Interpellation adressée à Madame la Ministre-Présidente COCOF, Fadila Laanan
Mme la présidente.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH).- Mme la ministre-présidente, vous étiez il y a quelques mois encore ministre de la Santé à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons à plusieurs reprises échangé des propos quant à l'intérêt et l'importance de la valeur thérapeutique de l'exercice physique et du sport.
Je plaide aujourd'hui pour que la ministre des Sports que vous êtes puisse élargir le spectre de sa réflexion à l'intérêt de la pratique d'une activité sportive ou d'une activité physique régulière pour chacun, dans le champ de la prévention et de la promotion de la santé.
Je prends pour exemple l'initiative prise récemment par l'UCL dans le cadre du traitement et de l'accompagnement des personnes souffrant du cancer du sein. Cette initiative consiste en une activité physique régulière encadrée, dont la pratique démontre que le risque de récidive est réduit de 50%.
Décloisonnons le sport et la promotion de la santé pour que l'un et l'autre avancent de concert en se renforçant mutuellement et en délivrant un message simple et clair à l'intention de toute la population : faites de l'exercice physique quotidiennement !
(Applaudissements)
Mme la présidente.- La parole est à Mme Rousseaux.
Mme Jacqueline Rousseaux (MR).- Le sport, c'est l'égalité, la discipline, l'esprit d'équipe, le respect des autres et la santé. C'est aussi l'école de l'effort et la découverte de la joie de récolter le fruit de ses efforts.
Je voudrais que tous les animateurs de clubs sportifs et tous ceux qui encadrent les enfants insistent régulièrement sur le fait que le goût de l'effort et le sens de la discipline sont valables dans toutes les occasions de la vie, notamment dans les études et, plus tard, dans les activités professionnelles.
Je suis très surprise de voir que les parents sont toujours au bord des terrains pour prodiguer leurs encouragements aux enfants, mais négligent de le faire pour l'école. Comme si ce n'était pas intéressant !
Je suis désolée de voir qu'au fil du temps, on est de moins en moins exigeant dans les écoles. Comme si les enfants, quels qu'ils soient, pouvaient être des champions sur les terrains de sport et n'être à l'école que de pauvres malheureux à choyer, sans jamais avoir de mauvais points ou d'échecs. D'ailleurs, on a presque supprimé les points et les appréciations sont de plus en plus floues.
(Rumeurs)
Cela a tout à voir ! C'est un état d'esprit !
M. Hamza Fassi-Fihri (cdH).- Cela n'a rien à voir avec le sujet de l'interpellation !
(Rumeurs)
Mme Jacqueline Rousseaux (MR).- Je voudrais que les animateurs sportifs qui encadrent les enfants insistent sur le fait que ce sens de l'effort et ses satisfactions s'appliquent aussi dans les autres domaines, et notamment dans le domaine scolaire. Cela me semble le meilleur vecteur pour induire ce sens de l'effort à l'école.
(Applaudissements sur les bancs du MR)
Mme la présidente.- La parole est à M. Cerexhe.
M. Benoît Cerexhe (cdH).- J'ignore si, en déposant son interpellation, mon collègue s'attendait à ce qu'il suscite autant d'intérêt. C'est en tout cas positif.
M. Abdallah Kanfaoui (MR).- Je me réjouis de l'intérêt de mes collègues pour cette matière.
M. Benoît Cerexhe (cdH).- La Fondation Constant Vanden Stock ne concerne pas du tout le sport d'élite. Il s'agit au contraire de travailler avec des jeunes dans les quartiers qui, pour des raisons sociales ou financières, n'ont pas les moyens de s'inscrire dans un club et de payer une cotisation pour pratiquer régulièrement un sport.
C'est tout l'intérêt de ce projet : il permet aux jeunes des cités de pouvoir pratiquer le football avec un entraîneur diplômé. Nous sommes loin du sport d'élite. Ce projet est doublé d'un accompagnement scolaire qui est organisé par les éducateurs, les assistants sociaux, etc.
(Colloques)
M. Benoît Cerexhe (cdH).- Nous sommes très loin d'un projet élitiste.
Je rappelle également que l'accès au sport est un droit fondamental de l'enfant, consacré par les conventions internationales. Il est de notre devoir, en tant que pouvoir public, de permettre à chacun d'avoir accès à une discipline sportive. Vous avez souligné les efforts de la Région et de la Cocof au niveau du développement des infrastructures sportives.
Le nombre de terrains synthétiques aménagés en Région bruxelloise au cours des dix dernières années démontre les efforts considérables consentis par les instances régionales en faveur du développement des infrastructures sportives. Tous ceux qui travaillent dans les communes le savent, car il s'agit toujours de partenariats entre les communes et la Région, ou entre les communes et la Cocof.
