque, quelle est votre position sur la vaccination de la grippe pour l'ensemble des citoyens bruxellois ?

Y êtes-vous favorable à tout âge ? Cette question est récurrente. Quelles sont les solutions déployées - aide à domicile ou autre - pour les personnes plus isolées ? Il faut en effet constater que les médecins de famille n'ont plus le temps, ni les moyens de se rendre systématiquement au domicile des patients quand la situation sociale ou de santé le nécessite.

M. le président.- La parole est à M. Gosuin.

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- La grippe est une affection virale, dangereuse du fait de complications pouvant entrainer le décès de personnes fragilisées.
En Belgique, c'est l'Institut scientifique de santé publique (ISP) qui est chargé de la surveillance. Il le fait notamment à travers son réseau de médecins vigies et d'hôpitaux sentinelles. Il publie régulièrement un bulletin d'information qui reprend des indicateurs par tranche d'âge tels que le nombre de consultations chez les médecins généralistes pour syndrome grippal ou les infections respiratoires.

Votre interpellation est quelque peu prématurée dans la mesure où les conclusions définitives des analyses ne sont pas encore publiées par l'ISP quant à l'intensité et la sévérité (mortalité) de l'épidémie 2014-2015.

Voici ce que l’on peut cependant dire. Entre le 9 et le 15 mars, environ 219 personnes sur 100.000 ont consulté leur médecin généraliste pour syndrome grippal contre 264 la semaine précédente. Le nombre de consultations pour syndrome grippal est toujours en diminution, mais les chiffres restent encore bien au-dessus du seuil épidémique. Le phénomène, même s'il est en déclin, n'est pas terminé.

L'épidémie 2014-2015 est plus intense que les autres années avec un pic très élevé. Il est en effet trois fois plus élevé que l'année dernière. Par contre, elle ne parait pas plus sévère. Cependant, on observe depuis la troisième semaine de janvier une surmortalité chez les personnes de plus de 65 ans et notamment chez celles de 85 ans, sans que l'on puisse définir avec certitude un lien entre l'épidémie de grippe et les décès.

Les chiffres que vous citez se rapportent à la France dont l’Institut de veille sanitaire signale une mortalité hivernale supérieure de 19% à la mortalité attendue calculée à partir des huit années précédentes. À noter toutefois que l’Institut précise que la contribution de la grippe dans l’excès de mortalité est connue pour être importante chez les sujets âgés sans qu’il soit possible de préciser sa part dans l’excès constaté cette saison.

D'autres facteurs comme le froid, la pollution, d'autres virus respiratoires peuvent également entrainer une surmortalité chez des personnes âgées ou fragilisées. L’organisation des soins de première ligne en France n’est pas en tout comparable à celle de la Belgique.

Par ailleurs, il faut noter que le vaccin disponible pour cette saison 2014-2015 est très peu efficace, notamment en raison de l'absence, dans sa composition, de souches H3N2. Habituellement, l'efficacité du vaccin contre la grippe oscille autour de 40% ; cette année, elle est très nettement inférieure. L'Institut scientifique de santé publique (ISP) communiquera prochainement sur le sujet. Il faut cependant distinguer l'efficacité d'un vaccin en population générale, d'une part, et sur un individu donné et ses facteurs de risque, d'autre part.

Il n'y a pas de raison, selon les experts, de prendre des mesures spécifiques en Région bruxelloise pour les groupes à risque. Les précautions habituelles d'hygiène restent recommandées pour l'ensemble de la population, et la vaccination, pour les groupes à risque.

Quant à notre position sur la vaccination contre la grippe, je voudrais souligner que les publics cibles de cette mesure sont déterminés selon deux critères : le risque individuel augmenté de développer des complications après une contamination par la grippe, d’une part, et le risque de transmission de la grippe à des publics fragilisés avec lesquels les personnes sont en contact, d’autre part.

Le 3 septembre 2014, le Conseil supérieur de la santé a avisé de ne pas s'écarter des recommandations internationales quant aux groupes prioritaires pour la vaccination :

  • les personnes à risque de complication : les femmes enceintes, tout patient à partir de l’âge de 6 mois présentant une affection chronique d’origine pulmonaire, cardiaque, hépatite, rénale, métabolique, neuromusculaire ou des troubles immunitaires, toute personne de 65 ans et plus, les personnes séjournant en institution, les enfants de 6 mois à 18 ans sous thérapie à l’aspirine au long cours.
  • le personnel du secteur de la santé ;
  • les personnes vivant sous le même toit que des personnes à risque de complication ou des enfants de moins de 6 mois.

De plus, il est conseillé de vacciner toutes les personnes de 50 à 64 ans, même si elles ne souffrent pas d'une pathologie à risque telle que reprise dans le premier groupe cité. Outre le risque accru de les voir développer des complications en cas de grippe en raison de leur âge, il existe en effet une chance sur trois qu’elles présentent au moins un facteur augmentant le risque de complication. Ce risque est d’autant plus présent chez les fumeurs, les buveurs excessifs et les personnes obèses.

Il n'y a aucune raison, en Région bruxelloise, de s'écarter de ces recommandations. La vaccination générale de la population ne serait ni justifiée ni souhaitable.

S’agissant des personnes isolées, je voudrais dire que les médecins généralistes connaissent bien les publics cibles de la vaccination et qu'ils auront vacciné les plus fragiles ; que s'il y a détérioration de leur état général, les personnes seront hospitalisées ; qu'un système de garde de médecine générale a été mis en place en Région bruxelloise. Par ailleurs, les services d'aide et de soins à domicile peuvent également détecter l'aggravation de l'état de santé des plus fragiles.

M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Merci pour cette clarification. Il est vrai que l'épidémie n'est pas encore tout à fait terminée. Nous ne disposons pas encore de tous les chiffres, mais tous les articles sur internet démontrent qu'il y a manifestement une surmortalité liée à cette grippe. J'entends bien votre avis sur le fait de ne pas vacciner l'ensemble de la population. Le message est clair.