Intervention adressée à Madame la Ministre COCOF en charge de la Santé Cécile Jodogne
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH).- Le 14 novembre sera la Journée mondiale du diabète. Je profite de cette occasion pour vous interroger sur les mesures que le gouvernement compte prendre afin de lutter contre cette maladie devenue un réel problème de santé publique.
Le diabète est une maladie insidieuse et chronique. Elle touche un Belge sur vingt, soit plus de 600.000 personnes, et son taux de prévalence augmente de 5% par an. Selon les épidémiologistes, le chiffre d'un million de Belges diabétiques sera atteint en 2030. C'est essentiellement le diabète de type 2 qui est en cause.
Malgré les nombreuses mesures prises par les pouvoirs publics face à cette maladie qui, par ailleurs, touche tous les pays occidentaux, l'épidémie de diabète est loin d'être enrayée.
À plusieurs reprises, j'ai plaidé, tant à la Fédération Wallonie-Bruxelles qu'au Sénat, pour que la Belgique se dote d'un plan national de lutte contre le diabète, comme le prévoit la résolution votée par le Parlement européen en mars 2013.
Face à ce tableau peu réjouissant, comment la Cocof compte-t-elle renforcer la prévention du diabète, sensibiliser la population bruxelloise à l'adoption de comportements sains par ses diverses tranches d'âge, et soutenir davantage les trajets de soins par le biais du Réseau santé diabète - Bruxelles qu'elle finance ? En l'espèce, l'accompagnement thérapeutique, disons-le, connaît un réel succès.
J'ai oublié de le rappeler dans mon exposé préalable, mais 50% des diabétiques de type 2 ignorent leur état.
Des concertations avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le cadre du transfert de compétences, et avec le niveau fédéral et les autres entités fédérées ont-elles eu lieu récemment pour prendre les mesures adéquates en la matière ?
Au vu de l'incidence inquiétante de la maladie actuellement, est-il possible de plaider, au sein de la conférence interministérielle (CIM) de la santé publique, pour l'adoption d'un plan national de lutte contre le diabète, comme l'Union européenne le demande depuis un an et demi ?
Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.
Mme Cécile Jodogne, ministre.- Le diabète de type 2 est un problème de santé publique essentiel et préoccupant, puisqu'il représente 80% de l'ensemble des diabètes.
L'ampleur de cette épidémie s'explique notamment par un changement de mode de vie radical survenu en quelques décennies, avec une alimentation déséquilibrée, trop riche en graisses, sucres et sel, et une chute de l'activité physique. La corrélation entre le niveau des ressources financières et la consommation alimentaire est observée dans plusieurs recherches comme un facteur déterminant dans les conduites alimentaires des diabétiques.
L'association de l'augmentation du taux de prévalence du diabète et de l'obésité a été identifiée sous le terme de "diabésité", dont la pathogenèse résulte de l'interaction entre les facteurs environnementaux intégrant le régime alimentaire, l'activité physique, le niveau socio-économique ou le stress d'une part, et les facteurs génétiques individuels d'autre part. Plusieurs études ont montré l'impact de l'environnement qualifié d'obésogène sur le développement de l'épidémie du diabète de type 2.
La Cocof n'est pas restée inactive face à cette maladie. Dès 2003, le ministre Gosuin, qui avait la Santé dans ses attributions, avait, dans le cadre du financement des réseaux santé, soutenu celui consacré au diabète. Le Réseau santé diabète - Bruxelles propose des activités et encourage la participation des habitants des Marolles, et plus généralement de Bruxelles, aux actions de prévention autour du diabète, notamment en préconisant une alimentation saine et équilibrée, le développement d'une activité physique régulière et le renforcement de la médecine préventive. Il y a donc là une approche globale.
Ce réseau continue à être soutenu par la Cocof et devrait percevoir, en 2014, une subvention de plus de 80.000 euros. Il est également subventionné, pour un montant supérieur, par la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis de nombreuses années. Avec le transfert de compétences, toutes ces aides seront rassemblées.
