L’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, a choisi de consacrer la journée mondiale sans tabac du 31 mai 2010 aux femmes et jeunes filles en raison de l’augmentation préoccupante de la prévalence du tabagisme parmi elles.
À cette occasion, l’UCL a présenté ses résultats de la recherche sur le tabac, et en particulier ceux d’une étude qui traite du syndrome de manque développé par les nouveau-nés de mères fumeuses au cours de premiers jours de leur vie.
Le Dr Véronique Godin a suivi dix-sept femmes enceintes fumant plus de dix cigarettes par jour et seize femmes enceintes non fumeuses, ainsi que leurs bébés respectifs jusqu’à cinq jours après leur naissance.
Les dégâts de la cigarette sur les nouveau-nés sont effroyables et vont bien au-delà de ce qu’on pouvait supposer. Cette étude a démontré que les nouveau-nés exposés au tabagisme maternel durant la grossesse présentaient des syndromes de sevrage au cours de leurs cinq premiers jours de vie : des troubles du sommeil, des régurgitations plus fréquentes, du stress et de l’excitabilité. De plus, les nourrissons des fumeuses pèsent en moyenne 400 grammes de moins, ont de moins bons résultats aux tests neurologiques et on retrouve de la cotinine, un marqueur de la nicotine, dans le sang de leur cordon ainsi que dans leurs urines.
Enfin, l’exposition précoce à la nicotine sensibilise l’enfant à devenir lui-même un fumeur. Lorsqu’à l’adolescence, il essaie sa première cigarette, la nicotine réactive les récepteurs dans son cerveau, le rendant très vite dépendant.
Le tabagisme maternel durant la grossesse représente un handicap important pour la santé et l’espérance de vie de l’enfant à naître. En outre, il ne s’agit pas d’un problème marginal puisque 45% des 18-25 ans fument régulièrement et 18% des femmes enceintes n’arrivent pas à arrêter de fumer pendant leur grossesse. Il faut aussi tenir compte que les personnes défavorisées ayant acquis un moindre niveau scolaire souffrent encore plus que d’autres d’une assuétude à la nicotine.
Ainsi 7%des femmes enceintes d’un niveau de revenus élevés fument, contre 35 % dans les milieux socio-économiques moins favorisés.
Sous la législature précédente, la ministre Catherine Fonck avait lancé des campagnes de prévention pour la tolérance zéro de l’alcool en période de maternité. À l’annonce de ces résultats, ne pensez-vous pas qu’il serait opportun d’en faire de même avec le tabac ?
Le Fares, avec le soutien du SPF de la Santé publique et de l’Inami, a formulé une série de recommandations pour les jeunes mères. Ne pensez-vous pas utile que la Communauté française s’associe à ces messages de prévention et de promotion de la santé ? En effet, si les gynécologues sont des relais importants pour la lutte contre le tabagisme périnatal, les consultants de l’ONE peuvent toucher les publics les plus défavorisés. Des contacts ont-ils été pris avec votre collègue, le ministre de l’Enfance ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – L’étude réalisée par Véronique Godin de l’UCL confirme les effets néfastes sur la santé du bébé du tabagisme de la future mère. En outre, comme vous l’avez indiqué, l’étude constate aussi que l’exposition précoce des bébés à la fumée les sensibilise à devenir des fumeurs rapidement dépendants dès l’expérimentation des premières cigarettes.
Cela fait longtemps que l’on sait que fumer pendant la grossesse a des effets sur les bébés ?
Un rapport de juin 2008 du centre fédéral d’expertise, le KCE, sur la prise en charge du sevrage tabagique a montré que si des femmes arrêtent de fumer avant la grossesse ou pendant les trois ou quatre premiers mois, le risque d’avoir un bébé avec un poids réduit à la naissance diminue jusqu’à atteindre celui du niveau des femmes n’ayant jamais fumé.
