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Plan “Antiradicalisation”: formations dans l'aide à la jeunesse

Soumis par andredubus le
Discussion avec M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice et de la Promotion de Bruxelles

En début d’année, vous avez présenté, avec vos collègues du gouvernement, le plan d’action pour la prévention du radicalisme et l’amélioration du vivre ensemble. Outre des mesures transversales, telles que la création du Réseau antiradicalisme (RAR), chaque ministre a présenté une série de mesures à mettre en œuvre dans son propre champ de compétence.

Ce n’est bien entendu pas la première fois que nous abordons ici ce sujet, avant d’en venir aux formations, je souhaiterais revenir sur la nécessité de développer, en tant que ministre de l’Aide à la jeunesse, des politiques structurelles efficaces dans ce domaine, car les acteurs de l’Aide à la jeunesse, qu’ils travaillent au sein des services agréés, des services d’Aide à la jeunesse (SAJ) ou encore d’Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ), sont susceptibles d’être confrontés, d’une part, à des jeunes qui sont des cibles potentielles pour les recruteurs et, d’autre part, à des jeunes qui reviennent du «combat» (les returnees). N’oublions pas que nous parlons ici de jeunes en danger et, surtout, en difficulté; des jeunes particulièrement vulnérables qui peuvent représenter des proies faciles pour les recruteurs.

Bien que votre plan s’articule autour de trois axes, nous aborderons plus spécifiquement aujourd’hui la mise en place des formations. Environ 150 travailleurs sociaux seraient en cours de formation. Ce cycle de formation s’adresse aux assistants sociaux, aux éducateurs, aux psychologues qui travaillent dans les IPPJ, les SAJ, les AMO, etc.

Cette formation comporte deux volets. Tout d’abord, un module pluridisciplinaire dispensé par des conférenciers du milieu académique vise à cerner les enjeux du radicalisme et à fournir des clés de décryptage de l’islam et de ses pratiques. Il semble en effet indispensable que les professionnels de première ligne disposent de connaissances suffisantes de la religion afin d’argumenter face à des jeunes en processus de radicalisation.

Je voudrais faire ici une petite incise. Il m’a été donné de découvrir, il y a quelques jours, un fascicule qui vient d’être édité par l’Association de visiteurs francophones de prison de Belgique, Trait d’union, qui est totalement centré sur l’approche du radicalisme à l’égard des détenus. Il est intéressant de voir que le modus operandi proposé consiste non seulement à décrypter et comprendre parfaitement tous les enjeux qui sont liés à la religion, à l’islam, à ses origines, à ses déclinaisons diverses, mais aussi en une approche des détenus qui tienne à la fois compte de la nécessité d’une écoute empathique, de l’affirmation de valeurs, de l’implication personnelle, de l’identification des pistes précises de reconstruction, de la nécessité de garder un lien permanent, de la valorisation de tout ce qui est relatif à la communication non violente, d’un appui sur d’autres qui ont déjà eu des parcours de vie difficiles, mais qui s’en sont progressivement sortis, de la possibilité de trouver des relais, des appuis. C’est un modus operandi proposé par des bénévoles, mais qui présente une approche particulièrement sensée et réaliste.

Le second volet de la formation, qui devrait débuter sous peu d’après la presse, prendrait la forme de séminaires en groupes restreints. L’objectif serait alors d’apprendre à déconstruire les discours radicaux. Au terme de cycle de formations, chaque service disposera d’un référent. Bien entendu, dans un an, une évaluation par le Réseau antiradicalisme permettra de faire un état des lieux de la situation et, si nécessaire, d’ajuster le contenu des formations.

Toutefois, à l’écoute d’experts en la matière, nous nous interrogeons sur un aspect précis de cette problématique. S’il est indispensable de former les travailleurs sociaux à développer des arguments objectifs, ceux-ci nous semblent quelque peu insuffisants. Dans le processus de radicalisation du jeune, il y a une charge émotionnelle et affective très importante, qui ne se déconstruit pas à coups d’arguments objectifs et rationnels. Nous pensons par exemple à des jeunes qui devront, moralement et psychologiquement, se placer en rupture par rapport à un milieu familial et social radicalisé.

N’oublions pas que les dernières informations dont nous disposons de la part des services experts en matière de radicalisme démontrent qu’aujourd’hui, le recrutement se fait d’abord auprès des anciens copains, des anciens amis avec lesquels on a gardé des liens sociaux à travers Facebook et l’ensemble des réseaux sociaux. Donc, ce sont les proches.

Et effectuer un travail de déconstruction passe aussi par un travail de rupture, à un moment donné, avec ce milieu des amis ou, dans certains cas, le milieu familial, ce qui n’est pas évident. Bien entendu, ce travail de désendoctrinement doit pouvoir s’individualiser en fonction du profil des jeunes radicalisés.

N’oublions pas non plus qu’un des éléments constitutifs de la radicalisation s’inscrit, chez beaucoup de jeunes, dans une recherche de sens. Je pense que certains de mes prédécesseurs l’ont dit. Ces jeunes ont des objectifs de vie non atteints. Ils ressentent un échec dans une aspiration à une utilité sociale à laquelle ils n’ont pas trouvé de réponse socialement acceptable. Le radicalisme est une réponse, mais elle est socialement inacceptable. Et l’ensemble est couronné par un sentiment d’injustice et souvent aussi d’indignité. C’est donc aussi à ces réalités psychologiques et sociales que les acteurs du monde de l’aide à la jeunesse doivent répondre.

Monsieur le Ministre, nous vous posons dès lors les questions suivantes à propos de ces formations. Qui sont précisément les formateurs? Quel sera leur profil? Où en est-on dans le cycle de formations? Quand les référents seront-ils effectifs au sein des services? Les formations prennent-elles en considération la charge affective et émotionnelle entrant en ligne de compte dans le processus de radicalisation? Que contiendra précisément l’évaluation? Outre l’ajustement éventuel des contenus de la formation, est-il possible, au regard de l’évolution des connaissances, d’adapter et d’ajuster ces formations? Je l’imagine.

Monsieur le Ministre, je termine mon intervention en disant qu’il convient toujours évidemment de faire le pari du capital positif du jeune. Il faut garder les yeux ouverts en la matière. C’est toute la difficulté de cet enjeu qui intègre un devoir de protection du jeune et de la société, mais aussi un devoir d’émancipation.

[...]

M. Rachid Madrane. - (En attente)

[...]

M. André du Bus. – Je m’associe aux propos satisfaisants et vigilants de mes collègues à l’égard de votre réponse. Vous avez montré le caractère complet et complexe de l’approche que vous défendez.

Je voudrais insister sur le nécessaire partage des pratiques positives, mais aussi des expériences plus difficiles. Nous cherchons tous, à tous les niveaux, les éléments à ajuster pour répondre de façon pertinente à ce problème qui devient mondial et questionne les fondements de notre société.

Quelles réponses pouvons-nous apporter aux aspirations des jeunes? Certains éléments du dispositif que vous déployez pourraient inspirer d’autres acteurs et leurs réponses face à ce problème crucial.