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Le plan bruxellois de réduction des risques de consommation de drogues

Soumis par andredubus le
Intervention adressée à Madame la Ministre COCOF chargée de la politique de la Santé, Cécile Jodogne

(...)

Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.

M. André du Bus de Warnaffe.- Je voudrais remercier notre collègue Zoé Genot d'avoir mis à l'ordre du jour ce sujet sur lequel nous avons beaucoup travaillé et qui a fait l'objet de multiples concertations pour aboutir aux recommandations adoptées il y a un an.

M. Migisha, qui avait suivi de près tous les travaux, rappelait ici même que notre famille politique avait, en son temps, manifesté quelques réticences sur le sujet. Depuis lors, nous avons reconnu que la notion de réduction des risques était devenue un élément incontournable d'une politique de santé publique pragmatique et efficace.

Cela étant, reconnaissons-le aussi, en dehors du milieu proche des pratiques addictives, une telle démarche n'est pas toujours bien comprise. Cette réalité a été rappelée par la directrice de Modus Vivendi : "La réduction des risques n'est pas encore suffisamment connue, comprise et reconnue comme stratégie pertinente de santé publique".

Je ne reviendrai pas sur le volet opérationnel déjà évoqué, mais je voudrais profiter de cette prise de parole pour souligner le rôle essentiel de deux acteurs de la politique de réduction des risques. Nous voudrions qu'il y soit davantage fait référence dans le cadre de la future cellule politique francophone santé-assuétudes.

D'abord, le pharmacien, acteur essentiel de la politique de réduction des risques. Il joue parfois un rôle de pionnier, ce qui pose aussi des questions de légitimité. Nous devrons réfléchir à la manière dont l'on pourrait officialiser la place du pharmacien dans cette politique. Depuis cette année, il se voit attribuer, par le pouvoir fédéral, une mission très spécifique d'accompagnement des personnes asthmatiques. Progressivement, il est ainsi reconnu comme un acteur de la santé, et pas seulement comme l'exécutant d'une délivrance de médicaments.

Dans le cadre de la politique de réduction des risques, nous plaidons pour que sa place soit mieux définie et mieux prise en considération.

Le deuxième acteur auquel je voudrais faire référence, c'est la famille et/ou l'entourage. Je vous donne un seul chiffre, qui nous avait été livré à l'époque par l'asbl Infor-Drogues : 50% des appels et des démarches auprès de l'asbl sont le fait des familles. Les politiques de réduction des risques doivent donc aussi être pensées de manière à ce qu'elles soient accessibles à l'entourage et aux familles.

L'idée que nous avions évoquée à l'époque portait sur la création d'une plate-forme internet qui puisse faire référence et donner plus de lisibilité aux services qui sont aujourd'hui offerts en matière de réduction des risques.

(Applaudissements sur les bancs du cdH)

Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.

Mme Cécile Jodogne, ministre.- Les addictions demeurent un problème de santé publique important dont les impacts sont multiples : sanitaires, médicaux, sociaux.

Toutes les addictions sont à prendre en considération, qu'elles soient liées à des substances (tabac, alcools, drogues illicites, médicaments) ou non (jeu). Elles atteignent gravement ceux qui en souffrent, ainsi que leur entourage et l'ensemble de la collectivité.

Ces dernières années, voire ces dernières décennies, en tout cas dans les milieux de la santé et les secteurs sociaux, l'illusion de l'éradication des drogues et des addictions a été abandonnée au profit de stratégies visant à responsabiliser les usagers, à réduire les dommages et à promouvoir leur santé.

La réduction des risques vise à :

  • minimiser les effets négatifs de la consommation de drogues sur les usagers et sur la société, en rendant possible une consommation entraînant moins de problèmes individuels et sociaux ;
  • prendre en charge les dommages liés à cette consommation.

Elle s'appuie sur des dispositifs ou actions qui cherchent à atteindre des populations éloignées du dispositif de soins, souvent précarisées. Elles partent de leurs demandes, comme du matériel rendant la consommation moins dangereuse, s'y conforment avec un seuil d'exigence adapté et facilitent l'accès aux soins.

