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Plan culturel bruxellois

Soumis par andredubus le
Discussion avec Madame Fadila Laanan, Ministre-Présidente en charge de la culture

[...]

Madame la Ministre, je remercie M. Doulkeridis d'avoir introduit une interpellation qui nous permet de faire le point sur un sujet essentiel pour la Région bruxelloise, et que, Madame la Ministre, vous connaissez particulièrement bien. En effet, vous avez occupé la fonction de ministre de la Culture de la Communauté française et vous figurez parmi les initiateurs des accords de partenariat culturel entre la Communauté française et la Communauté flamande.

Vous connaissez également bien la diversité, la complexité et la richesse culturelle bruxelloise au travers de sa transversalité. Vous avez collaboré à la rédaction du volet culturel de notre déclaration de politique générale, qui insiste sur la nécessité de développer des projets renforçant l'accessibilité de la culture à tous.

Cet appel à projets pose une série de questions et l'occasion nous est ainsi donnée de mieux comprendre la déclinaison de votre Plan culturel pour Bruxelles.

Ledit appel à projets constitue-t-il une première étape ? Vise-t-il des projets spécifiques ou le prix pour la diversité évoqué par d'aucuns ?

Comment s'organise la collaboration entre vous et la ministre de la Culture de la Communauté française dans la mise en œuvre de votre plan, compte tenu des budgets considérables qui sont en jeu ?

Avez-vous pris contact avec la responsable des bâtiments culturels à l'échelon fédéral ? Selon certaines rumeurs, nous aurions à nourrir quelques craintes quant au financement d'éléments constitutifs de ce patrimoine géré par le pouvoir fédéral, tels que le Cinquantenaire et les Musées royaux des Beaux-Arts. La Région flamande, la Communauté française et la Région bruxelloise doivent être attentives à l'avenir d'un tel patrimoine relevant du pouvoir fédéral, mais implanté sur le territoire bruxellois.

La question a également été posée de savoir où vous en étiez sur la cartographie de l'offre culturelle bruxelloise. Quel est l'état d'avancement de celle-ci ? Il avait également été question, dans votre déclaration initiale, d'un travail de simplification administrative dans le projet à déposer et d'une forme d'harmonisation. Avez-vous progressé sur ce travail de simplification ?

Voilà, Mme la ministre, les questions auxquelles le cdH reste attentif, dans le cadre d'un soutien déterminé aux objectifs repris dans la déclaration de politique générale, et plus particulièrement dans le volet de la culture pour tous.

(Applaudissements)

Mme la présidente.- La parole est à Mme Laanan.

Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Si les notifications des décisions du collège concernant l'appel à projets visant la mise en œuvre du Plan culturel pour Bruxelles sont généralement imprécises, le contenu de l'appel à projets n'a en revanche rien de sibyllin. J'en veux pour preuve sa publication sur le site de la Cocof, ce qui le rend pleinement accessible et transparent.

Le Gouvernement francophone bruxellois s'est donné pour objectif de garantir la mise en œuvre des droits culturels, ce qui implique la participation culturelle de tous les Bruxellois et la promotion de la diversité culturelle, afin que celle-ci reflète au mieux la richesse de nos quartiers.

Il est dès lors prévu d'opérationnaliser cet objectif, tant dans le cadre de l'accord de majorité du Gouvernement francophone bruxellois, que dans celui de la déclaration de politique générale du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.

L'appel à projets dont nous parlons ici a précisément pour but de mettre en œuvre cet axe spécifique, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan culturel pour Bruxelles.

Cet appel s'adresse aux opérateurs culturels, éducatifs, sociaux, aux maisons de quartier, associations et opérateurs socioculturels, ainsi qu'aux opérateurs de la cohésion sociale et de la prévention dont le siège social est basé sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, et qui souhaitent s'inscrire de manière volontariste dans la mise en œuvre du Plan culturel pour Bruxelles.

