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Procès de journalistes turcs: proches du PKK? Le soir, 23 avril 2013

Soumis par andredubus le

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Procès de journalistes turcs: proches du PKK? Le Soir, 23 avr. 2013, Page 9

Une délégation non officielle de trois parlementaires belges, Jean-Claude Defossé (Ecolo), Fatoumata Sidibé (FDF) et André du Bus (CDH), s'est rendue en Turquie pour assister à la reprise des audiences de l'affaire «KCK Presse». Le journaliste indépendant Mehmet Koksal, vice-président de l'Association des Journalistes professionnels, a accompagné la mission belge ...

Une délégation non officielle de trois parlementaires belges, Jean-Claude Defossé (Ecolo), Fatoumata Sidibé (FDF) et André du Bus (CDH), s'est rendue en Turquie pour assister à la reprise des audiences de l'affaire «KCK Presse». Le journaliste indépendant Mehmet Koksal, vice-président de l'Association des Journalistes professionnels, a accompagné la mission belge sur le terrain. 44 journalistes – dont 24 détenus – sont jugés pour appartenance au PKK, une organisation clandestine militant pour une plus grande autonomie du Kurdistan, considérée comme terroriste par le gouvernement.

Les prévenus, pour la plupart employés par des médias kurdes comme l'agence de presse Dicle , les quotidiens Özgür Gündem et Azadiya Welat , sont accusés de liens avec l'Union des communautés kurdes (KCK), jugée comme la branche urbaine du PKK par les autorités turques. Les audiences ont lieu à l'intérieur de la gigantesque prison spéciale de Silivri, près d'Istanbul. A la stupeur des parlementaires belges, l'acte d'accusation a été lu par une journaliste vedette de la télévision publique turque. « C'est dire à quel point la télévision publique turque est aux mains du pouvoir en place », s'est insurgé Jean-Claude Defossé.

Le procès reprend à moment charnière, un mois après la déclaration d'Abdullar Oçalan, leader du PKK qui a affirmé vouloir en finir avec la lutte armée et souhaiter entrer dans un processus de négociation avec le pouvoir turc en échange d'une reconnaissance de la réalité kurde. Erdogan a répondu favorablement à cette première démarche. Reste à savoir si les déclarations du Premier ministre seront accompagnées d'actes concrets, mais beaucoup espèrent que la reprise des pourparlers entre le gouvernement et le PKK aboutira à la libération de plusieurs journalistes. Le gouvernement turc a par ailleurs adopté un quatrième paquet de réformes judiciaires grâce auquel les inculpés ont pu dès ce lundi, et ce pour la première fois, se défendre en langue maternelle kurde avec l'aide d'interprètes turcs, avec l'autorisation du magistrat de l'application de la nouvelle disposition.

De ce procès, André du Bus retire deux sentiments: « Une impression de violence dès le début de l'audience , explique-t-il. Une violence dans l'organisation même du système judiciaire: il y avait de nombreux gendarmes casqués, habillés de guêtres, parés de boucliers et munis de matraques longues d'un mètre. La deuxième impression est celle d'une forme de fragilité malgré tout. On a le sentiment d'assister à un jeu qu'il faut cependant prendre très au sérieux, mais dont les tendances peuvent s'inverser, et ce à n'importe quel moment. En assistant à la reprise de ce procès, nous avions tous l'impression d'assister à une sinistre farce, un jeu cousu de fil blanc dont il faut cependant se méfier. » Un jeu dont les règles peuvent changer du tout au tout, mais seulement avec le feu vert du pouvoir.

Sur les 44 journalistes, douze d'entre eux encourent jusqu'à 22 ans et demi de prison en tant que « dirigeants d'une organisation terroriste ». Les autres risquent jusqu'à quinze ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». Le procès s'est déroulé dans le calme, suivi par des dizaines de familles, des militants et organisations de la liberté de la presse ainsi que des journalistes européens venus soutenir leurs confrères. Interrogés par la presse locale, les journalistes étrangers n'ont pas pu donner de longues interviews, rapidement recadrés par la police qui veillait.

En Belgique, le Sénat et le parlement de la fédération Wallonie Bruxelles ont adopté des propositions de résolution pour exprimer l'inquiétude des parlementaires au sujet des atteintes à ces libertés fondamentales dans plusieurs pays candidats à l'adhésion, dont la Turquie. En cours depuis 2005, la procédure d'adhésion à l'Union européenne fait débat. Bruxelles refuse de considérer une date limite pour une adhésion définitive d'Ankara. Dans ces conditions, l'adhésion du pays à l'Union européenne reste aujourd'hui, et ce plus que jamais, incertaine.

Florence Delpit (st.)

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