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La rationalisation des acteurs publics actifs en matière de tourisme

Soumis par andredubus le
Discussion avec Monsieur Rudi Vervoort, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale

Je reviens sur l'évolution d'un secteur qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. En plus des intentions annoncées du gouvernement à ce sujet, les déclarations de presse interposées nous apprennent que les choses évoluent en la matière. Il y aurait ainsi une nouvelle présidente du futur organisme régional chargé de la gestion du secteur du tourisme. Le tourisme à Bruxelles est un secteur prometteur, porteur d'emplois, et constitue un relais de l'image de Bruxelles au niveau international. À l'occasion de la sixième réforme de l'État, le gouvernement a appelé à une rationalisation des différents acteurs "historiques" du secteur du tourisme. Je pense à Visitbrussels, à Brussels Info Place (BIP), au Bureau de liaison Bruxelles Europe (BLBE) qui fait l'objet d'une refonte. Nous avons d'ailleurs récemment eu l'occasion d'entendre son nouveau directeur. Nous sommes heureux de constater que les choses évoluent.

Nous avons voté, en avril 2014, une ordonnance réorganisant l'hébergement touristique afin que ce secteur soit clarifié. Le but est que l'accueil du touriste soit à la hauteur de l'espoir que la capitale de l'Europe peut générer en la matière. Il y a peu, nous apprenions que la volonté du gouvernement était de poursuivre la collaboration avec le secteur privé, acteur historique et majeur du tourisme bruxellois. En effet, si l'on analyse l'évolution du secteur, force est de constater qu'il prospère entre autres grâce au commerce (et au secteur de la mode, par exemple), à l'horeca (et la gastronomie) ou encore à la culture. La diversité culturelle est une véritable caractéristique de notre Région impliquant, entre autres, que de nombreux diplomates apprécient d'y vivre.
Des questions se posent donc quant à la place qu'occupera le secteur privé dans le nouvel organisme chargé de rassembler et d'organiser la fusion de l'ensemble des institutions actuelles.

Je reprends les propos de l'administrateur de Brussels Enterprises Commerce and Industry (BECI), qui voit dans la nouvelle formule proposée "un retour en arrière qui ne fait que réduire l'influence du secteur privé dans le tourisme". Cette situation est, selon BECI, particulièrement regrettable, dans la mesure où les professionnels du tourisme semblent être les plus à même de promouvoir une destination ou d'identifier les marchés cibles.

Comment le secteur privé sera-t-il associé à cette importante mutation ? Quels contacts ont-ils été pris avec les représentants du secteur ? Qu'est-il ressorti de ces entretiens ? Quelles étaient les recommandations et les craintes du secteur en matière de tourisme après la présentation de l'accord de gouvernement ?

Cette rationalisation a aussi des conséquences à court terme sur l'emploi. En effet, en décembre, le BIP évoquait des craintes quant à l'avenir des douze personnes qui y travaillent. La directrice du centre expliquait d'ailleurs n'avoir aucune information quant à l'impact de la fusion sur l'avenir du personnel.

L'accord de gouvernement précisait qu'une ordonnance concernant le tourisme et la création d'une société régionale regroupant les diverses institutions du tourisme bruxellois devait nous être présentée dès la rentrée parlementaire. La fusion des différentes institutions était, quant à elle, prévue pour le 1er janvier 2015. Pourriez-vous nous dire - exception faite de la nomination de Mme Onkelinx à la présidence de cette institution - quel est l'état d'avancement de ce dossier ? D'autre part, le BIP montrait des inquiétudes concernant le maintien de ses douze emplois après ladite fusion. Quel impact aura ce rapprochement sur l'emploi des différentes entités ? Des contacts ont-ils été pris avec les différentes entités pour les informer au mieux de la suite des événements ? Quelle sera la place du secteur privé dans cette nouvelle structure ?

M. le président.- La parole est à M. Vervoort.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Pur fruit du hasard, voilà trois interpellations en réaction à des propos tenus dans la presse par l'un des interlocuteurs structurels de la Région. Nous sommes face à une nouvelle donne puisque le tourisme est désormais une compétence régionale. Certains auraient préféré privilégier la dimension communautaire; d'autres, au contraire, considéraient que, face aux enjeux économiques du développement territorial, il convenait d'en faire une matière régionale à part entière.

La situation actuelle trouve sa source dans l'absence de capacité de la Région à exercer directement cette compétence dans le passé. La Ville de Bruxelles a alors décidé d'assumer la politique touristique bruxelloise, considérant que c'était un enjeu que nous devions exercer nous-mêmes. Aujourd'hui le cadre me paraît plus sain car la Région est en effet l'institution la mieux placée pour gérer la politique touristique.