Toutefois, nous devons intensifier encore notre action dans ce domaine. Je suis favorable à la tenue d'un débat général sur le sport. La proposition de M. Courtois mérite d'être soutenue. Le lien entre sport et école et le celui entre sport et santé sont autant de sujets intéressants, susceptibles d'alimenter les débats de notre assemblée au cours des prochains mois.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité)
Mme la présidente.- La parole est à Mme Laanan.
Mme Fadila Laanan, ministre-présidente.- Je ne m'attendais pas à ce que l'interpellation de M. Kanfaoui relative au sport suscite un tel nombre d'interventions. C'est dire si le sujet passionne et cela justifie qu'il soit considéré comme prioritaire dans la déclaration de politique générale de la Cocof. Les actions prévues dans l'accord de majorité montrent que le sport est l'un des domaines qui focalisent le plus l'attention.
Il y a trois mois à peine que ce gouvernement a été mis en place. Nous disposons donc de cinq ans pour mettre en œuvre l'ensemble de ses priorités et pour faire en sorte que l'accès aux pratiques sportives devienne une réalité pour tous, dans toutes les communes et dans tous les quartiers de notre Région, qu'il soient aisés ou défavorisés.
L'accord de majorité du gouvernement francophone bruxellois entend promouvoir le sport pour tous. À ce propos, je tiens à préciser que le cadastre du sport en Région de Bruxelles-Capitale est un outil indispensable à la mise en œuvre d'une politique sportive juste et efficace. Celui-ci nous confirme, vous le savez tous, l'existence d'inégalités dans l'accès à la pratique d'un sport.
Vous conviendrez que le fait de s'adonner à un sport devrait être possible pour chacun d'entre nous. C'est d'ailleurs l'un des éléments qui ont évoqués par la plupart des intervenants. Or, comme M. Kanfaoui l'a relevé, il existe bon nombres de disparités d'accès à la pratique sportive, notamment pour nos jeunes issus de quartiers ou de milieux défavorisés.
Cela ne vous étonnera donc pas si je vous dis que l'un de mes objectifs sera précisément de combattre ces disparités, pour élargir le nombre de bénéficiaires des joies et des bienfaits du sport. Car le sport participe grandement à la socialisation des individus. En effet, c'est notamment par ce biais que certains jeunes et moins jeunes s'imprègnent des règles sociales, acquièrent des valeurs fondamentales ou encore entament une démarche individuelle d'insertion. Tout le monde s'accorde à dire que c'est là une réalité.
L'activité sportive a donc incontestablement un rôle à jouer dans la société. C'est pourquoi, mon gouvernement entend promouvoir les projets sportifs qui comportent un aspect pédagogique de socialisation. Cet aspect a aussi été relevé par l'ensemble des intervenants.
Le projet Éducasport, par exemple, a pour vocation de soutenir le jeune sportif issu d'un milieu défavorisé. Ce soutien se déploie dans ses démarches et projets personnels, via un encadrement adapté et un accompagnement scolaire.
Cette structure pilote rassemble une vingtaine de clubs sportifs bruxellois, soit plus ou moins 3.000 jeunes, des écoles de devoirs, des organismes d'insertion professionnelle, des centres d'information pour la jeunesse et bien d'autres acteurs, autour d'un même objectif : soutenir les jeunes sportifs issus de milieux défavorisés.
Par ailleurs, notre étroite collaboration avec le Sporting club d'Anderlecht s'étend à plusieurs dossiers. Je pense notamment aux humanités sportives à l'institut Redouté Peiffer, qui permettent à des jeunes issus de nos quartiers de pratiquer le football en milieu scolaire. Cet enseignement dépend de la Cocof et 160 jeunes y sont inscrits. J'ai eu l'occasion de rencontrer les intervenants qui soutiennent ces études de football. Au-delà de la dimension sportive, ils insistent aussi sur la scolarité et le suivi scolaire.
Dernièrement, j'ai reçu des initiateurs de projets qui visent à créer un soutien sous forme d'école de devoirs en fin de journée, afin d'aider ces jeunes qui s'entraînent à accéder à une remédiation scolaire dans les matières qui leur sont plus difficiles. Ce type de soutien est essentiel au bien-être de ces jeunes, pour qu'ils soient aussi bons sur un terrain qu'en classe.
Nous essayons de les sensibiliser au fait que disposer d'un talent particulier ou faire partie de l'élite sportive permet certes de rêver d'un avenir formidable, mais qu'en même temps, il ne faut pas oublier qu'un diplôme est essentiel.