Certaines maisons médicales ont aussi une approche beaucoup plus globale de la problématique et peuvent donc intégrer plus directement dans leurs missions une prévention dite primaire, c'est-à-dire s'adressant directement aux patients. Plusieurs de ces maisons médicales possèdent d'ailleurs des diététiciens dans leur équipe.
Autre exemple très concret, avec un autre public, à Cureghem, l'asbl Les Pissenlits a aussi développé avec la population du quartier des approches globales d'information, de sensibilisation et de prévention.
La Cocof soutient déjà des projets qui envisagent les choses plus globalement. Il est important de promouvoir l'éducation thérapeutique des patients. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis, pour l'Europe, en 1996, des recommandations pour l'élaboration de programmes d'éducation dans le cadre des maladies chroniques dont le diabète fait partie.
Dans ce cadre, nous devons faire plus attention au patient, à ses questions, à ses peurs, à ses croyances en matière de santé, à ses non-dits, ses attentes, etc. L'adhésion du patient au projet de soins est un élément essentiel d'une bonne prise en charge du diabète. Afin d'obtenir sa participation active et une meilleure adhésion au traitement, nous devons envisager de changer de modèle biomédical et chercher à comprendre qui est le patient dans sa globalité (malade et individu).
Je souhaite à cet égard aborder avec le secteur des maisons médicales la promotion de l'éducation thérapeutique dans le cadre des missions prévues à l'article 15 du décret du 5 mars 2009, appelé le décret ambulatoire.
La sixième réforme de l’État, et plus particulièrement le transfert de toute la promotion de la santé pour Bruxelles à la Cocof, va me permettre de réinvestir concrètement le champ de la prévention primaire, auparavant réservée à la Communauté française.
Je souhaite développer, accroître et pérenniser des actions de sensibilisation et de prévention directe pour élargir le public visé, surtout sur le diabète de type 2 qui touche plus particulièrement les populations précarisées. L'important est de porter à la connaissance du plus grand nombre les facteurs de risque et les moyens d'action qui existent pour faire face à des pathologies ignorées par la plupart des porteurs.
Ce ne sont pas tant les trajets de soins, qui ne sont pas directement de notre compétence, qu'un soutien accru à la prévention de telles pathologies qu'il faudra mettre en place dans nos actions de prévention et de promotion.
J'ai différentes idées à ce propos pour atteindre un plus grand nombre de personnes, surtout dans une problématique comme le diabète, qui touche autant de monde. Nous travaillons déjà en collaboration avec les services administratifs compétents de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous allons progressivement intégrer tout cela dans notre plan.
Enfin, concernant la CIM de la santé publique, j'y plaiderai pour que la Cocof ne soit pas seule à agir et qu'il y ait un plan national de lutte contre le diabète. L'idée est que les diverses initiatives puissent se renforcer mutuellement, assurant une cohérence aux actions menées par les différents niveaux de pouvoir.
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus de Warnaffe.- Je vous remercie pour le caractère très complet de votre réponse et la vision holistique que vous avez défendue dans l'approche du patient et de la population bruxelloise dans son ensemble.
En effet, c'est bien de cela dont il s'agit : il faut mobiliser les uns et les autres. Désormais, nous bénéficions des compétences de l'ensemble du secteur de la promotion de la santé en Région bruxelloise. C'est un secteur demandeur d'actions transversales et intégrées. Il s'agit d'influencer tous les paramètres qui définissent le bien-être de la population.
Je plaide donc pour que vous élargissiez encore davantage votre champ d'action. Par exemple, vous pourriez mettre en œuvre des actions sollicitant d'autres compétences, comme le sport. Ce n'est qu'ainsi que l'on parviendra à mener une prévention vraiment efficace et à endiguer ce phénomène.
Enfin, votre collègue Jo Vandeurzen, en Flandre, a mis sur pied un programme de prévention à l'attention des prédiabétiques. Ces actions sont d'une grande efficacité et sont reconnues par le monde scientifique. Je vous invite donc à analyser, au travers de la conférence interministérielle, ce qui se fait dans les autres Communautés de notre charmant pays.
- L'incident est clos.