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L’aide à la jeunesse doit rester une aide aux mineurs !

Soumis par andredubus le

[caption id="attachment_11326" align="alignleft" width="300"]Image retirée. Débat dans La Libre Belgique du 6 janvier 2016[/caption]

Qu’est-ce que l’aide à la jeunesse ? Officiellement, l'aide à la jeunesse « apporte aide et protection aux enfants et aux jeunes en difficulté ou en danger, ainsi qu'à leur famille »(1). Cette aide agit toujours dans le cadre structuré de l'aide négociée via les services d'aide à la jeunesse (SAJ) ou de l'aide contrainte, sur avis des tribunaux, via les services de protection de la jeunesse (SPJ). L’aide à la jeunesse s’appuie ainsi sur deux piliers : la médiation et l’autorité. Elle concerne 42.000 jeunes pris en charge chaque année(2). Cette politique ne peut donc pas être comparée avec la politique de jeunesse chargée du financement d’activités accessibles aux jeunes dont l’âge peut aller jusqu’à 30 ou 35 ans suivant les services (dont font partie les maisons de jeunes, par exemple). L’âge auquel s’adressent les mesures d’aide à la jeunesse dont bénéficient aujourd’hui les mineurs reste fixé à 18 ans avec une possibilité d’extension, opportune dans certaines situations, à 20 ans.

Déplacer cet âge jusqu’à 25 ans, comme le voudrait le ministre de l’aide à la jeunesse, Rachid Madrane, pour ce qui relève des actions de « Prévention générale » (une appellation déjà contre-productive en soi car la prévention se déploie ici dans le cadre très spécifique de l’aide et de la protection des mineurs(3)) pose trois problèmes fondamentaux.

Le premier revient à introduire une confusion entre mineurs et majeurs en dévalorisant le passage à l'âge adulte que constitue le pallier déterminant des dix-huit ans. Car, si le jeune majeur est encore dépendant de sa famille, ses dix-huit ans restent un cap, un vrai, qui l'ouvre à une nouvelle conscience de soi, étape indispensable et structurante sur le chemin de l'autonomie. En allongeant l'âge de la prévention générale de 18 à 25 ans, le ministre de l'aide à la jeunesse, Rachid Madrane, délivre ici un message déstructurant. A qui ? Aux jeunes eux-mêmes, à ceux d'entre eux en manque de repères. En réalité, à des jeunes qui sont avant tout des mineurs. Des mineurs en souffrance, des mineurs en carence sociale et affective, des « enfants cabossés par la vie »(4). Des enfants auxquels l'environnement familial n'offre plus de réponse adéquate et adaptée. Une problématique dont l'urgence croît au sein des grandes villes au même rythme que la précarité sociale, la radicalisation et les phénomènes de délinquance. Ce qui pose un défi permanent au secteur de l'aide à la jeunesse qui ne bénéficie pas de la croissance des moyens financiers auxquels il pourrait légitimement faire appel. Ce qui nous conduit au deuxième problème, financier.

L'aide à la jeunesse, déjà en situation reconnue de sous-financement, réclame à cor et à cri des moyens supplémentaires pour financer les politiques de prévention vers la jeune enfance en situation d'urgence. Or le projet d'extension de la prévention générale jusqu'à vingt cinq ans ne bénéficie d'aucune augmentation budgétaire pour assurer son financement. Qui se fera donc au détriment des besoins urgents de la prévention vers les plus jeunes et de leurs familles. On parle ici des besoins d'accrochage scolaire, du renforcement des relations entre les enfants, les parents et l'institution scolaire, de soutien à la parentalité, de l'accueil des primo-arrivants, de la prévention de la violence, de la gestion des assuétudes et de la santé, de la lutte contre la précarité, de l'éducation à la citoyenneté… De ces actions qui facilitent les transitions et réduisent les effets des ruptures dans les parcours des jeunes. Il s'agit de priorités qui répondent, suivant les arrondissements, à chaque fois à un diagnostic social spécifique établi dans le cadre de la politique de prévention générale 2015-2017.

Enfin, troisième problème, le texte proposé par le ministre Madrane prévoit une modification de la composition des Conseils d'Arrondissement de l'Aide à la Jeunesse (CAAJ). Ceux-ci avaient déjà subi une réforme voici à peine deux ans sous la ministre Huytebroeck. Cette réforme est à peine implémentée que revoir le fonctionnement des CAAJ aujourd'hui, avant même que son évaluation prévue ne soit réalisée, pose question. D'abord parce que cette évaluation n'aura pas lieu alors qu'elle est prévue par le décret. Ensuite parce qu'on envoie un mauvais signal aux acteurs de terrain qui ont déployé toute leur énergie dans la mise en place de cette réforme. Enfin parce que la proposition elle-même modifie la volonté de la réforme d'Huytebroeck qui visait à recentrer les CAAJ sur l'Aide à la Jeunesse dans sa composition tout en renforçant l'intersectorialité de l'aide à la jeunesse, avec les acteurs de l'enseignement et avec ceux des CPAS.

Ceci étant, personne ne plaide pour ne pas reconnaître et ne pas répondre aux besoins des jeunes adultes. Mais sur d'autres budgets que ceux de l'aide à la jeunesse. Et en ne suscitant pas de confusion entre les politiques de jeunesse et celle de l'aide à la jeunesse qui pourrait conduire à une noyade des acteurs. Bien plus, en renforçant les politiques intersectorielles de l'action sociale, de l'insertion socio-professionnelle, de la jeunesse... Et non au détriment du secteur de l'aide à la jeunesse qui concerne, avant tout, les mineurs. Ces derniers ne constitueraient-ils plus une priorité politique ? La concertation large, voulue par le ministre de l'Aide à la Jeunesse lui-même dans le cadre de l'examen de son projet de décret, doit être l'occasion de clarifier cette situation.

André du Bus
Député cdH,
Vice-président de la commission Aide à la Jeunesse au parlement de la FWB

(1) Communauté française de Belgique, Plan Opérationnel 2009/2013 – Direction Générale de l'Aide à la Jeunesse – Valeurs et engagements d'une administration – Mars 2010
(2) Rapport de l'Aide à la Jeunesse, N°1, année 2012, publié en 2014. Fédération Wallonie Bruxelles, p.3
(3) Le concept de prévention générale du décret de l'Aide à la jeunesse a été modifié en 2013, il vise « L'ensemble des actions menées dans le domaine socioéducatif tant au plan local que régional ou communautaire visant à réduire la quantité globale de violences - institutionnelles, symboliques, familiales ou encore relationnelles - subies par les enfants et les jeunes et visant à éviter que les réactions des enfants et des jeunes n'appellent en retour de nouvelles violences. ».
(4) Annick Hovine, « Appel à l'aide pour les enfants cabossés par la vie » in LLB du 9 juillet 2015, p. 4 & 5

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