Question orale à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Du 8 au 12 octobre dernier, la Wallonie menait une campagne générale de sensibilisation au stress. Cette semaine, dite « anti-stress », était l’occasion de rappeler que le stress au travail est une incontestable réalité puisque trois Belges sur dix en souffrent et que le phénomène n’épargne plus aucun secteur d’activités. Au-delà du mal-être qu’il provoque, le stress peut aussi avoir de graves conséquences, telles que le burn-out ou la dépression.
Ces conséquences sont parfois moins connues. Une étude réalisée entre 1985 et 2006 par des chercheurs européens sur deux cent mille personnes dans sept pays d’Europe et relayée dans un article récent du journal Le Soir a ainsi mis en évidence que les personnes exposées à un stress au travail ont un risque plus élevé de 23 % d’être victimes d’un infarctus que celles qui n’y sont pas exposées.
Dans un commentaire, un des chercheurs de l’étude a souligné que les résultats montraient que le stress « résulte souvent plus d’une combinaison d’exigences élevées et de manque de contrôle dans le travail, que de l’un ou de l’autre de ces facteurs. »
Madame la ministre, hormis les démarches du niveau fédéral, quel est le niveau de pouvoir chargé plus spécifiquement de la compétence relative au bien-être au travail ? Quelles initiatives la Fédération Wallonie-Bruxelles soutient-elle actuellement pour sensibiliser les citoyens à la problématique du stress, notamment professionnel ?
Il faut souligner que la prévention du stress a également un impact positif sur d’autres facteurs de risque comme la consommation de tabac ou d’alcool partiellement liée à un état anxieux.
Comment le service interne pour la prévention et la protection au travail subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles et dont les missions principales sont la sécurité, la santé et le bien-être au travail, appréhende-t-il cette problématique auprès des travailleurs ?
Des concertations ont-elles eu lieu récemment avec vos homologues du niveau fédéral et/ou des autres entités fédérées, notamment la Région wallonne, afin de coordonner au mieux les démarches ? Si la question du stress relève d’une législation fédérale, les services externes et internes chargés de la mise en oeuvre de la loi sur le bienêtre doivent parfois avoir également un agrément communautaire, d’où un chevauchement de compétences.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Si la problématique du stress au travail n’est pas neuve, elle n’en reste pas moins préoccupante du fait de ses répercussions sur la santé. Le stress au travail peut ainsi provoquer des dépressions, des maladies chroniques et mener parfois au suicide.
Le stress au travail est devenu une réalité mais sa prévention est complexe. Il peut être causé par le contexte du travail – culture d’entreprise, culte de la performance, harcèlement moral… –, par le contexte socioéconomique – la crise, les fermetures d’entreprises, le taux de chômage... – et enfin par une certaine fragilité personnelle. C’est en intervenant sur ce dernier facteur que la promotion de la santé peut répondre au défi du stress au travail.
Depuis le début de mon mandat, je me suis intéressée à la prévention du suicide, notamment chez les jeunes. Ainsi, je développe des formations qui doivent renforcer les facteurs de protection tels que la valorisation de l’estime de soi ou des capacités à créer des liens et la culture de coopération plutôt que le culte de la performance individuelle.
Ce dispositif veut aider des jeunes à mieux gérer le stress de la vie active. La pratique régulière d’une activité physique, recommandée par la majorité des programmes de promotion de la santé, est aussi un bon facteur de protection contre le stress. En Wallonie, les services de santé mentale proposent un travail d’accompagnement précieux aux personnes stressées ou déprimées.
Chaque entreprise doit avoir un service interne de prévention et de protection au travail ou être affiliée à un service externe de prévention et de protection au travail qui relèvent du Service public fédéral Emploi, travail et concertation sociale. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne les subsidie pas et ne les agrée pas.
La prévention du stress fait partie du champ d’application matérielle de l’arrêté royal du 17 mai 2007 relatif à la prévention de la charge psychosociale engendrée par le travail. Nous intervenons uniquement pour agréer la section de surveillance médicale des services internes ou externes de prévention et de protection au travail.
C’est la raison pour laquelle mes homologues en charge de la Santé ne m’ont pas consultée au sujet de la semaine anti-stress.
Légalement, les sections de la gestion des risques des services internes ou externes de prévention et de protection au travail sont chargées de la lutte contre le stress. Un conseiller en prévention psychosociale est chargé de cette mission. Ce dernier doit être consulté lors de l’analyse des risques psychosociaux réalisée par l’employeur et portant notamment sur les procédures claires de travail, le respect des personnes, la gestion des clients difficiles ou les formations.
M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Je vous remercie pour vos réponses, madame la ministre. J’apprécie particulièrement que vous ayez rappelé le rôle déterminant de la promotion de la santé dans la prévention du stress.
Le problème réside dans le fait que cette dernière dépende du niveau fédéral. Comme vous l’avez rappelé, elle relève des services internes ou externes de prévention et de protection au travail, des conseillers en prévention et des acteurs reconnus dans les entreprises. Or pour l’avoir vécu sur le terrain, je sais que, souvent, ces acteurs fédéraux sont peu au fait des concepts de la promotion de la santé qui est pourtant une réponse très intéressante au stress au travail.
Les pistes résident donc dans la collaboration avec le niveau fédéral et dans la prise de conscience de ces acteurs. Néanmoins, le niveau fédéral ignore les tenants et aboutissants de la promotion de la santé. Votre réponse ne manque pas de souligner l’importance de l’articulation entre les niveaux de pouvoir mais, sur le terrain, celle-ci reste difficile.