Dans la mesure où, au fil du temps, différentes associations et structures ont vu le jour en fonction des besoins, il était nécessaire de fusionner l'ensemble des acteurs. Telle est la fonction de l'asbl. Nous allons donc créer une Agence bruxelloise du tourisme, une structure transitoire destinée à absorber ces divers organismes (Visitbrussels, le BLBE, le BIP) et qui sera intégrée dans la future société Visitbrussels, chargée au final de la politique du tourisme. Voilà où nous en sommes.

Je m’engage à déposer au gouvernement au mois de septembre l’avant-projet d’ordonnance portant création de cette future société. Cette phase se justifie pour des raisons diverses. Puisque ses structures ont été créées au fil du temps, nous devons assurer une gestion du personnel, des statuts et des barèmes qui nécessitent le regroupement des structures pour garantir le respect des droits acquis de l’ensemble du personnel dont les membres se prévalent chacun de leur situation propre. Pourquoi la société anonyme ? Parce que, tenant compte de la réalité du personnel et de ses missions, il n'était pas possible de fondre le tout dans une structure de type parapublique comme un organisme d'intérêt public (OIP). Nous sommes à la marge entre des missions qui peuvent être exercées par une administration et des activités pour lesquelles nous sommes hors champ. Nos compétences et nos besoins ne sont pas compatibles avec une vision publique au sens strict du terme. Le gouvernement a donc opté pour une structure de société anonyme de droit public, pour ne pas mettre à mal ce qui a déjà été réalisé depuis plusieurs années à l'initiative d'une somme d'acteurs. Sont concernées la Ville de Bruxelles mais également la Région puisque le secteur est largement subventionné par la Région bruxelloise depuis sa création au regard de l'image de Bruxelles. Les contributeurs principaux sont donc la Ville de Bruxelles et la Région bruxelloise.

Chacun a sa lecture du processus de concertation. Je constate simplement qu'aujourd'hui, le mode de communication de BECI ne correspond pas au modèle que je défends. J'en appellerai peut-être au président de BECI, dont on ne parle jamais...

M. Vincent De Wolf (MR).- On en a parlé à sa prise de fonction.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Manifestement, ça l'a éteint définitivement, parce que depuis, on ne l'entend plus, ce qui est de nature à détériorer la qualité du processus de concertation avec BECI. C'est aussi une question de personnalité : on connaît le caractère animé de celui qui agite un peu les médias actuellement, mais il n'est pas le patron de BECI. C'est quelque chose qu'on aurait difficilement pu imaginer - sauf à dire que la Région aurait refusé, mais nous n'en sommes pas aux actes hostiles. Du temps du précédent président, nous ne nous serions pas retrouvés dans une situation de ce type : nous aurions, à un moment donné, pris le téléphone pour discuter. Aujourd'hui, on lâche des phrases dans les médias, les lectures diffèrent...

Entre M. du Bus de Warnaffe et M. De Wolf, chacun fait son miel d'une partie des déclarations qui sont faites. Ce n'est pas un bon mode de fonctionnement. Je n'ai pas envie de rentrer dans ce jeu et c'est pour cela, Mme de Groote, que je n'ai pas répondu à l'analyse de BECI sur les procédures en matière d'urbanisme. Son raisonnement est facilement démontable, puisque la question ne se pose même pas en ces termes-là dans notre réalité. Mais il n'est pas nécessaire de remettre de l'huile sur le feu : simplement, nous devons défendre le modèle de concertation.

On nous affirme qu'il n'y a pas eu de concertation, mais ce n'est pas exact ! La concertation a étéatypique : entre ce que le gouvernement a approuvé en première lecture et la mise en discussion, il y a eu une levée de boucliers plutôt anticipée.

L'option est pourtant simple : la présence d'un acteur public, la Région, à 100%, dans cette société anonyme et puis la volonté du gouvernement d'élargir le champ à ceux qui participent au développement de la politique culturelle à Bruxelles. Ce processus doit se faire en corrigeant la situation actuelle puisque, aujourd'hui, tout le monde vante les vertus de Visitbrussels alors que nous sommes face à des organes de gestion pléthorique avec 40 administrateurs et un bureau exécutif d'une vingtaine de personnes. Nous souhaitions donc rationaliser la situation et mettre à côté une structure existante dans le projet, le comité stratégique, qui dépassera la pratique actuelle en intégrant l'ensemble des interlocuteurs sociaux, le secteur du tourisme et le secteur culturel bruxellois.

