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Pénurie annoncée d'interprètes en langue des signes - Quelles mesures concrètes?

Soumis par andredubus le

Question orale au ministre M. Jean-Claude Marcourt, Vice-Président et Ministre de l'Enseignement supérieur relative à la "Pénurie annoncée d'interprètes en langue des signes", de M. André du Bus de Warnaffe

Monsieur le Ministre,

Ce samedi, j’ai assisté à la journée anniversaire des 10 ans de la Langue des Signes. De nombreux discours et engagements ont nourri cette journée.

Vous savez que cette thématique me tient à cœur, que je reviens régulièrement sur ce sujet et précisément sur les inquiétudes signalées lors de notre commission enseignement supérieur du 8 octobre 2013. Vous l’avez mentionné, le manque d’interprètes est objectivé, leur travail est de plus en plus varié et les demandes de plus en plus nombreuses. Les lieux et les situations dans lesquels ils sont amenés à intervenir se multiplient

Comme le master commencera en septembre 2014, nous attirons votre attention sur le fait que les premiers diplômés ne sortiront que dans cinq ans càd en juin 2019. Et donc le risque est réel de se trouver en pénurie d’ici là. La ligue francophone des sourds de Belgique (LFSB) confirme cette situation et formule un appel à la formation urgente de 500 interprètes en langue des signes.

Comme je vous le suggérais dans ma réplique précédente, il est donc indispensable de prendre cette question en charge. Des dispositions transitoires devraient permettre une reconnaissance des interprètes qui prestent actuellement alors qu’ils n’ont pas le titre requis. Ces personnes dont les compétences sont reconnues devraient pouvoir les valoriser.

Monsieur le Ministre, avez-vous évalué les besoins en interprètes en langue des signes ? Si pénurie il y a, pourriez-vous nous dire ce qui sera concrètement mis en place pour prévoir le manque d’interprètes dans cette discipline spécifique d’ici 2019 et par après ?

Je vous remercie pour les réponses que vous apporterez.

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur. – Comme nous l’avons rappelé le 1er février dernier à l’oc- casion du dixième anniversaire de la reconnais- sance de la langue des signes de Belgique franco- phone, l’insuffisance du nombre d’interprètes en langue des signes a largement été reconnue depuis de nombreuses années par nombre d’associations qui défendent les intérêts des personnes sourdes ou malentendantes mais également par de nombreux services publics et établissements scolaires.

Selon les estimations, la Fédération Wallonie- Bruxelles compte 20 000 personnes sourdes et 450 000 personnes malentendantes, mais seule- ment vingt interprètes dont la plupart exercent à temps partiel, leur moyenne d’âge se situe entre 47 et 50 ans. Les domaines où les interprètes en langue des signes sont sollicités sont complexes, variés et riches. Mis à part les cas de première nécessité, les situations d’interprétation en langue des signes s’étendent de plus en plus aux événements so- ciaux, politiques, culturels, aux colloques et confé- rences internationaux. Former des interprètes de qualité en langue des signes ne peut se résumer à former des per- sonnes à la capacité d’effectuer les signes même si l’utilité publique et sociale des aides à la commu- nication n’est nullement mise en question.

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir leur nombre augmenter. L’intégration progressive d’un nombre sans cesse croissant d’étudiants malentendants et sourds dans notre enseignement supérieur et uni- versitaire a elle aussi conforté la nécessité de for- mer des interprètes à haut niveau de compétence. La médiatisation du regrettable incident survenu en décembre dernier lors de la cérémonie d’hom- mage à Nelson Mandela aura au moins eu le mé- rite de rappeler la pénurie d’interprètes en langue des signes un peu partout dans le monde, sans par- ler des dérives voire des drames que cela peut en- traîner quand une erreur d’interprétation se pro- duit dans un contexte médical ou judiciaire, par exemple. Quelle que soit la langue cible, l’interprétation exige des compétences pointues.

C’est la raison pour laquelle il était important de réfléchir à l’in- tégration du cursus d’interprétation en langue des signes dans la filière universitaire de traduction- interprétation. Ces constats ont conduit la Fédération Wallonie-Bruxelles à prendre à bras-le-corps la problématique de l’interprétariat en langue des signes. Après avoir consulté la Fédération fran- cophone des Sourds de Belgique et l’Association belge des interprètes en langue des signes, la Fé- dération a encouragé les six institutions d’ensei- gnement supérieur à travailler ensemble pour éta- blir le profil des futurs interprètes. Cette réflexion a abouti au projet d’ajout d’une filière de master en traduction-interprétation en langue des signes dans les études de traduction-interprétation de conférences.

Les fédérations et associations qui dé- fendent les intérêts des personnes sourdes et mal- entendantes comme les établissements d’enseigne- ment supérieur ont démontré qu’une formation du niveau escompté ne pourrait matériellement pas être dispensée de manière accélérée. Parallèlement à la réflexion sur le master, l’enseignement de pro- motion sociale a pris une autre initiative en parte- nariat avec l’Université de Lille. Si ces deux initiatives complémentaires ne ré- gleront pas du jour au lendemain la pénurie d’in- terprètes, elles ont le mérite d’apporter une ré- ponse structurelle à un problème qui a pris de l’ampleur au fil du temps. Actuellement, la priorité est d’organiser le master dès la prochaine rentrée académique. Toutefois, les établissements d’ensei- gnement supérieur prévoient d’ores et déjà d’utili- ser la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour dispenser les interprètes actuels d’une partie du cursus et leur permettre d’obtenir le titre requis. Le groupe de travail mis sur pied par les six établissements supérieurs recense actuellement les candidats répondant aux critères d’admission à une éventuelle formation de troisième cycle en in- terprétation en langue des signes.

Ces formations post-universitaires ou de master spécialisé existent déjà pour l’interprétation en langue orale. Les ti- tulaires d’un diplôme de master qui maîtrisent parfaitement leur langue maternelle et les langues étrangères de travail et présentent des aptitudes à l’interprétation, peuvent se former aux techniques d’interprétation de conférence en une année inten- sive, après avoir réussi les tests d’admission. Ce modèle transposé à l’interprétation en langue des signes aurait l’avantage d’apporter une réponse complémentaire plus rapide à la pénurie, tout en garantissant la qualité et le professionnalisme né- cessaires.

Cette procédure est bien entendu limitée au potentiel de candidats disposant du profil re- quis et à la disponibilité des formateurs. Le gouvernement de la Fédération veut ratio- naliser les cursus en favorisant l’articulation et la recherche de complémentarités avec les filières existantes. Les potentialités de la VAE doivent éga- lement être exploitées. Nous souhaitons garantir la qualité de la filière d’interprète en langue des signes et en faire une formation de haut niveau. Nous espérons ainsi répondre de manière structu- relle et efficace aux besoins sociaux de la vie pu- blique et sociale, de la citoyenneté et de la justice, besoins insuffisamment satisfaits à l’heure actuelle à cause de la pénurie d’interprètes.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je vous remercie pour votre réponse particulièrement complète, tant sur le constat de pénurie que sur le contexte sociétal, qui accroît la demande d’interprètes en langue des signes. J’entends que les établissements d’enseignement supérieur collaborent à la création d’un master et d’un troisième cycle. Je signale l’existence de la plateforme Christian François, créée par cinq services d’accompagnement et d’interprétation.

Sa mission consiste à dresser un registre officiel des interprètes déjà formés et des stagiaires. Il officialise les compétences des uns et soutient les autres pour répondre à la pénurie en attendant les premiers titulaires du master en 2018-2019. Le travail réalisé par cette plateforme répond à un besoin actuel.