Mesdames, Messieurs,
Généralement les organisateurs, orateurs ou participants aux colloques qui se répètent avec une certaine fréquence ont l'habitude de faire un état de la situation, de fixer des objectifs et de souligner la pertinence des actions en cours, en se félicitant des résultats engrangés depuis la dernière fois.
Malheureusement, l'actualité, l'ampleur et l'urgence de la pauvreté, ici en Belgique, nous forcent à une toute autre tenue en nous invitant à reconnaître nos propres limites, la faiblesse de nos moyens et la lenteur inhérente au processus de décision politique. Si la pauvreté nous incite à garder un profil bas, elle exige de maintenir intacte notre capacité d'indignation, de garder haute la radicalité de notre refus de la misère, et de renforcer les dispositifs, tous niveaux confondus, de lutte pour la dignité de chaque être humain.
Nous connaissons tous la réalité des chiffres. Un Belge sur sept vit sous le seuil de la pauvreté. Ce pourcentage est encore plus élevé pour les jeunes et les personnes âgées. Et les tendances ne vont qu'en s'aggravant : les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres.
Depuis plusieurs années tous les niveaux de pouvoir déclinent aujourd'hui des actions et des processus d'accompagnement, d'aide et de lutte contre les multiples facettes de la pauvreté. Que ce soit pour rendre le logement plus accessible, faire tomber les barrières d'accès aux soins de santé, accompagner la recherche d'un emploi, ou encore, dans l'urgence, offrir le gîte et le couvert durant la période hivernale. Mais les besoins sont toujours plus importants, parce que notre environnement socio-économique évolue. Si hier, bénéficier d'un emploi constituait une garantie d'échapper au statut de « pauvre », ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Le niveau fédéral a voulu, sous cette législature, prendre à bras le corps ce défi. L'année dernière, ici même, nous saluions la présentation du Plan fédéral de lutte contre la pauvreté. Un plan qui déclinait une série d'objectifs opérationnels visant à garantir la protection sociale de la population, la réduction de la pauvreté infantile, le renforcement de l'accès au marché du travail, la lutte contre le sans-abrisme, le droit à la santé et l'accès au service public.
Ce qui a donné une série d'actions aujourd'hui en cours : l'accueil hivernal des sans-abris a fait l'objet d'une coordination sur le terrain par l'aménagement d'un réseau qui rassemble de nombreux acteurs. Sur la plan de la santé, une loi a été votée créant un statut pour les personnes atteintes d'une maladie chronique. Ce statut leur permet de renforcer l'accès au soin par la prise en charge du ticket modérateur par la mutuelle. Les allocations sociales octroyées aux plus faibles font actuellement l'objet d'une liaison au bien-être. Une augmentation des allocations est au rendez-vous.
On recense aussi des freins à la déclinaison des mesures envisagées. Par exemple dans le cadre de l'insertion socioprofessionnelle : les incitants financiers liés à une occupation assurée un jour par semaine et octroyés aux personnes en recherche d'emploi représente un réel piège à l'emploi. Il convient dès lors de revoir le mode de calcul du plafond de...
Je voudrais aussi attirer votre attention sur l'aide alimentaire et l'incidence des mesures prises au niveau européen. A partir de l'année prochaine, l'Union Européenne va diminuer le budget de son programme d'aide alimentaire passant de 500 millions/an à 360 millions/an.
L'Etat belge doit s'engager à compenser cette perte pour que les associations belges puissent poursuivre leur travail. La Croix-Rouge, les Restos du coeur, Saint Vincent de Paul, la fédération belge des banques alimentaires et la Fédération des CPAS se sont unis pour le demander. Une résolution a été votée à l'unanimité demandant cette compensation.
Nous ne sortirons pas non plus de l'ornière de la pauvreté sans impliquer chacun, chaque acteur en multipliant les occasions et les opportunités de poser des gestes de solidarité.
Par exemple en évitant le gaspillage indécent.
C'est ce que nous avons voulu en exonérant de la TVA les dons alimentaires effectués par le secteur de la distribution. Proposition concrète, reprise récemment dans un projet de loi.
Mais nous devons aussi soutenir les initiatives citoyennes comme les épiceries sociales, soutenir l'offre d'une alimentation équilibrée. La droit à une alimentation « saine » doit devenir un droit universel, et non pas l'apanage des privilégiés.
Bref, vous le savez, les besoins sont énormes. Et la solidarité ne peut prendre corps sans le concours des forces de la société civile et de son important réseau associatif.
Une nouvelle encourageante, en lisant la presse ce matin, j'apprends que le gouvernement bruxellois va intégrer le critère « incidence sur la pauvreté » de toutes ses décisions politiques. C'est un pas en avant.
Je souhaite que les travaux de ce jour permettront de tracer de nouvelles pistes d'action et de solution pour demain.
André du Bus