Bien qu’il faille favoriser l’arrêt du tabagisme chez les futures mères, le principe de tolérance zéro n’a guère de sens. Il faut proposer des réponses réalistes qui soient en adéquation avec les décisions des futures mères. Nous savons tous que certaines arrêteront de fumer, d’autres réduiront leur consommation et les troisièmes n’arrêteront pas.
Il convient donc d’offrir des structures d’aide et un accompagnement ad hoc aux futures mères. Il existe un programme de prise en charge comprenant huit consultations par grossesse destiné à aider les femmes enceintes à arrêter de fumer.
Elles sont assurées par un tabacologue, docteur en médecine ou professionnel de la santé, spécialisé dans le sevrage tabagique. Il suffit que la femme demande une attestation de grossesse au gynécologue qui la suit afin que ces séances soient remboursées par sa mutualité.
Les équipes d’accompagnement des futures mères les incitent à réduire au tant que possible leur consommation. Il faut garder à l’esprit que de nombreux facteurs influencent la consommation de tabac.
La connaissance des risques ne suffit malheureusement pas pour arrêter de fumer, c’est pourquoi il faut accompagner les femmes enceintes dans leur démarche de modification de leur comportement tabagique. Le Fares, soutenu par l’Inami et le SPF de la Santé publique, travaille dans ce sens en sensibilisant et en formant des gynécologues, des médecins généralistes, des sages femmes et d’autres acteurs de la petite enfance.
Il est utile que la Communauté française s’associe aux messages de prévention du tabagisme. Elle est d’ailleurs déjà associée au projet du Fares via l’ONE.
Nous disposons de données statistiques sur le comportement des jeunes en âge scolaire grâce à l’enquête sur le Help behaviour school children et à l’enquête belge de santé. L’enquête Help behaviour school children fait état chez les douze à vingt ans d’une différence de consommation entre les filles et les garçons. Les garçons ont tendance à fumer davantage et plus tôt que les filles. Cette tendance se retrouve dans les tranches d’âge plus élevées. Par contre, entre quinze et dix-sept ans, la quantité hebdomadaire de cigarettes consommées est similaire, quel que soit le sexe du fumeur.
L’enquête de santé 2008 sur les jeunes de plus de quinze ans montre qu’à Bruxelles et en Région wallonne, les femmes fument moins que les hommes. Néanmoins, l’écart entre les deux groupes tend à se réduire en Région wallonne. La proportion d’hommes qui fument diminue, alors que le pourcentage de fumeuses reste stable. En Région bruxelloise, le pourcentage de fumeurs a diminué dans les deux groupes.
L’article 13 de la convention-cadre de la lutte anti-tabac relative à la publicité en faveur du tabac, la promotion et le parrainage, est parfaitement respecté. Par ailleurs, les recommandations de l’OMS sur l’interdiction complète de la publicité, de la promotion et du parrainage sont bien suivies. Même si cela ne relève pas de mes compétences, je note que l’interdiction concerne aussi bien les femmes que les hommes en Belgique. Actuellement, les actions de promotion de la santé visant la prévention du tabagisme ne ciblent pas les femmes en particulier. Toutefois, les responsables sont attentifs aux groupes auxquels ils s’adressent et veillent à adapter leur approche et leur message.
Les habitudes tabagiques des filles ne sont pas une véritable nouveauté. Les acteurs de terrain en sont conscients et en tiennent compte. Dans ma politique, je veillerai à ce que les responsables de la promotion de la santé y restent attentifs.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je remercie la ministre de sa réponse assez complète. Toutefois, je n’ai pas eu de réponse sur d’éventuels contacts avec le ministre Nollet.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Des contacts sont évidemment pris pour la diffusion des informations auprès des professionnels de la santé. Je l’ai d’ailleurs indiqué dans ma réponse mais il n’y a pas encore de projet concret. Nous sommes en début de législature, la discussion est en cours, des projets devraient voir le jour prochainement.
Je progresse dans les dossiers de promotion de la santé, en concertation avec M. Nollet et Mme Huytebroeck. Toutes ces compétences sont liées, nous travaillons donc en étroite collaboration.