M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Depuis plusieurs années, les métiers d’instituteurs maternels et primaires sont repris dans la liste des professions en pénurie arrêtée annuellement par l’Onem. Une explosion démographique est prévue en Communauté française, particulièrement à Bruxelles. Serons-nous en mesure de diplômer assez d’instituteurs dans les prochaines années pour encadrer les élèves supplémentaires ?
Les inscriptions dans les filières d’instituteurs sont-elles en hausse ? La nécessité de disposer bientôt de davantage de professionnels pour enseigner à nos futurs écoliers est-elle un paramètre pris en considération dans l’éventuel allongement de trois à cinq ans de ces études ? Si la pénurie d’instituteurs est accentuée par l’explosion démographique, des mesures incitatives sont-elles ou seront-elles prises pour attirer les jeunes vers ces formations dans les hautes écoles ? Ces mesures doivent bien entendu faire comprendre aux jeunes qu’il s’agit d’un métier passionnant mais difficile, qu’il convient d’embrasser avec conviction, amour du métier et motivation et non parce que l’on a de fortes chances de trouver un emploi à la fin de son cursus supérieur. Il est question d’ouvrir un peu plus de soixante nouvelles unités scolaires à Bruxelles dans les sept prochaines années. Ces données posent clairement la question du recrutement des instituteurs.
M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur. – Je suis très attentif à l’évolution de la situation démographique à Bruxelles. Je suis systématiquement représenté au groupe de travail mis en place par la Région de Bruxelles-Capitale et la Fédération Wallonie-Bruxelles, à l’initiative des deux ministres-présidents compétents, et plus particulièrement de M. Charles Picqué. La fédération a investi plus de 400 millions d’euros dans les bâtiments scolaires de Bruxelles et deWallonie, tous réseaux confondus. Récemment, M. Charles Picqué a pris de nouvelles initiatives régionales qui ont permis des avancées supplémentaires.
Les ministres Simonet et Nollet ainsi que moi cherchons une réponse appropriée à l’augmentation démographique. Nous pourrions aussi tenter de mobiliser plus de candidats pour ce métier. Si on lançait un plan « anti-pénurie » ou une campagne publique sur les métiers de l’enseignement, je m’y investirais bien évidemment. Cette idée figure dans la déclaration de politique communautaire de 2009, de même que dans le protocole sectoriel d’accord examiné par les pouvoirs organisateurs et les organisations syndicales. Non seulement une telle initiative participerait à la valorisation générale du métier d’instituteur en lui donnant une perception plus juste et plus objective, mais elle tendrait aussi à réduire la pénurie dans certaines fonctions enseignantes. Nous l’avons vu au début des années 2000, quand les inscriptions dans les études pédagogiques en hautes écoles ont augmenté grâce aux campagnes de promotion organisées par les ministres de l’Enseignement obligatoire Pierre Hazette et Jean-Marc Nollet.
La situation des catégories pédagogiques en hautes écoles est généralement bonne. En effet, 17 000 étudiants y sont inscrits et le niveau est bien supérieur à celui de la deuxième moitié des années nonante et du début des années 2000. Nous battons le record absolu du nombre d’éSynergy Spanishtudiants candidats au titre d’agrégé de l’enseignement secondaire inférieur. C’est de bon augure puisque c’est dans le secondaire que le vieillissement de la population enseignante actuelle est le plus marqué. Les inscriptions des bacheliers instituteurs préscolaires et primaires ont connu un léger tassement par rapport aux années précédentes, mais la situation n’est pas alarmante. En effet, des plafonds historiquement hauts avaient alors été atteints et certains instituteurs maternels connaissent aujourd’hui des difficultés pour trouver de l’emploi. Je ne suis pas compétent sur le plan de la réduction des pénuries d’emplois dans l’enseignement, qui relève de ma collègue, mais bien pour les études supérieures donnant accès à ces métiers.
Conformément à la déclaration de politique communautaire, nous avons lancé une évaluation de la formation initiale des enseignants, à laquelle participe le monde de l’enseignement. Nous attendons les résultats pour la fin de l’année. Nous devrons évaluer l’impact de l’allongement des études. Le passage de trois à cinq ans, qui est une hypothèse envisagée aujourd’hui, pourrait avoir deux effets. Le premier, mécanique, serait la perte de deux classes d’âge durant la transition. Le deuxième serait soit une plus grande attractivité en raison d’une formation plus intéressante et approfondie, soit un frein pour ceux qui souhaitent obtenir rapidement un diplôme, c’est-à-dire dans un délai de trois ans comme c’est le cas actuellement.
L’Observatoire de l’enseignement, en charge de l’évaluation, doit établir un descriptif des jeunes qui optent pour les études d’enseignant. Chez nos voisins européens, l’allongement des études n’a pas entraîné de désaffection. Plusieurs interlocuteurs abondent dans ce sens. La CGSP pense ainsi que l’allongement des études aura plutôt un effet d’attraction que de désaffection des jeunes pour le métier d’instituteur. De plus, le MR, la semaine dernière, a appelé de ses voeux le passage de ces études de trois à cinq ans. Il faut, je pense, attendre le résultat de l’évaluation participative avant de prendre position. Nous sommes, en tout cas au niveau des hautes écoles, en situation de pouvoir répondre à une augmentation des inscriptions pour ces cursus.
Aujourd’hui, nous devons continuer à promouvoir ce métier, particulièrement pour l’enseignement fondamental. Vous avez dit, à juste titre, que ce n’est pas tous les jours un emploi facile. Toute initiative permettant de démontrer ses qualités et de le valoriser doit être prise. Nous aurons l’occasion, si ce n’est au deuxième semestre, en tout cas au début de l’année prochaine, d’envisager ces différents points. Il faut rappeler aux jeunes, au moment de leur choix d’études, tout l’intérêt de cette filière.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Monsieur le ministre, je vous remercie pour cette réponse à la fois nuancée et très complète. Mais je n’ai pas eu de réponses précises sur le nombre d’instituteurs supplémentaires nécessaires pour faire face à l’augmentation des élèves, notamment à Bruxelles et sur la capacité de nos hautes écoles à pouvoir accueillir davantage d’étudiants de ces cursus. Je comprends que vous attendiez des éléments pour les fournir. Le cas échéant, des initiatives incitatives pourraient être menées, comme celles initiées par vos prédécesseurs, qui ont eu du succès. zp8497586rq