Sans verser dans la caricature évoquée par Mme Rousseaux, on ne peut pas être bon sur un terrain et mauvais à l'école. La pratique d'un sport permet d'améliorer les capacités et la rigueur que l'on doit avoir en classe. L'effort à déployer est identique, qu'il s'agisse de la scolarité, dans les compétences et savoirs de base, ou de la pratique du sport.
Concernant le projet de la Fondation Constant Vanden Stock, je vous confirme que nous sommes évidemment ouverts à toute forme de collaboration. C'est un vrai projet de développement pour les jeunes, plus particulièrement ceux issus de quartiers ou de ménages défavorisés. Pour répondre à M. Kompany, selon moi, un jeune peut habiter dans une commune riche, mais vivre dans un ménage défavorisé.
Parmi les partenaires du projet de la fondation figurent plusieurs communes qui jouissent d'une meilleure situation financière que d'autres et qui sont associées parce qu'elles comptent aussi des jeunes défavorisés dans leur population. Il est essentiel que l'ensemble des jeunes puissent bénéficier de ce projet.
Je vais prochainement rencontrer les initiateurs du projet de la Fondation Constant Vanden Stock, pour voir comment nous pouvons améliorer notre collaboration et l'élargir à l'ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale.
Je suis prête à répondre à l'ensemble des questions posées, mais vu l'engouement que suscite ce débat au sein de notre assemblée, une journée thématique consacrée au sport serait une bonne chose. Je suis donc prête à discuter, avec les parlementaires qui le souhaiteraient, des mesures que nous souhaitons mettre en œuvre dans ce domaine au cours de la présenté législature.
La Cocof porte divers projets en faveur de la pratique sportive. L'action Sport au féminin, par exemple, créée par MM. Kir et Madrane, sera pérennisée. D'autres initiatives de promotion des valeurs portées par le sport - lutte contre les violences et le racisme, fair-play - doivent aussi être soutenues par la Cocof.
La Région bruxelloise envisage d'aider les communes à mettre en place des dispositifs visant une meilleure accessibilité au sport, car l'activité sportive ne se limite pas au football et aux compétitions de haut niveau. Il est de la responsabilité de notre gouvernement francophone de viser le sport pour tous. Nous y reviendrons plus précisément lors du débat budgétaire.
M. Courtois a évoqué l'installation de douches dans les établissements scolaires, dans le cadre des cours de gymnastique. Cette matière relève de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de sa ministre compétente, Mme Milquet.
Nombre de réponses vous seront apportées lors de l'actualisation du cadastre du sport, qui nous permettra d'identifier les domaines où nos politiques doivent être mieux développées. Je souhaite dialoguer avec tous les pouvoirs publics qui exercent une compétence en matière sportive dans notre Région. Je prendrai donc mon bâton de pèlerin pour rencontrer mes homologues des autres entités.
Concernant le soutien à apporter aux écoles de devoirs pour améliorer la pratique sportive, mais aussi la capacité des jeunes de suivre leur enseignement dans les meilleures conditions, cette compétence relève de mon collègue Rudi Vervoort. Il ne manquera pas d'y revenir dans le cadre des débats budgétaires.
Nous allons poursuivre notre politique d'aide aux clubs dans les communes. Beliris devra continuer à soutenir les projets qui ont une vocation sportive à Bruxelles. J'espère que tout le budget de Beliris ne sera pas épuisé par le colmatage des mesures d'économie prises au niveau des institutions culturelles fédérales.
Concernant le Panathlon, Mme Huytebroeck, il faudra poursuivre la collaboration entre la Cocof et cette association.
Mme Dufourny a abordé la question de la suppression des chèques sport au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons été fort marris de devoir procéder à ces économies, mettant en danger la pratique sportive de certains jeunes défavorisés. Certaines communes ont pu malgré tout agir via leur budget.
Cette mesure n'avait pas été prise à la légère. Elle avait fait l'objet d'un débat important au parlement. M. Diallo, par exemple, avait fortement attaqué mon collègue en charge du sport à ce sujet. Un certain nombre de priorités ont cependant été mises en avant pour le soutien à apporter aux clubs dans la diminution de leurs tarifs, dans le but d'une accessibilité au sport pour tous.
M. du Bus de Warnaffe a évoqué l'importance du mariage entre le sport et la santé. Je voudrais rappeler à ce sujet que la Cocof a soutenu le projet Sportez-vous bien, mangez malin !, que nous continuerons évidemment à soutenir s'il est maintenu. Le lien entre ces deux compétences est, pour moi, fort important. D'autres projets sont en préparation, ils seront présentés lors des débats budgétaires.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité)