Question à Madame Cécile Jodogne, Ministre au sein du Collège de la Cocof en charge de la promotion de la santé
Madame la Ministre,
Chers Collègues,
Le sujet mis en débat par notre collègue Doulkéridis est important. Les enjeux liés à l'adoption de comportements alimentaires sains sont aujourd'hui reconnus par l'ensemble de la communauté scientifique médicale.
Or les freins liés aux inégalités sociales de santé restent très importants.
J'interviendrai ici en faisant brièvement référence à deux éléments : les enjeux économiques et de santé tels qu'ils évoluent en France à l'égard de l'information nutritionnelle, et les leçons que nous partagent des acteurs aujourd'hui sur le terrain bruxellois, aux côtés de familles qui souhaitent adopter une nutrition préventive mais qui n'en ont pas les clés d'accès. En fait une grande majorité des familles bruxelloises.
Du côté des enjeux économiques et de santé, le débat fait actuellement rage en France à propos de l'étiquetage nutritionnel – Vous avez cité la France Mr Doulkéridis comme modèle d'insertion de messages publicitaires, mais tout le monde s'accorde pour dire que les campagnes d'information ne suffisent pas. Certaines études semblent montrer des effets négatifs de la législation française qui impose des messages nutritionnels dans les publicités alimentaires, générant des amalgames et des sentiments de culpabilité contreproductifs. Je vous invite à revoir à cet égard la table ronde "Campagnes promotion de la santé sur l'alimentation: et si on parlait d'autre chose que de nutrition?"
Mais bref, ce n'est pas tant à propos des messages publicitaires que le débat s'enflamme pour le moment en France mais bien à propos de l'information nutritionnelle sur les emballages en la rendant plus simple, plus lisible et donc plus accessible. Le constat est établi que le consommateur ne comprend pas grand-chose aux informations reprises actuellement, en petits caractères, sur les étiquettes. L'amélioration de l'étiquetage s'inscrit en complément du plan national nutrition santé français.
L'idée, reprise des pratiques déjà en vigueur en Angleterre, au Danemark, aux Pays Bas ou encore en Suède, est d'utiliser des repères colorés (vert, rose, orange, rose, rouge) qui indiquent un score de qualité nutritionnelle reprenant différents éléments (calories, quantité de sucres simples, acides gras saturés, sodium, fibres, protéines, pourcentage de fruits et légumes…). Les scientifiques reconnaissent la faisabilité de la démarche qui permet une comparaison rapide des produits entre eux. C'est évidemment sans compter sur la riposte des secteurs du commerce et de la distribution qui oppose un système de quatre pictogrammes colorés, complété d'une indication de fréquence de consommation. Qui ne passe pas la rampe du côté des scientifiques de la santé publique, car il ne reprend pas la catégorie d'aliments dont la qualité nutritionnelle est la plus défavorable, repérable grâce à la pastille rouge. Ce qui entraîne une nouvelle riposte du secteur qui a proposé une alternative signalétique intitulé SENS, comme Système d'Etiquetage Nutritionnel Simplifié. Actuellement en débat dans le cadre de la Loi de Santé. Mais les choses sont claires, qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre système d'étiquetage, le débat va se clôturer par une réelle amélioration de l'information nutritionnelle sur l'étiquetage en France.
C'est un sujet, madame la Ministre, qui mérite d'évoluer, chez nous en Belgique, et donc à Bruxelles, en le mettant sur la table d'une prochaine CIM santé.
Par ailleurs, ce dont m'informe une équipe d'acteurs professionnels bruxellois qui accompagnent aujourd'hui des familles précarisées tient en ceci que la grande majorité de la population (y compris précarisée) connaît les principes nutritionnels de base (pas trop de sucre, graisse et sel, plus de fruits et légumes, etc.). Au même titre que tous les fumeurs savent que le tabac est mauvais pour la santé, très rares sont les personnes qui pensent que des chips, un soda ou une pizza surgelée sont des aliments de qualité. La difficulté, c'est la compréhension de ce que recèlent vraiment les produits transformés, le décodage des messages marketing trompeurs et, surtout, la mise en pratique de nouvelles habitudes.
A cet égard, rien de mieux que des animations et accompagnements de terrain.
Aujourd'hui plusieurs actions sont en cours, elles s'inscrivent dans l'accompagnement pluridisciplinaire et pratico-pratique sur le moyen et le long terme. Comme ce qui est déjà en vigueur auprès de plusieurs familles à Forest et à Etterbeek.
La méthodologie suivie passe par les étapes suivantes :
- l'établissement d'un contact et la création d'une relation de confiance avec les familles modestes ;
- l'analyse des besoins, des comportements alimentaires et la volonté de changement ;
- la proposition de pistes de transition réalistes, adaptées à la réalité de chacun et orientée sur leur desiderata ;
- l'offre d'outils simples de support vers la transition ;
- l'évaluation ;
- l'offre de suivi, par la proposition régulière de rappels qui permettent d'ancrer les nouvelles pratiques ;
Une autre piste suggérée serait de sensibiliser/former du personnel communal/CPAS capable de relayer les bases proposées et de créer des réseaux de familles relais pour leur entourage.
Bref, Madame la ministre, les enjeux de l'alimentation saine trouvent aujourd'hui de plus en plus d'échos sur le terrain. Je pense qu'il y a une place à prendre dans une coordination intercommunale de ces multiples initiatives. Peut-être aussi en bonne entente avec votre collègue Céline Frémault, à la bas de l'opération « Good Food ».
Je vous remercie pour votre attention.