Discussion avec Madame Céline Fremault, Ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée du logement, de la qualité de vie, de l'environnement et de l'énergie
Madame la Minsitre, la maladie de Lyme est une infection bactérienne, transmise par piqûre de tique. Elle peut affecter pratiquement n'importe quelle partie du corps. En outre, cette maladie est très insidieuse car elle présente des symptômes variables qui peuvent être confondus avec d'autres maladies et les tests sanguins ne permettent pas toujours de détecter les anticorps qui y sont liés. Il arrive même que les anticorps en question restent indétectables pendant de nombreuses années, ce qui fait que la maladie se développe sur plusieurs stades. Le diagnostic de la maladie est donc assez difficile à poser. En conséquence, le traitement par des antibiotiques est souvent réalisé dans un laps de temps qui peut s'avérer long après la piqûre de la tique.
La prévention de la maladie doit donc faire l'objet de toute notre attention et passe notamment par une prise en considération du problème dans la gestion des espaces verts, la bactérie se propageant principalement dans les bois, les sous-bois, les prairies, etc. En termes de moyens de prévention, je pense en premier lieu à l'installation d'une signalétique dans les zones à risques, invitant les promeneurs à rester sur les sentiers ou les routes et à éviter ainsi de s'exposer à des piqûres de tiques.
Par ailleurs, l'écureuil de Corée supporte une charge importante de tiques. Ces derniers peuvent ainsi transmettre à l'écureuil la maladie de Lyme, dont il est alors porteur sain. Ce rongeur exotique peut donc se révéler un vecteur important de la maladie. En effet, les tiques ayant quitté l'animal se retrouvent facilement chez l'être humain à la faveur d'une promenade en forêt. Or, en 2008, à la suite d'une question écrite, votre prédécesseur indiquait qu'il n'existait encore aucune étude à propos de l'impact de la présence de ces rongeurs dans notre Région sur le développement de la maladie de Lyme.
Une prévention ou sensibilisation spécifique à cette maladie existe-t-elle en Région bruxelloise ?
Une signalétique avertissant les citoyens est-elle installée dans les zones sensibles ?
Qu'en est-il de l'évolution de la population de l'écureuil de Corée dans notre Région ?
Une étude analysant la relation entre la présence de l'écureuil de Corée et la maladie de Lyme existe-t-elle désormais pour la Région bruxelloise ?
Mme la présidente.- La parole est à Mme Fremault.
Mme Céline Fremault, ministre.- La tique, en tant que vecteur de la maladie de Lyme, est un sujet de préoccupation qui anime notamment les discussions du parlement fédéral et sur lequel la ministre de la Santé est également interpellée. Ainsi, plusieurs études ont été réalisées - certaines étant toujours en cours - sur la dissémination des tiques et la maladie de Lyme.
Par contre, le lien entre tiques, maladie de Lyme, conditions de milieu et biodiversité a été beaucoup moins étudié. Une étude sur le sujet a récemment été réalisée à l’Université de Gand. Son objectif était de mieux comprendre les conditions de végétation forestière favorables au développement de la tique. À l’heure actuelle, l’Université de Gand réalise une étude sur le lien entre le taux d’infection des tiques par la Borrelia burgdorferi et le rôle des espèces hôtes de la tique dans le cycle d’infection.
Pour leur survie, les tiques dépendent entre autres d’un microclimat humide, afin de ne pas se déshydrater, et d’hôtes appropriés en nombre suffisant. Ces conditions sont rencontrées dans les forêts de feuillus. La présence d’un sous-bois dense est un facteur qui influence favorablement la présence de tiques. En Forêt de Soignes, les tiques sont présentes dans la hêtraie cathédrale malgré le fait que le sous-bois est relativement absent.
Pour ce qui concerne l’information du grand public, il n’y a pas de sensibilisation ciblée relative à la maladie de Lyme dans les espaces verts gérés par Bruxelles Environnement et aucune signalétique particulière n’a été installée. Des informations sont néanmoins données aux visiteurs par le personnel de surveillance - gardes, surveillants forestiers et gardiens de parc - lorsqu’il est interpellé sur le sujet.
L’information du public sur ces risques me semble importante. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à mon administration de consacrer à ce sujet une page de son site internet, où seront clairement précisées les mesures de prévention :
- effectuer un contrôle corporel après chaque visite dans un espace arboré pour détecter l’éventuelle présence de tiques ;
- en cas de présence, s'informer de la technique pour retirer la tique ou mieux, consulter un médecin ;
- par précaution, rester sur les sentiers pendant la période où les tiques peuvent transmettre la maladie de Lyme, même lorsque ce n'est pas obligatoire. Depuis le début des années 2000, l'Institut scientifique de santé publique (ISP) diffuse, via des dépliants et sur son site internet, des informations sur les maladies causées par les tiques. Sur demande, l’ISP fournit ces dépliants aux mouvements de jeunesse, aux services touristiques, etc.
Pour ce qui est de l’évolution de la population de l’écureuil de Corée, Bruxelles Environnement réalise des atlas des espèces. Actuellement, les atlas suivants ont été réalisés : lichens (2012), champignons (2011), papillons de jour (2009), oiseaux nicheurs (2007), plantes supérieures (2006) et mammifères (2000).
Afin de savoir comment ces espèces et populations évoluent, les atlas sont révisés périodiquement. Dans la stratégie de surveillance de Bruxelles Environnement, ces révisions sont prévues tous les dix à quinze ans.
Ceci permet de constater les tendances de l’évolution des populations.
En ce qui concerne les mammifères, les études pour la réalisation d’un nouvel atlas ont débuté en 2015. Ce nouvel atlas sera publié courant 2017. Il permettra d’évaluer le statut actuel de la population des écureuils de Corée au sein de la Région de Bruxelles-Capitale, ainsi que l’évolution de la population depuis 2000.
Dans notre Région, aucune étude n’a été réalisée pour analyser la relation entre la présence de l’écureuil de Corée et la maladie de Lyme. Par contre, en France, une étude réalisée en 2013 dans une forêt périurbaine de Paris révèle que les écureuils de Corée sont plus porteurs de tiques infectées que les souris des bois et les campagnols roux et contribuent de façon plus importante au risque de dissémination de la maladie de Lyme. Cette étude révèle aussi que les lieux où la densité d’écureuils de Corée est la plus importante ne sont pas nécessairement les lieux où la population de tiques infectées est la plus grande.
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Il y a lieu de renforcer la prévention dans les sites forestiers de notre Région. Je constate que des guides forestiers commencent à informer les promeneurs dont ils ont la charge dans le cadre de visites organisées. Ils avertissent de la présence de tiques et insistent pour que les promeneurs prennent une douche et changent de vêtement après leur balade.
La sensibilisation à ce problème est donc bien réelle. Il reste à organiser une information qui ne soit pas alarmiste, mais claire, structurée et univoque.
Mme Céline Fremault, ministre.- Je précise que la demande a été envoyée et que ces informations devraient être publiées sur le site de Bruxelles Environnement dans deux à trois semaines.