Proposition de résolution visant la création d'une mission spécifique d'observation du vieillissement au sein de l'Observatoire de la Santé et du Social
Chers Collègues,
Un des paradoxes du sujet de la résolution est de parler du vieillissement de la population bruxelloise alors que depuis plus de dix ans, la moyenne d'âge de la population bruxelloise n'arrête pas de diminuer. Dans notre Région, la proportion de personnes de 65 ans et plus est plus faible que dans les autres Régions. Mais la tendance est déjà annoncée : après 2021 nous serons confrontés, comme le reste du Royaume à une augmentation du nombre de personnes âgées. Cette réalité se voit doublée d'un autre constat, la croissance démographique de Bruxelles, renforcée, entre autres, par le phénomène du retour en ville.
Cette mutation va entraîner des transformations profondes dans nos modes de vie et dans les relations intergénérationnelles.
Ces dernières années ont été marquées par une prise de conscience croissante quant aux défis posés par le vieillissement de la population. Et cela à différents niveaux politiques : fédéral, régional et même local. L’intensité de l’enjeu, la nature même des problèmes posés, les compétences et les marges de manœuvre disponibles pour y répondre diffèrent toutefois sensiblement selon les divers échelons de pouvoir. La réforme de l’Etat a communautarisé l’allocation d’aide aux personnes âgées mais garde au Fédéral la solidarité interpersonnelle.
La politique de reconversion de lits MR et lits MRS se poursuit au niveau de la Cocom. Et nous savons que les politiques locales ne sont pas à l’écart : les communes et leurs CPAS sont et resteront également fortement sollicitées, même si une grande partie des charges budgétaires associées directement au vieillissement telles les retraites et les soins de santé resteront à charge de la sécurité sociale.
Dès lors que ce boom démographique est annoncé, il faut le comprendre et en prévoir les conséquences afin de l’accompagner en sachant que les phénomènes démographiques sont lents, avec beaucoup d’inertie et par ce fait, ils ne doivent pas surprendre.
Nos politiques en matières personnalisables seront donc amenées à adapter leur offre de services et d’infrastructures afin de répondre aux besoins croissants au vu de la croissance démographique de personnes âgées.
Cette proposition de résolution est centrée sur la Santé et le Social mais il y a, sans l’ombre d’un doute, d’autres besoins auxquels nous devons nous préparer et ce dans des domaines aussi divers que la politique du logement, des formules d’hébergement des personnes âgées, des transports, de loisirs, etc.
Par ailleurs, mettre en place de larges politiques sociales basées exclusivement sur l’âge peut aller à l’encontre du but recherché si elles ne sont pas mises en relation avec les spécificités régionales et les caractéristiques des groupes sociaux présents à Bruxelles. A titre d’exemple : plus d’un tiers des immigrants venus s’installer en Belgique choisissent Bruxelles comme lieu de résidence. Ce choix implique une augmentation progressive de migrants dans la population âgée dont une part est composée, pour la migration non issue de l’Union Européenne, de personnes moins qualifiées, avec des besoins de soins de santé plus importants.
Aussi, nous ne pouvons pas élaborer des politiques du vieillissement sans prendre en compte le paradoxe du « genre ». Les hommes et les femmes ne vieillissent pas de la même façon. Du fait des espérances de vie et des principes organisant les solidarités familiales, les personnes âgées et leurs aidants sont essentiellement des femmes. Je salue ici l'amendement déposé lors de l'examen du texte et qui renforce l'attention apportée aux enjeux genrés.
La santé est aussi un facteur important d’inégalité entre hommes et femmes. A tous les âges, les hommes présentent des taux d’hospitalisation supérieurs à ceux des femmes sauf entre 15 et 44 ans où celles-ci, en raison de grossesse et aux accouchements sont hospitalisées. Il est donc important de travailler avec des indicateurs « genrés » pour la compréhension des besoins et des réponses spécifiques à apporter aux femmes et aux hommes durant le processus de vieillissement.
L’objet de cette résolution est de demander au Collège réuni de mettre en place un outil permettant d’avoir une approche stratégique du vieillissement de la population. L’Observatoire de la Santé et du Social est évidemment l'institution idéale pour assurer cette mission.
La création et le renforcement de données fiables, issues des études sont nécessaires pour l'élaboration de politiques régionales de vieillissement. J’ajouterai même du vieillissement en bonne santé. Car, l’espérance de vie s’est accrue: nous avons gagné plus de 30 années en un siècle. Avoir 60 ans aujourd’hui, c’est avoir encore 20 ans de vie devant soi en moyenne. C’est avoir, dans certains cas, des petits-enfants et avoir encore ses propres parents. Les seniors ont donc besoin de vitalité. De plus, la baisse de la mortalité s’est accompagnée d’une amélioration de la santé.
Chers collègues, si le vieillissement démographique est avant tout le résultat brillant des politiques de santé publique et du développement économique et social, il pose aujourd'hui encore de nouveaux défis. Raison pour laquelle je vous demande de bien vouloir soutenir cette résolution. Dans la droite ligne du soutien dont elle a bénéficié en commission. Et ce, afin de contribuer à une meilleure analyse critique et une meilleure connaissance des besoins et réponses sociétales pour améliorer la santé, l’aide sociale des aînés. Qu’ils ou qu’elles soient à domicile et en institution.
Je vous remercie.