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La santé des commerçants dans le cadre de leur travail

Soumis par andredubus le
Discussion avec Monsieur Didier Gosuin, Membre du Collège réuni, compétent pour la politique de la santé, la fonction publique, les finances, le budget et les relations extérieures

C'est évidemment un sujet intéressant dans la mesure où nous ne partons pas de rien. Il existe en effet, au niveau fédéral, depuis 2000, une législation portant sur le bien-être au travail. Cette dernière s'est attachée à développer, à l'attention des entreprises, des outils visant à mieux prendre en considération l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations de travail et les caractéristiques du travail. Tout ceci a pour cadre la législation sur la prévention du stress au travail.

Dans le cadre de cette législation, le SPF Emploi a mis sur pied toute une série d'outils d'analyse et d’accompagnement qui s'adressent exclusivement aux grandes entreprises et non aux indépendants, j'en suis tout à fait conscient.

Parallèlement, la Cocof a mené un travail portant sur la santé et le bien-être au travail, par le biais de plusieurs brochures, adaptant entre autres cette législation fédérale à la réalité bruxelloise.

Sur la base de la récente étude à laquelle mes collègues ont fait référence et de l'expérience existant déjà au niveau fédéral depuis une quinzaine d'années -expérience qui s'est par ailleurs affinée puisque la législation sur le bien-être au travail a évolué et a progressivement pris en considération les facteurs psycho-sociaux comme le harcèlement -, est-il possible de convoquer une conférence interministérielle (CIM) réunissant les ministres de l'Emploi afin de mieux prendre en considération, tant au niveau fédéral qu'au niveau régional, la situation des indépendants ? On pourrait utiliser à cette fin l'expertise déjà largement détenue par le SPF Emploi dans ce domaine.

Mme la présidente. - La parole est à M. Gosuin.

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni. - Je vous remercie de m'interpeller sur ce sujet intéressant et éclairant. Toutefois, les chiffres doivent être pris pour ce qu'ils sont, à savoir des indicateurs. En l'occurrence, il s'agit moins d'une approche scientifique et rigoureuse que d'une démarche déclarative, selon moi.

Nous connaissons cette étude, puisqu'elle a été commandée par Innoviris. Elle révèle que 48% des personnes interrogées déclarent que leur activité professionnelle influence négativement leur santé. C'est un pourcentage élevé, en comparaison avec une étude européenne qui, tous secteurs confondus, fait apparaître un taux de 21%. Ces chiffres doivent être nuancés, même s'il convient de s'intéresser à certains indicateurs. L'enquête évoque des problèmes de dos, de stress, de fatigue, de douleurs musculaires, des maux de tête. Un patron de magasin sur deux dit souffrir d'une de ces affections; 17% des dirigeants déclarent avoir consommé des calmants ou des antidépresseurs dans le mois.

Elle met en évidence le fait que les liens sociaux constitueraient un premier remède contre ces maux.

Tout cela n'est certainement pas un facteur de bien-être et peut avoir un impact sur la santé des personnes.

Outre l'effet des difficultés économiques, les chercheuses mettent fortement l'accent sur les dangers de l'isolement. Les commerçants ne disposant ni d'aidants ni d'employés s'estiment d'ailleurs à 60% en mauvaise santé, alors que ce chiffre n'est que de 23% pour les commerçants travaillant en équipe et de 6% pour les employés. L'isolement crée donc une forte différence de ressenti.

Selon l'enquête, toutefois, le facteur le plus important pouvant influencer négativement la santé des commerçants est le stress. Les commerçants doivent former des associations structurées et actives, et chacun doit y participer activement, mais librement.

C’est pour eux le meilleur moyen de rencontrer leurs collègues, de participer au devenir de leur quartier, de rencontrer les pouvoirs publics, d'imaginer de nouvelles formes de contact avec les clients... Incontestablement, les associations de commerçants sont un lieu privilégié. Mais on retrouve dans tous les secteurs ce besoin de s'associer, d'échanger, de dialoguer, de partager des problèmes, d'écouter les difficultés des autres, ce qui parfois relativise les nôtres. Tout cela est essentiel. Les commerçants, on le dit, sont très individualistes dans leur comportement, peut-être trop.

Nous n'avons pas toutes les compétences nécessaires, car les compétences de prévention et de promotion relèvent des Communautés et pas de la Cocom. Nous nous trouvons davantage en aval. Ce que nous pouvons en déduire, c'est aussi ce que peut en déduire le ministre régional de l'Emploi, que je suis par ailleurs. Nous devons sans doute davantage soutenir les associations de commerçants.

De manière concrète, nous devons veiller à ce qu'il y ait des associations de commerçants dans tous les quartiers, avec une fréquence de réunions qui soit structurée, pour permettre aux commerçants d'échanger, de parler de leurs difficultés, de rencontrer les autorités locales. Ils doivent pouvoir être soulagés de problèmes comme le mauvais état du trottoir, les clients qui se plaignent, qui prennent le commerçant à partie parce qu'il est difficile d'accéder au commerce.