Nous attendons l'apport des professionnels car l'objectif n'est pas de faire du tourisme en dehors du secteur privé. Cela a d'ailleurs été le cas dans le processus qui a concerné le secteur hôtelier. J'ai parfois l'impression qu'on nous prête de fausses intentions dans la manière dont nous allons développer la politique touristique : les acteurs qui font le tourisme et la connaissance du secteur seront le fondement de la nouvelle structure. Les changements insécurisent un peu tout le monde, des bureaux de la direction jusqu'en bas de la hiérarchie, alors que notre intention est bien de reprendre tous les métiers qui ont montré leur pertinence.

Par rapport à la politique événementielle qui est un volet plus opérationnel, la Ville de Bruxelles semble être un acteur direct incontournable car plus de 90% des grands événements actuels se déroulent sur son territoire.

Toutefois ce n'est pas exclusif et nous souhaitons que les autres communes bruxelloises aient aussi la capacité d'être un acteur dans l'asbl chargée de l'événement. Mais il ne sera pas possible que chacune ait un représentant. Ce ne serait pas efficace.

Ce métier qu'est l'événement alimente et renforce la politique touristique sans pouvoir être confondu avec le tourisme. On ne mélange pas les genres : le tourisme sera à 100% régional, mais, dans l'asbl qui s'occupera de l'événementiel, il y aura la Ville de Bruxelles et un représentant régional. Mme Huytebroeck, concernant la City Tax, la seule commune qui joue le jeu et reverse cette taxe à la politique du tourisme, c'est précisément la Ville de Bruxelles et pas les dix-huit autres. Il faudra mener une vraie réflexion sur l'utilisation de cette taxe dans les années qui viennent.

M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus.- Je voudrais tout d'abord m'assurer du fait que le ministreprésident a bien répondu à nos questions. En effet, je n'ai rien entendu concernant l'avenir du personnel du Brussels Info Place (BIP).

M. le président.- La parole est à M. Vervoort.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Le BIP fait partie des trois structures qui vont fusionner. L'idée est évidemment de préserver l'ensemble du personnel tout en garantissant ses spécificités. C'est pour cette raison qu'a été créée cette structure sas afin de pouvoir ensuite transférer l'ensemble des membres du personnel dans la nouvelle structure.

M. André du Bus.- Ceci étant, il est évident que la régionalisation du tourisme crée une attente forte. Je parle ici surtout du secteur privé tout en me gardant de faire du lobbying en faveur de ce dernier, comme le prétendait Mme Huytebroeck.

Mme Evelyne Huytebroeck (Ecolo).- Je ne vous ai pas accusé. Je disais que je ne voulais pas faire de lobbying. C'est vous qui en déduisez que vous en faites !

M. André du Bus.- J'ai pu mesurer toute la qualité d'investissement et la productivité du secteur privé lorsque nous avions organisé in illo tempore les Assises du tourisme. Le moteur principal du secteur touristique était à l'époque le secteur privé dans ses multiples composantes.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- BECI n'en faisait pas partie.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH).- BECI n'existait pas encore.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Encore aujourd'hui, les acteurs privés professionnels du tourisme ne sont pas représentés par BECI.

M. André du Bus.- Travailler en concertation avec l'ensemble du secteur privé est vraiment possible. Ce dernier est en attente de messages clairs. Or, les communications quelque peu chevauchantes des uns et des autres n'ont pas contribué à la clarté d'une volonté politique de concertation.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Au contraire, elles sont venues parasiter le processus de concertation.

M. André du Bus.- Dans ce contexte, il convient de clarifier rapidement les choses et de donner des garanties quant à la place du secteur privé.

M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Cela a été fait. Visitbrussels s'est réuni hier afin de repréciser les choses et de clarifier, auprès des acteurs concernés, ce qu'ils savaient déjà par ailleurs. Plus personne ne pourra donc prétendre qu'il n'est pas au courant.

M. André du Bus.- Nous attendons tous une politique forte en matière de tourisme. L'événementiel n'en est qu'une composante. D'autres grandes villes travaillent non seulement sur l'événementiel, mais aussi sur des images structurantes fortes. La première image de Barcelone, par exemple, c'est le patrimoine architectural particulier de Gaudí. La ville a réussi à l'imposer comme un élément attractif majeur, même si bien d'autres choses se passent à Barcelone. Tous les secteurs attendent donc une politique touristique forte.