Il s'agira concrètement de soutenir les projets qui s'inscrivent dans l'un des axes suivants :

  • la participation à la vie culturelle et artistique du plus grand nombre ;
  • la promotion de la diversité propre à la Région bruxelloise au sein des programmes, des équipes artistiques et techniques, des publics ;
  • la lutte contre le discours de haine et la promotion du dialogue interculturel.

L'opérateur doit aussi s'engager à faire aboutir son projet entre le 1er octobre et le 31 mars 2016.

Les subsides sont accordés avec un minimum de 5.000 euros et un maximum de 20.000 euros par projet. Les dossiers de candidature sont à remettre pour le 15 août. La sélection s'opérera sous la responsabilité d'un jury composé d'une dizaine de personnes issues du secteur culturel.

Ce projet est bel et bien différent de celui que M. Doulkeridis a mis en évidence, notamment par l'attribution d'un prix de la diversité aux trois opérateurs qui auront intégré avec le plus d'originalité et de succès le critère de la diversité au sein de leur programmation, de leurs équipes techniques et artistiques ou de leur public. Ces prix devront être affectés au développement de projets culturels en lien avec la notion de diversité, laquelle doit s'entendre dans son acception la plus large et intégrer toutes les catégories de population bruxelloises en fonction de l'âge, du sexe, de l'orientation sexuelle, de l'état de santé, des convictions philosophiques ou religieuses... L'attribution de ces prix s'effectuera au mois d’octobre sur la proposition d'un jury indépendant, qui devrait être désigné assez rapidement. L'appel à projets et la remise du prix de la diversité constituent donc bien des opérations différentes, mais largement complémentaires.

L'état d'avancement de la cartographie de l'offre culturelle est une question récurrente. Ce projet est d'ores et déjà sur les rails, puisque la Région de Bruxelles-Capitale et la Cocof ont chargé l'Agence de développement territorial pour la Région de Bruxelles-Capitale (ADT) de réaliser cette cartographie de l'offre bruxelloise. Un travail avait également été déjà réalisé lorsque j'avais lancé, au niveau de la Communauté française, le dispositif de développement territorial culturel. Le territoire de la Région bruxelloise avait été le premier à être analysé, suivi des treize territoires wallons, mais l'ADT va plus loin, en mettant en évidence et classant les équipements culturels en sept catégories : arts de la scène et du spectacle, cinémas subventionnés, musées et salles d'exposition, centres culturels et artistiques, centres de prêt et de documentation, espaces publics numériques et multimédias et formation à la culture via des ateliers ou des stages.

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que l'inventaire ne porte que sur les équipements et services accessibles au public et qui sont reconnus, agréés et/ou subsidiés par les pouvoirs publics bruxellois, communautaires, fédéraux. A contrario, l'inventaire réalisé ne reprend ni les équipements non accessibles au public ni les équipements privés. La finalisation de cette cartographie est prévue au printemps 2016.

Quant à la base de données "Espaces pluriels", qui reprend le guide des espaces à caractère culturel et événementiel de la Région bruxelloise dans un but pratique, j'aurai précisément l'occasion de m'entretenir tout prochainement avec mon homologue à la Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC), Pascal Smet. J'ai de bonnes raisons de penser que celui-ci sera favorable à la création d'un guide pratique des lieux culturels qui soit partagé entre francophones et néerlandophones.

Je pense à cet égard qu'il s'agirait d'un signal politique positif pour Bruxelles, et que ce guide devrait bénéficier largement aux artistes issus des deux Communautés.

La réalisation de cet outil commun nécessite toutefois la signature d'un accord de coopération entre la Cocof et la VGC, sur la base du modèle qui a servi à la conclusion de l'accord de coopération entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Communauté flamande. Je ne doute pas que nous parvenions rapidement à créer le cadre juridique adéquat pour mettre en place ce type de collaboration structurelle entre nos deux instances, dans l'intérêt de tous les Bruxellois.

