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Pénurie d'interprètes en langue des signes

Soumis par andredubus le

Question de M. André du Bus de Warnaffe à M. Jean-Claude Marcourt, vice-président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Monsieur le ministre, ma question contient à la fois un volet de réjouissance, réelle, non feinte, et un volet d’inquiétude.

La réjouissance a trait à l’inauguration, ce 15 septembre, du cursus de bachelier pilote en interprétation anglais et langue des signes à l’Institut libre Marie Haps. Ce master, co-organisé par plusieurs établissements et soutenu par l’Université de Namur, est en effet une première en Fédération Wallonie-Bruxelles.  J’ai plaidé pour l’établissement de ce master en langue des signes pendant toute la législature précédente.  J’ai soutenu tous les efforts que vous avez déployés pour arriver à prendre cette initiative qui répond à long terme aux besoins de la communauté des sourds et mal-entendants et favorise un enseignement plus inclusif.

Cependant, j’ai aussi une certaine inquiétude par rapport à la création de cette formation car il est très probable que nous serons confrontés à une pénurie d’interprètes en langue des signes avant la délivrance des premiers diplômes de ce nouveau cursus en 2019.  En effet, il faudra encore attendre cinq ans avant de voir arriver les nouveaux diplômés en langue des signes sur le marché.  En février dernier, je vous avais interrogé sur la gestion de cette probable pénurie durant la période transitoire allant jusqu’à 2019.  Vous m’aviez répondu qu’une formation du niveau escompté ne pourrait matériellement pas être dispensée de manière accélérée.  Cependant, vous aviez ajouté que « les établissements d’enseignement supérieur prévoyaient d’utiliser la validation des acquis de l’expérience ».

Un groupe de travail mis sur pied par les six établissements supérieurs concernés devait recenser les candidats répondant aux critères d’admission à une éventuelle formation de troisième cycle en interprétation en langue des signes.

À l’aube de cette nouvelle rentrée académique, les démarches effectuées dans le cadre de la valorisation des acquis de l’expérience pour dispenser les interprètes actuels d’une partie du cursus ont-elles progressé?  A-t-on retenu des candidats susceptibles d’obtenir ce diplôme de troisième cycle ?  Le gouvernement a-t-il envisagé ou mis en œuvre d’autres mesures, ces derniers mois, pour faire face à la pénurie annoncée d’interprètes en langue des signes ?

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – J’étais présent le 15 septembre à l’Institut libre Marie Haps pour inaugurer l’année académique 2014-2015.  À cette occasion, j’ai lancé officiellement la formation pilote en interprétation en langue des signes.

Le projet pilote résulte d’une collaboration étroite entre l’Université de Namur, la Fédération francophone des sourds de Belgique et l’Association belge des interprètes en langue des signes.  Il a reçu le soutien de l’Université de Liège et de la Haute École de la Ville de Liège.  Il vise à introduire la langue des signes parmi les combinaisons actuelles des langues modernes dans les formations de bachelier et de master en traduction ainsi qu’à créer un master en interprétation spécifique à cette langue prenant en compte la particularité du travail bidirectionnel qui suppose que les futurs interprètes devront être en mesure d’interpréter de et vers la langue des signes.

Comme vous le soulignez à juste titre, la création de ce baccalauréat était très attendue au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles et je me félicite de cette avancée, car elle permettra de répondre à un réel besoin parmi la communauté des sourds et malentendants de Belgique. De plus, dans un futur proche, le projet apportera une solution à la pénurie d’interprètes en langue des signes que nous déplorons depuis des années.

À ce stade, cette initiative novatrice nécessite l’engagement de formateurs en langue des signes pour assurer un enseignement de bon niveau universitaire. Le niveau d’expertise requis pour obtenir un master en interprétation ne permet pas de minimiser le temps nécessaire pour acquérir les connaissances. Néanmoins, d’après les informations recueillies, un certain nombre de personnes ayant entamé l’apprentissage de la langue des signes possèdent déjà une pratique de l’interprétation.

Deux pistes se profilent pour permettre à ces personnes de valoriser leur expérience. La première, la validation des acquis de l’expérience, permettra dès l’an prochain d’étoffer le groupe d’étudiants ayant dépassé le niveau d’apprentissage de base. Mais cette solution, si elle pallie le problème du nombre d’étudiants, ne résout pourtant pas celui de la durée d’apprentissage.

La deuxième envisage la mise sur pied d’une année terminale, avec une formation accélérée dotée d’un certificat universitaire, pour permettre aux personnes disposant des compétences requises, de travailler exclusivement sur les techniques d’interprétation.  La cellule de pilotage du projet s’est vu confier le soin d’effectuer un recensement des personnes répondant aux critères.  Le recensement a été réalisé. La cellule de pilotage a également chargé un petit groupe d’experts de suivre une formation préliminaire de formateur.  À ce stade, des informations doivent encore être récoltées. Sur la base de ces informations, la cellule de pilotage sera prochainement en mesure de statuer sur la faisabilité de la mesure. En définitive, la formation pilote qui vient de voir le jour constitue une première réponse à la pénurie d’interprètes en langue des signes. Comme vous le constatez, les autres pistes doivent encore être approfondies avant d’être mises en pratique.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je suis tout à fait d’accord sur le constat et j’apprends avec plaisir qu’une piste se concrétisera l’année prochaine. Monsieur le ministre, vous dites que la réponse est liée au nombre de personnes, qu’en est-il exactement?

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – On résout la question en augmentant le nombre de personnes pouvant entrer dans le système le plus rapidement possible, la durée pour obtenir le master restant inchangée.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Il faut faire vite. Je rappelle que, durant la législature 2004-2009, Mme Simonet avait déjà évoqué la nécessité de ce master. Il faut donc cinq ou six ans pour qu’une initiative se concrétise. Je plaide pour que la phase transitoire et les réponses à y apporter soient mises en œuvre dans un ou deux ans au plus tard. Nous devons faire face à une pénurie en interprète en langue des signes maintenant, sinon à court terme.