Les interventions dans le cadre de la réduction des risques se situent en dehors de tout jugement moral et dans des champs distincts du contrôle et de la répression. Les usagers de drogues sont accueillis comme des sujets à part entière, dans leur globalité et leur singularité. Ils ne sont pas réduits à leur consommation, mais sont écoutés, valorisés et responsabilisés comme acteurs de leur propre trajectoire.

La réduction des risques implique une attitude de veille permanente, permettant de créer des approches expérimentales au regard des nouveaux usages et des nouveaux besoins des usagers. La réduction des risques se veut pragmatique dans le non-jugement, pour agir au plus près de la réalité des usages et des prises de risques.

Le référentiel de réduction des risques recouvre une grande diversité de conceptions. Quelles que soient celles-ci, le but de la réduction des risques est donc de réduire les conséquences liées à la consommation de drogues ou à d'autres assuétudes en informant l'usager des différents risques qu'il peut encourir. La réduction des risques demeure plus que jamais légitime, parce qu'elle permet de remonter aux objectifs premiers de la lutte contre les drogues : la protection de la santé.

C'est à ce titre que la réduction des risques se situe dans un cadre de promotion de la santé. Cela implique de travailler sur les déterminants de la santé de manière transversale et intersectorielle. Ceci exige une concertation avec grand nombre d'acteurs issus de champs professionnels multiples. On pourrait en effet y intégrer les pharmaciens et, pourquoi pas la famille et l'entourage.

La réduction des risques est une politique qui vise une plus grande attention aux modes de vie et aux comportements des usagers, afin d'adapter les programmes d'aide à leurs besoins et y répondre dans une visée de promotion de la santé et de santé publique. La légitimité de ce type de stratégies - à la fois différentes et complémentaires des projets curatifs et préventifs - fait largement consensus au sein du secteur spécialisé.

Néanmoins, les publics visés et l'­extension des objectifs d'aide à la survie à des objectifs de bien-être et d'accès aux droits économiques et sociaux font encore l'objet d'interprétations divergentes.

Ce travail associatif commun est réalisé par des experts sous l'égide de la Fédération bruxelloise des institutions pour toxicomanes (Fedito) et Modus Vivendi, une asbl agréée par la Cocof. Le fruit de cette mission qui se base notamment sur des travaux en commission parlementaire a été présenté au secteur associatif en mai 2014 par l'asbl Modus Vivendi, durant la période électorale, un moment sans doute peu propice à sa diffusion. Le rapport a été publié sur le site de Modus Vivendi le 13 octobre 2014. II ne m'a pas encore été transmis, ni à l'administration de la Cocof.

Nous sommes en début de législature, et nous ne pourrons aborder tous les enjeux en même temps mais nous allons évidemment nous en saisir dans le cadre de nos compétences.

Indépendamment du plan, la réduction des risques est prise en compte par des programmes existants. La Cocof agrée et subventionne pour 5 millions les services actifs en matière de toxicomanies, et plus particulièrement les asbl Modus Vivendi, Lama, Enaden et DUNE qui agissent sur le terrain de la réduction des risques au quotidien.

S'il est clair que je vais me saisir de ce dossier, la sixième réforme de l'État viendra quelque peu bousculer le paysage, les moyens et les priorités à organiser.

Modus Vivendi pourrait venir présenter le plan, mais je ne suis pas certaine que ce soit pertinent alors qu'il y aura peut-être une réévaluation des dispositifs à mettre en place au vu de la réorganisation globale qui va avoir lieu.

(Applaudissements)

(...)

Mme la présidente.- La parole est à Mme Jodogne.

Mme Cécile Jodogne, ministre.- Je partage cet étonnement, mais il ne me revient pas de juger ou d'expliquer ce qui s'est passé dans les derniers mois.

Par rapport au diabète, je ne me souviens pas avoir dit que nous n'étions pas compétents. Au contraire, nous allons récupérer une compétence plus importante avec la prévention et la promotion dite primaire, et pouvoir aborder les choses de manière plus globale et plus cohérente, notamment avec la conférence interministérielle.

- L'incident est clos.