Atrium travaille sur l’accompagnement et le conseil aux commerçants dans la constitution d’associations de commerçants. J'ai demandé que ces associations soient répertoriées dans un cadastre. Une cellule a été mise en place au sein d'Atrium pour ce faire. Elle va à la rencontre de ces associations pour les aider à se structurer, les conseiller quant à la meilleure manière de fonctionner.

Selon Atrium, les associations demeurent le meilleur moyen de se rencontrer, d’échanger sur la pratique du métier, les soucis, questionnements, de se fédérer pour porter des projets ou revendications. Cette démarche peut donc contribuer à sortir les commerçants de l’isolement pointé par l’étude. La plupart des communes bruxelloises possèdent des associations de commerçants organisées, même si elles pourraient l'être davantage.

Les présidents des associations de commerçants sont aujourd'hui rassemblés à l'occasion de la Commission consultative des classes moyennes (CCCM). Ses objectifs peuvent se résumer comme suit:

  • Défendre au niveau communal les intérêts matériels et moraux des travailleurs indépendants;
  • Suggérer et proposer aux autorités communales l’adoption de mesures susceptibles de favoriser l’extension, le développement et la prospérité des petites et moyennes entreprises commerciales et artisanales;
  • Émettre un avis sur les questions qui lui sont soumises.

La plupart des commerces étant de proximité, les questions concernent la plupart du temps le niveau local.

Par ailleurs, les commerces qui connaissent sans doute le plus grand stress en termes de fréquentation ne sont pas ceux qui se signalent pour obtenir de l'aide.

Il est évident que les commerces situés aux alentours de la Grand-Place et qui travaillent sept jours sur sept jusqu'à des heures improbables paraissent en meilleure santé que le petit boucher de quartier qui travaille dans son coin !

Il y a un paradoxe. S'il y a bien une activité stressante, c'est de travailler autour de la Grand-Place, ouvrir tôt le matin, travailler parfois jusqu'à minuit ou 2 heures matin, avec des horaires impossibles et une activité intense. C'est donc souvent au niveau local que nous devons trouver les solutions les plus appropriées. Bien sûr, cette CCCM a un rôle exclusivement consultatif, mais elle permet la rencontre d'associations et de présidents. Le bien-être et la santé des commerçants sont l'un des sujets qui y sont abordés.

On peut considérer que le commerce présente un intérêt de service collectif. Disposer de commerces à proximité de son domicile ou de son lieu de travail fait partie des attentes de tout un chacun. Il est donc essentiel que le commerce soit pleinement traité comme une fonction urbaine. Il est hélas exact qu'on le considère aujourd'hui comme une fonction urbaine faible. La disparition des commerces, la pression sur les prix, les grandes surfaces, la pression des franchisés et des petites surfaces pour les petits commerçants constituent autant de facteurs qui n'améliorent pas l'état de santé de nos commerçants.

Que faisons-nous au niveau régional ? Il existe des aides à la sécurisation des commerces (la vidéosurveillance) et des aides à la formation. Sans doute que ces aides sont insuffisamment exploitées. Un des objectifs de la CCCM, c'est aussi de faire passer l'information. Cela étant, je sais aussi que ce n'est pas évident. Attribuez une aide à la formation à un indépendant qui est seul dans son commerce et se pose alors la question: quand va-t-il pouvoir se former ?

Il y a là un handicap terrible, mais je dois reconnaître que je n'ai pas beaucoup de solutions en la matière. Le moment de la formation est bel et bien à un moment à part. Un libraire se lève souvent à 5h00 du matin, reçoit les journaux à 5h30 et reste ouvert jusqu'à 19, voire 20h. Il doit encore préparer tout pour le lendemain. Lui proposer de suivre une formation en plus pour diversifier ses activités -puisque c'est l'un des enjeux principaux des activités du libraire- me paraît difficile. Il est souvent épuisé et on ne peut pas lui demander de la suivre le dimanche qui est son seul jour de congé. Cela n'est pas évident et c'est sans doute pour cette raison que très peu d'indépendants sollicitent ces aides et formations, qui existent pourtant sur le papier.

Il existe également des primes à l'énergie, mais, là encore, il faut du temps pour remplir toutes ces demandes. Il y a donc moyen, à travers des associations, de trouver des solutions afin de faire à leur place des démarches qu'ils n'ont pas le temps d'accomplir. C'est l'une des tâches d'Atrium : étudier comment venir en appui pour des commerçants qui aimeraient bénéficier de l'un ou l'autre dispositif, mais qui n'ont pas le temps de préparer des dossiers et/ou de participer à des formations.

Soyez en tout cas assurés que cette étude n'est pas inconnue, puisqu'elle a été initiée par la Région. Elle a d’ailleurs été formulée pour qu'Atrium puisse en tirer profit. Nous n'avons pas la prétention de résoudre toutes les difficultés, mais il y a un travail de prévention et de promotion à faire. La tendance, avec par exemple l'ouverture du dimanche, ne va pas exactement dans le même sens : il y a une pression sur les commerces. Les clients, les autorités exigent davantage, alors que l'étude révèle que les commerçants ont besoin de souffler.

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