Par ailleurs, je voudrais dissiper un malentendu concernant la mise en place d'une instance de concertation entre les différents pouvoirs publics compétents à Bruxelles en matière culturelle. S'il est vrai que j'ai toujours soutenu avec force la mise sur pied d'une telle structure, je considère que l'initiative en revient très largement au ministre-président de la Région bruxelloise. En effet, c'est lui qui dispose de toute la légitimité pour rassembler autour de lui l'ensemble des pouvoirs publics compétents tant du côté francophone que néerlandophone. Je ne doute pas non plus que ce nouveau mode de concertation permanente pour la promotion d'une gouvernance culturelle cohérente et intégrée puisse également aboutir dans les prochains mois, même si j'ai beaucoup entendu les ministres de la Culture de la Communauté flamande et de la Fédération Wallonie-Bruxelles vouloir jouer ce rôle.

Pour ma part, j'estime que la Région bruxelloise n'est pas sous la tutelle des Communautés. La Région peut, notamment sur la base de ses nouvelles compétences culturelles, jouer ce rôle de levier au niveau de la concertation. C'est donc son ministre-président qui doit actionner toutes les entités et toutes les instances qui ont un champ de compétences culturelles dans notre Région pour éviter que nous soyons soumis à un niveau de pouvoir qui ne pourrait pas ressentir et donc servir notre spécificité culturelle.

Enfin, M. Doulkeridis, vous me questionnez sur la manière dont je compte organiser la concertation avec les principaux acteurs quant à la mise en œuvre du Plan culturel pour Bruxelles. Je dois vous rappeler que cette concertation a déjà eu lieu. Vous vous rappelez certainement qu'une dizaine d'opérateurs culturels ont été entendus au Parlement francophone bruxellois en 2010 et 2011. Ensuite, nous avons entendu le pool universitaire ULB/Saint-Louis, qui était chargé de l'élaboration du rapport préparatoire à la rédaction du Plan culturel et qui, lui-même, a auditionné un très large panel d'intervenants culturels et politiques.

Je peux donc affirmer avec certitude que le Plan culturel pour Bruxelles a fait l'objet d'un très grand rayonnement et est avant tout le résultat d'une très vaste consultation et concertation du secteur culturel bruxellois dans son ensemble, et qu'il appartient désormais sur cette base aux pouvoirs publics de le mettre en œuvre.

Concernant le tourisme et le projet de faire de 2015 l'Année de la culture, vous savez que le tourisme a été régionalisé. Nous n'en avons donc plus la compétence. Quant à la culture, je reste persuadée qu'elle constitue un secteur qu'il convient sans cesse de valoriser. Je ne suis donc pas certaine qu'il faille lui donner un temps ou une période précise. Elle est transversale à toutes les politiques et est nécessaire à la réalisation d'un projet de cohésion et de vivre/faire ensemble. Chaque année, la culture doit donc être constituée comme une priorité et actionnée comme telle. À cet égard, le Plan culturel pour Bruxelles permettra de lui donner ce rayonnement, en tout cas en Région bruxelloise. Il doit donc être actionné par toutes les entités et tous les pouvoirs publics afin de déployer plus de cohésion sur leurs territoires respectifs.

M. El Ktibi a, quant à lui, mis en évidence le fait que le PS était très attentif aux politiques culturelles et à tous les projets destinés aux publics plus fragilisés. Vous savez que cela constitue l'une des priorités de la Cocof. Il s'agit pour elle de rendre la culture la plus accessible à tous, y compris aux populations fragilisées et aux publics qui y ont moins accès (personnes âgées, personnes en situation de handicap, jeunes, etc.). La plupart des politiques mises en œuvre, tant dans le cadre du Plan culturel pour Bruxelles que dans celui des budgets ordinaires, ont cette vocation de mettre l'accent sur ces derniers. La sélection des projets se fait bien sûr avec la plus grande objectivité.

