Question orale à Monsieur Pascal Smet, Ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé de la mobilité et des travaux publics
M. André du Bus.- Les alignements de hêtres pourpres de la drève de Lorraine sont dans un état sanitaire tel que leur renouvellement est devenu une nécessité pour la sécurité des usagers.
Bruxelles Mobilité a effectué les études qui attestent de cette situation. Durant l'automne, des vents violents ont d'ailleurs encore provoqué la chute d'un arbre. Heureusement, l'avenue avait préventivement été fermée à la circulation automobile. Un accident aux conséquences désastreuses a ainsi été évité.
Consciente de ce problème - le sujet a déjà été évoqué à plusieurs reprises sous la précédente législature -, votre administration a préparé un programme de renouvellement de ces alignements. Un permis d'urbanisme a d'ailleurs été délivré pour autoriser ces travaux. Néanmoins, à l'heure actuelle, aucun chantier d'ampleur n'a débuté. Je m'en étonne.
Pouvez-vous me faire un état du dossier (date de délivrance du permis d'urbanisme, planning du chantier de renouvellement des alignements) et préciser les raisons pour lesquelles ce chantier n'avait pas encore commencé en novembre dernier, date de dépôt de ma question ?
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- La réponse à vos questions nécessite un bref rappel historique. En 2001, la Direction des voiries a fait exécuter une analyse de l'état sanitaire des arbres sur la base de photographies aériennes et d'une inspection au sol. Cette dernière comprenait notamment le recensement des arbres présentant des champignons lignivores au pied et sur le tronc : 212 arbres sur 747 montraient des symptômes d'infection.
En octobre 2002, la Commission royale des monuments et des sites (CRMS) a exigé une étude scientifique devant débuter le 1er janvier 2003 et s'étaler sur trois ans. En parallèle, la Direction des voiries a commandé en 2003 une étude de stabilité et un diagnostic de dangerosité immédiate afin de prévenir tout risque de chute d'arbres le long de la drève. Cette étude a été confiée au bureau Arboriconseil et a mené à l'abattage de 56 hêtres.
En octobre 2004, les résultats de l’étude ont mené à la conclusion que l'ensemble des hêtres de la drève de Lorraine devaient être abattus. À la suite de cette réunion, une demande de permis d'abattage de l'ensemble des hêtres de la drève a été approuvée en février 2006 par moi-même, alors ministre. Le permis délivré en 2008 n’autorisait l’abattage que de 95 hêtres.
En février 2006, la Direction des monuments et sites (DMS) a exigé que la recherche en cours soit poursuivie avec une étude de l'ULB intitulée "Étude du renouvellement des hêtres pourpres de la drève de Lorraine, validation de méthodes de diagnostic et conseils de plantation". L’administration a prévu une nouvelle convention de recherche en 2009 afin de poursuivre le suivi phytosanitaire des arbres. Malheureusement, pour des raisons budgétaires, celle-ci n’a pas pu voir le jour avant 2010. Cette troisième et dernière étude a pris fin en mars 2013.
L’ensemble de ces études ont apporté les informations suivantes : il y avait environ 900 hêtres en 1950.
En 2001, on dénombrait encore 750 arbres sur la drève de Lorraine, mais les jeunes plants utilisés pour combler les vides ne pouvaient se développer correctement par manque de lumière. En cohérence avec la logique verte, les arbres perdus n’ont donc plus été remplacés. Néanmoins, de nombreux abattages ont encore dû être réalisés depuis, pour des raisons de sécurité.
En 2012, il ne restait plus que 527 arbres, soit 43% des effectifs de départ. Les abattages récents ont été motivés par des signes visibles de dépérissement, souvent associés à la présence de champignons lignivores.
Cela nous amène à penser que le pourcentage de vides pourrait atteindre le seuil de 50% en moyenne dans les huit ans à venir.
Pour des raisons historiques et paysagères, la CRMS impose à l’administration de replanter des hêtres pourpres (Fagus sylvatica Atropurpurea). Pour conserver le caractère génétiquement unique de la Forêt de Soignes, Bruxelles Environnement, gestionnaire de la forêt, demande que les hêtres soient "d’origine Soignes". Pour obtenir de tels plants en quantité suffisante et garantir leur origine, il a fallu procéder à un semis à partir de faînes récoltées sous les hêtres de la drève.
La récolte des faînes a eu lieu en octobre 2014 et leur mise en semis, en avril 2015. La quantité semée (19kg) devrait permettre un stock suffisant de plants pour reconstituer l’alignement complet d’ici huit à dix ans.
En effet, un délai de huit ans est nécessaire pour produire des plants de diamètre 16/18. Le chantier est prévu pour une durée de trois ans, soit un an par tronçon (trois tronçons délimités par la présence des voiries latérales et les limites des vues paysagères), à partir de 2022.
Un nouveau permis global sera donc réintroduit d’ici quelques années quand les alignements seront encore plus dégarnis et les jeunes hêtres en culture suffisamment grands pour être plantés sur la drève.
En attendant, un suivi rigoureux de nos arbres est toujours en cours et des abattages sécuritaires ont lieu. En 2015, 25 hêtres ont dû être abattus pour des raisons de sécurité. Le permis d’urbanisme autorisant ces travaux a été exécuté entre le 24 et le 29 août 2015. Des conditions météorologiques particulières ont aussi causé la chute d’un hêtre non identifié comme dangereux, le 18 novembre dernier.
J'espère que M. du Bus de Warnaffe diffusera largement cette réponse très intéressante, sinon je m'en chargerai.
M. le président.- La parole est à M. du Bus de Warnaffe.
M. André du Bus.- En effet, ces informations sont intéressantes et compréhensibles par tout le monde.