Question orale à la ministre de la Jeunesse Mme Évelyne Huytebroeck
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – En 2011, 2012 et 2013, la plate-forme pour le Service citoyen a organisé une expérience pilote. Concrètement, ce projet permet à des jeunes de 18 et 25 ans, issus de tous horizons, de se tenir pendant six mois au service de missions utiles à la collectivité, comme l’aide aux personnes, l’environnement ou la santé. Ce Service citoyen a pour objectif de profiter aussi bien aux jeunes qui bénéficient de cette nouvelle expérience qu’aux associations qui les accueillent.
En mars 2012, vous avez financé une étude pour évaluer le projet associatif de la plate-forme. Il s’agissait de voir si ce projet citoyen prenait place dans la diversité des initiatives associatives et institutionnelles existantes sur la citoyenneté des jeunes en situation de transition entre les études et l’entrée dans « la vie active ».
À la suite de cette étude, vous nous indiquiez en commission, le 14 mai dernier, que le Service citoyen avait le mérite de favoriser la transition du jeune vers l’âge adulte, d’offrir des opportunités de deuxième chance à ceux qui souffrent d’un manque de reconnaissance et d’humaniser le cadre institutionnel pour appréhender l’existence du jeune. Vous reconnaissiez cependant que le rapport de recherche ne reflétait pas suffisamment le fait que les valeurs de solidarité et d’engagement sont également portées par les organisations et confédérations de jeunesse, ce qui pourrait être perçu comme une « menace » par ces associations.
Alors que nous entrons dans la dernière année d’application du projet pilote, quelle évaluation tirez-vous de cette initiative et de son intégration dans la politique de jeunesse? Quelle plus-value apporte-t-elle au secteur associatif et aux jeunes qui y participent? Des mesures sont-elles envisagées, à la suite de cette expérience pilote, pour pérenniser le dispositif?
Mme Évelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse. – Le Service citoyen répond vraiment à ma préoccupation pour les périodes de transition vécues par les jeunes jusqu’à l’âge adulte. Ces transitions constituent d’ailleurs un axe important du plan pour la jeunesse que je vous présenterai bientôt.
Nous avons donc soutenu la réflexion de la plate-forme pour le Service citoyen mais ce projet-pilote n’est une de mes initiatives politiques, mais est une initiative des associations. Je ne peux donc pas imposer l’évaluation de ce projet mais, d’après ses responsables, les participants retirent indéniablement une expérience utile pour leur avenir tant citoyen que professionnel. Les associations partenaires recueillent également un bénéfice certain.
En effet ce projet fait la promotion de leurs actions auprès des jeunes et, plus généralement, soutient l’engagement citoyen.
Concernant l’intégration de cette initiative à la politique de la jeunesse, vous soulevez, monsieur du Bus, les désaccords entre une partie du secteur de la jeunesse et les acteurs de cette plate- forme. Malheureusement, ils persistent de façon assez radicale. Le débat n’est pas clos.
Au-delà de ces polémiques, des questions techniques se posent en lien direct avec la réforme de l’État. Pérenniser le dispositif impliquerait des articulations avec les actions de l’État fédéral et des autres pouvoirs. Malheureusement, ce thème n’est pas une priorité du gouvernement fédéral.
Quoiqu’il en soit, nous restons en contact avec la plate-forme car sa réflexion et ses initiatives méritent tout notre intérêt. Plus fondamentalement, je regrette que les conditions ne soient pas réunies pour envisager les enjeux de transition auxquels les jeunes sont plus que jamais confrontés. Je sais pouvoir compter sur vous pour sensibiliser les autres pouvoirs et avancer sur ce dossier dans les prochains mois.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). - Madame la ministre, je vous remercie pour votre réponse. Vous soulevez deux questions.
La première est celle de la discordance entre les points de vue des organisations de jeunesse et de la plate-forme pour le Service citoyen. J’ai moi-même pu constater la virulence des propos de certains acteurs du secteur de la jeunesse lors de plusieurs débats. Je n’en perçois pas la pertinence car j’ai rencontré des responsables d’associations qui accueillent ces jeunes, j’ai discuté avec ces derniers et j’ai pu constater l’apport extraordinaire que constitue cette expérience encadrée. Toute sa richesse est justement l’encadrement structurant dont les jeunes bénéficient. Après six mois, ils sont nécessairement transformés. La plus-value de ce projet est extraordinaire.
Ce projet-pilote entre-t-il en concurrence avec les organisations de jeunesse? Je ne le pense pas. Au contraire, ils sont complémentaires. Il y a certainement un travail de sensibilisation à poursuivre en respectant les valeurs éminemment défendables que prônent les organisations de jeunesse et auxquelles tous ici nous souscrivons.
Vous dites que la réforme de l’État n’est pas sans conséquence sur les possibilités de pérennisation du dispositif, mais ce secteur n’est pas concerné. Cependant nous devons y penser. En tant qu’acteurs responsables, nous devons prendre à bras-le-corps ce sujet qui, mis à part un subside que vous avez libéré à la Fédération Wallonie-Bruxelles, dépend du mécénat. Or, je le sais, le mécénat arrive au bout de ses possibilités.
Je pose très clairement la question de la poursuite de la démarche de cette plate-forme.
Nous savons par ailleurs que ce service connaît un réel succès dans d’autres pays. Ainsi, la France a officialisé le processus il y a deux ou trois ans. Ses associations doivent refuser des demandes vu l’engouement des jeunes.
Alors que nous devons repenser la notion de travail, la notion d’engagement et la notion de bénévolat à cause de l’évolution de notre société, dont les indicateurs de croissance visent à prendre en compte de plus en plus de paramètres de valeur ajoutée humaine autres que ceux liés au produit intérieur brut, cette expérience a le mérite d’exister et de tracer des pistes.
Vous nous demandez si vous pouvez compter sur nous. Ma réponse est oui. Donnons-nous donc rendez-vous à votre cabinet au meilleur moment.