M. Van Goidsenhoven, j'ai indirectement répondu à la question de la task force et j'estime donc que le champ de compétences et d'actions relève essentiellement du ministre-président de la Région bruxelloise. Toutefois, je serai évidemment une partenaire loyale et active, car je pense que nous avons tous intérêt à nous parler et à parler de la même voix pour développer des projets à Bruxelles. Les concertations existent déjà avec mes collègues Rudi Vervoort et Pascal Smet et nous avons régulièrement l'occasion de partager nos projets pour l'avenir.

Mme Persoons, je pense que vous avez obtenu la réponse que vous souhaitiez concernant les délais et l'appel à projets. De toute façon, toutes les informations sont disponibles sur le site de la Cocof.

Enfin, Mme la présidente, depuis que j'ai été nommée à la Cocof il y a bientôt un an, nous avons vraiment mené un travail de fond et de contact avec l'ensemble des opérateurs culturels actifs sur le territoire de la Région bruxelloise et qui perçoivent nos subventions. Nous avons tenté de définir, avec eux, une nouvelle base de travail pour l'ensemble de cette législature afin de développer et d'ouvrir les perspectives.

Personnellement, j'estime qu'il faut les ouvrir au maximum, par exemple à la Maison de la francité, qui constitue un opérateur phare pour notre institution. Il faut vraiment que les citoyens s'approprient cette maison et que, grâce aux projets relatifs à la francité et à la francophonie, ils se persuadent qu'elle est aussi la leur.

Nous avons donc dialogué avec l'ensemble des acteurs pour faire en sorte que la culture soit la plus accessible possible et que l'offre soit la plus importante possible. Bien sûr, les moyens sont limités et nous connaissons tous la situation financière de la Cocof. Néanmoins, au-delà de la Cocof, la Région de Bruxelles-Capitale développe des projets qui, même s'ils sont biculturels, sont eux aussi susceptibles de rayonner. Je pense notamment à l'installation du musée du Chat, le dernier dossier traité par Rudi Vervoort au niveau du gouvernement bruxellois. Ce projet singulier offrira un rayonnement important et symbolique à notre Région. Il me paraît utile de souligner l'importance de ce type de partenariats.

M. du Bus de Warnaffe, concernant les contacts avec d'autres entités, j'ai des contacts privilégiés avec Pascal Smet et Rudi Vervoort, mais aucun avec la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce n'est pas indispensable, mais c'est dommage. En effet, nous devons chaque fois supporter les décisions de la Fédération Wallonie-Bruxelles parce qu'il n'y a pas de concertation, comme dans le cas de la diminution d'un certain nombre de budgets à cause de la situation économique difficile. Ainsi, le Centre international pour la ville, l'architecture et le paysage (CIVA) s'est dernièrement vu complètement supprimer ses budgets sans véritable concertation. La ministre n'est même pas venue à la réunion prévue hier au cabinet du ministre-président ! C'est un peu dommage et je préfère le dire, car je trouve cette situation très désagréable.

Avec Mme Sleurs, je n'ai pas de contacts non plus, sauf lors de la fameuse réunion organisée par les médias et où nous avons reçu des communications. Il n'y a pas eu d'autre contacts par ailleurs, mais ce n'est pas non plus indispensable.

Nous travaillons régulièrement à la simplification administrative. C'est vrai que la première année, nous n'avons pas eu l'occasion de réaliser tout le travail parce que notre administration était déjà très sollicitée. Mon intention est vraiment de simplifier la vie des opérateurs et donc de travailler davantage sur la base de conventions et de contrats-programmes, quand c'est possible, car tous les projets ne sont pas des projets récurrents. Les projets ponctuels doivent quant à eux pouvoir continuer à exister. Les soutiens doivent pouvoir se faire, mais pour tous les projets récurrents, j'estime qu'il faudrait qu'on améliore un peu plus nos relations contractuelles pour faire en sorte que l'opérateur ne doive à chaque fois déployer une énergie démesurée pour renouveler sa subvention.