Discussion avec Monsieur Rudi VERVOORT, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Pouvoirs locaux, du Développement territorial, de la Politique de la Ville, des Monuments et Sites, des Affaires étudiantes, du Tourisme, de la Fonction publique, de la Recherche scientifique et de la Propreté publique
Monsieur le Ministre, la lutte contre le sentiment d’insécurité passe par la nécessaire prise en compte de la parole des gens. Leur perception des problèmes doit être prise au sérieux, même lorsqu’elle ne repose que sur des données purement subjectives. Par ailleurs, la responsabilisation et la participation des citoyens face aux enjeux de la sécurité peuvent également améliorer sensiblement cette dernière.
Face à ce constat, certaines initiatives impliquant les citoyens dans la gestion de la sécurité publique ont été mises en place dans différentes localités, dont certaines sont bruxelloises. L'organisation de telles actions peut prendre différentes formes. Le premier exempte, le plus courant, est celui de réunions d’habitants par quartier lors desquelles les citoyens peuvent s’exprimer sur les nouveaux problèmes qu’ils rencontrent et où la police communique les réponses aux problèmes exposés par les habitants dans le passé. Dans la même idée, certaines zones de police organisent des cafés-police, qui prennent la forme de discussions informelles au cours desquelles les citoyens sont invités à adresser leurs recommandations et leurs éventuelles critiques vis-à-vis du travail effectué par la police. Le but est donc d’apprendre aux citoyens et à la police à mieux se connaître et nouer un lien de confiance, à travers un dialogue plus détendu.
Ce genre d’initiative peut également prendre d’autres formes, par exemple :
- la mise sur pied de réseaux d’information de commerçants ;
- la désignation de personnes relais dans les quartiers, chargées de relever les problèmes et d’en faire part aux autorités ;
- ou encore la mise sur pied de Commissions locales de développement intégré (CLDI), au sein desquelles les représentants d’habitants, de commerçants et d’associations du quartier sont élus.
Cependant, afin que ces activités restent pertinentes, il est nécessaire de les encadrer. En effet, il ne doit être en aucun cas question, lors de ces contacts directs ou indirects entre la police et les citoyens, de plaintes que les citoyens auraient à adresser vis-à-vis d’autres citoyens. Il existe des procédures conventionnelles pour cela.
C’est uniquement l’amélioration du travail de la police qui doit être le but de ces différentes actions. Ces dernières doivent ainsi poursuivre un double objectif : d’une part, faciliter et tisser un lien de confiance et de proximité entre la police et la population, et d'autre part servir de formation pour les policiers afin que ces derniers puissent encore mieux communiquer avec la population.
En outre, il faut pouvoir assurer un suivi des projets pour que ces derniers soient réellement pertinents et crédibles auprès de la population. Il faut aussi trouver la formule propice à la participation d’un maximum de citoyens et ce, principalement afin d’assurer la plus grande représentativité possible des citoyens parmi les participants à ce genre d’initiatives.
Les résultats, souvent positifs, qu’entraîne ce type d’actions, illustrent en tout cas une chose : les habitants et les commerçants représentent une source d’information précieuse en matière de sécurité. De plus, une meilleure connaissance mutuelle entre la police et les citoyens, ainsi qu’une véritable relation de confiance entre les deux constituent certainement un outil précieux afin de rendre la police plus efficace et de renforcer le sentiment de sécurité chez les citoyens.
Ce type d’initiatives constitue-t-il à vos yeux un moyen sérieux d’amélioration du sentiment de sécurité auprès des citoyens bruxellois ? Leur mise en œuvre fait-il partie de vos priorités en ce qui concerne les politiques de sécurité ?
Il va de soi que le rôle des intervenants de première ligne, dont la police locale, est crucial dans la mise sur pied de ces initiatives. En outre, ce type d’action doit être mis en œuvre à l’échelle des quartiers.
L'OIP Bruxelles prévention et sécurité récemment créé va-t-il prendre en considération ces pratiques, les encourager, par exemple en les intégrant dans le Plan bruxellois de prévention et de proximité (PBPP) que Bruxelles prévention et sécurité est chargée de préparer, en concertation avec les communes ?
Enfin, la Région a-t-elle déjà soutenu ce type d'initiative par le passé ? Si oui, de quelle manière ? Avez-vous déjà adressé une circulaire aux communes à ce propos ?
M. le président.- La parole est à M. Vervoort.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Je ne peux que partager vos propos. Dans le cadre des nouvelles compétences transférées suite à la sixième réforme de l'État, nous sommes bien entendu attachés à toute initiative de nature à rapprocher la police de nos concitoyens.
