Interpellation à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Madame la ministre, le 12 mars dernier, je vous interpellais sur les politiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, et plus précisément sur les projets communaux très pertinents que vous souteniez depuis plusieurs années. À cette occasion, je vous rappelais les principes fondamentaux de la promotion de la santé qui visent une approche globale et la mise en oeuvre de mesures transversales.
M. Morel vient d’évoquer les appels à projets que vous aviez lancés depuis 2000 aux communes et CPAS. En 2013, vous avez annoncé la décision d’arrêter ces subventions ponctuelles pour des raisons budgétaires. L’asbl Sacopar a organisé un forum sur les projets communaux de santé.
Quel bilan tirez-vous de ces trois années de projets locaux de promotion de la santé, soutenus notamment par l’asbl Sacopar ? Prévoyez-vous des concertations avec vos homologues des différents niveaux de pouvoir afin de promouvoir les initiatives locales visant à promouvoir la santé des citoyens de manière globale et transversale ?
Lors de mon interpellation de mars, vous annonciez que l’administration fédérale venait d’organiser avec les autres entités un large groupe de concertation chargé d’émettre des recommandations sur les inégalités sociales dans le domaine de la santé. Les projets locaux précités ont-ils alimenté cette discussion ? Étant donné que les budgets alloués aux projets de promotion de la santé proviennent en partie de ressources locales, nous ne pouvons ignorer le contexte économique difficile.
Quel avenir réservez-vous à la promotion de la santé au niveau communal ? Durant ces trois années vous avez soutenu une centaine de projets. Y a-t-il une continuité ? Envisagez-vous d’en pérenniser certains malgré les difficultés financières actuelles ?
Mme Fadila Laanan,ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – J’ai effectivement lancé aux communes, aux CPAS de Wallonie et de Bruxelles trois appels à projets visant la réduction des inégalités sociales et de santé. Nous avons subventionné cent trente-neuf projets portant sur trois thématiques principales : les attitudes saines, la consommation responsable d’alcool et le bien-être dans l’habitat.
Comme vous le soulignez, il est trop tôt pour mesurer l’impact de ces projets communaux sur la santé des habitants. Par contre, grâce à ces trois appels à projets, des élus et acteurs locaux se sont mobilisés autour des questions de santé et de qualité de vie de leurs habitants. En outre, de nombreuses dynamiques locales ont émergé.
J’ai demandé à l’asbl Sacopar une évaluation du processus et de la dynamique mise en place.
Cette association a élaboré un questionnaire en concertation avec les centres locaux de promotion de la santé ; ce document a été soumis en octobre dernier à toutes les communes et CPAS subsidiés. L’analyse montre que les projets financés ont permis de réaliser de nouveaux projets qui ne pouvaient se mettre en place auparavant, faute de moyens ; d’améliorer l’offre de services aux citoyens ; de créer des partenariats entre professionnels de la santé au niveau local ; de réaliser une meilleure analyse des besoins de la population locale..
Le manque de soutien des édiles communaux et l’absence de perspectives financières sont les deux principaux freins mentionnés par les opérateurs de terrain. Quant à l’ancrage des projets communaux, il faut savoir qu’environ deux tiers des projets subsidiés ont continué leur action au-delà du financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Cette année encore, j’ai eu l’occasion de rencontrer les porteurs de projets lors d’un forum qui s’est déroulé le 24 mai à Bruxelles. Lors de cette journée, les opérateurs ont exprimé leur souhait de multiplier les rencontres avec les partenaires travaillant sur le même territoire. Afin de répondre à leur demande et de soutenir la dynamique d’ensemble, j’ai chargé les responsables de l’asbl Sacopar et des centres locaux de promotion de la santé d’organiser quatre matinées décentralisées d’échanges. Elles auront lieu à Bruxelles, à Liège, à Mons et à Namur, à la fin de l’année.
Quant à la suite réservée à l’appel à projets, au-delà du contexte budgétaire limité, j’estime qu’il est temps d’amorcer un tournant important et de passer à l’étape de consolidation et de pérennisation des initiatives mises en place depuis 2010. Je plaide donc pour que tous les projets initiés ces trois dernières années restent une priorité locale et continuent à se développer. Certains projets financés précédemment avaient un caractère plus ponctuel, plus circonscrit dans le temps, et ne nécessitent pas forcément un nouveau subside à ce stade.
J’espère cependant que les autorités communales auront à coeur de les renouveler et d’en initier d’autres grâce au développement des dynamiques locales de promotion de la santé suscitées par les appels à projets. En revanche, quelques projets plus ambitieux devront bénéficier du soutien financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour continuer à se développer et atteindre leurs objectifs.
Sur le plan budgétaire, j’ai prévu de dégager un montant de cent cinquante mille euros pour soutenir les projets les plus pertinents et prometteurs en matière de prévention de consommation excessive d’alcool et de promotion de la santé et des attitudes saines. Les promoteurs des projets sont invités à introduire une demande de subvention pour la fin du mois d’août. Cette dernière devra être introduite selon un canevas pré-établi. Elle sera examinée par mon administration et une commission d’avis. Toutes les informations utiles sont disponibles sur le site www.sante.cfwb.be.
De plus, je continuerai à soutenir les projets locaux qui poursuivront leurs actions de promotion de la santé en vue de réduire les inégalités sociales de santé. Concrètement, les promoteurs pourront continuer à faire appel à un centre local de promotion de la santé pour bénéficier d’une aide méthodologique ou de ressources en matière de prévention et de promotion de la santé. Les centres locaux de promotion de la santé continueront à encourager le développement de partenariats, l’intersectorialité et la participation communautaire.
Enfin, institutionnaliser la promotion de la santé au niveau communal représenterait certainement une plus-value pour lutter contre les inégalités sociales en matière de santé. Je plaide évidemment pour étendre la promotion de la santé dans toutes les communes.
Je conclurai en évoquant les enseignements que nous pouvons tirer de ce qui a été fait. Pour synthétiser, je citerai la mise en place de réseaux, le développement de partenariats et l’amélioration de la transversalité. J’estime que ce sont là les premiers enseignements que nous pouvons tirer des opérations déjà réalisées.