Le fil rouge de mon approche est la mise en place d’une politique régionale transversale et multidisciplinaire qui puisse intégrer tous les acteurs régionaux : le secteur associatif, les services communaux, les services de prévention, les zones de police, les services régionaux - Siamu, Bruxelles Mobilité, STIB - et les services fédéraux.
À cet égard, le décloisonnement est essentiel afin de renforcer la complémentarité des acteurs de la chaîne de la prévention et de la sécurité. Il n’existe évidemment pas de réponse univoque qui serait uniquement préventive ou répressive. Chaque maillon a son importance et chacun a ses caractéristiques.
Actif depuis longtemps en politique, vous mesurez vous-même l'évolution des mentalités à cet égard. Il y a une vingtaine d'année, les premiers contrats de prévention avaient suscité une forte méfiance entre la police communale de l'époque et les services de prévention qui se créaient par l'entremise du réseau encore balbutiant des associations de quartiers, des travailleurs sociaux, etc.
Aujourd'hui les mentalités ont totalement changé, singulièrement au sein des forces de police.
C'était en effet plus difficile, à leur niveau, de considérer qu'il y avait un travail commun à mener avec tous ces services. Inversement, certains percevaient les policiers comme des agents uniquement répressifs, dénués de la moindre réflexion sociétale.
C'est dans cet esprit qu'a été lancé le prix David Yansenne, qui vise à récompenser les initiatives prises au niveau local. Un courrier d'information a été adressé aux communes ainsi qu’aux zones de police afin de les inviter à rentrer un projet qui s'inscrive dans cette philosophie d'une police de proximité. David Yansenne qualifiait celle-ci de police citoyenne, c'est-à-dire une police qui a un devoir citoyen et qui n'est pas uniquement le bras armé du pouvoir administratif ou judiciaire, une police pleinement ancrée dans le tissu local, en phase avec les quartiers. J'espère que plusieurs projets seront déposés dans ce cadre.
Je crois à une police locale décentralisée et non à une police locale qui nourrit artificiellement l'idée qu'il existe encore une police communale. Il reste un travail énorme à faire à cet égard. Une révolution mentale doit encore s'opérer dans le chef de certains bourgmestres, pour que ceux-ci adoptent une vision de l'action de la police qui ne se limite pas au périmètre communal. Cela n'empêche évidemment pas qu'ils restent responsables administratifs sur leur territoire.
Un quartier ne s'appréhende pas en fonction d'une limite communale mais nécessite une approche plus globale. Tout le débat porte sur la question de savoir où on place l'autonomie communale.
L'expérience me fait dire qu'en matière de police et de zones de police, il faut décloisonner au maximum, tout en créant du lien entre le citoyen et l'ensemble des acteurs de la prévention et de la sécurité. C'est indispensable.
Je ne peux imaginer une réunion de quartier sans la présence de tous les acteurs du quartier mais aussi de la police, des agents de quartier et de tous ceux qui participent à la vie du quartier. Il faut que l'agent de quartier participe à la vie locale. Ce réflexe est encore trop rare. Ces moments de rassemblement sont des occasions, pour le citoyen, de faire connaissance avec les acteurs qui se trouvent de l'autre côté de la barrière.
C'est dans cet esprit, et avec la conviction que Bruxelles prévention et sécurité favorisera cette dynamique, que nous avons lancé le prix David Yansenne. Il faut évidemment que tous les acteurs jouent le jeu. C'est le pari que nous faisons, car nous sommes persuadés que c'est dans cette voie qu'il faut aller.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- Vos réponses sont très encourageantes à l'égard d'initiatives telles que les Commissions locales de développement intégré (CLDI) et du renforcement du rôle des agents de quartier.
Aujourd'hui, nous sommes tous convaincus de la nécessité de resserrer les liens entre les citoyens et les "forces de l'ordre", les agents de sécurité et tous ceux qui représentent, d'une façon ou d'une autre, l'autorité publique. Cela va de la répression à l'accompagnement.
Ceci étant, ma question avait aussi pour objectif d'examiner dans quelle mesure les éventuels débordements, tels que les conflits de voisinage, peuvent être encadrés. Un dispositif d'évaluation, permettant de cadrer les initiatives entre autorités de police et citoyens, est-il mis sur pied dans le cadre de Bruxelles prévention et sécurité ? Celui-ci ferait office de balisage et permettrait d'éviter toute forme de dérapage.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Vous pensez certainement à quelque chose de concret. Pourriez-vous matérialiser votre idée ?
M. André du Bus.- Cela relève de la confidentialité.
M. Rudi Vervoort, ministre-président.- Bien entendu. Je suis prêt à en rediscuter avec vous.