INTERPELLATION adressée à Rudy Vervoort, Ministre-Président du Gouvernement chargé de l'Aménagement du Territoire, des Monuments et Sites
Monsieur le Ministre-Président,
En tant qu'initiateur du projet de soumettre la candidature de la forêt de Soignes à l'Unesco, il m'importe particulièrement d'en connaître l'état d'avancement.
Ce 20 février dernier, dans le sillage de notre Parlement et de celui de la Région flamande, la Wallonie a voté sa propre résolution.
Ainsi, il est aujourd'hui manifeste que les 3 Régions de notre pays convergent dans le souhait de voir l'une de leurs plus intéressantes forêts élevée au statut de patrimoine de l'Humanité.
Dans ce contexte, Monsieur le Ministre, pourriez-vous m'apporter les réponses aux questions suivantes :
- convient-il de considérer que c'est maintenant le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale qui a la main dans le dossier ?
- comment est organisée la coordination entre Régions dans le cadre d'une telle initiative ?
- l'inscription de la forêt de Soignes sur notre liste indicative belge peut-elle être envisagée ?
Je vous remercie pour vos réponses.
André du Bus
Monsieur Rudy Vervoort, Ministre-Président - Comme vous l'indiquez, le Parlement wallon a adopté une résolution similaire à celle de ses homologues bruxellois et flamands en février dernier.
Sans surprise, cette résolution demande au Gouvernement wallon de s'associer aux autres régions pour soumettre la candidature de la Forêt de Soignes auprès de l'UNESCO, en vue de son inscription sur la liste du patrimoine mondial.
Le calendrier d'adoption de ces 3 résolutions et les débats qui les ont précédé montrent bien que ce sujet n'est pas simple.
La préservation d'une forêt, telle que la Forêt de Soignes, située en grande partie dans un environnement urbain, ne peut se limiter à une proposition de reconnaissance internationale, aussi prestigieuse soit-elle.
La difficulté qui se présente à nous (et sans doute plus particulièrement en Région bruxelloise) est de trouver le juste équilibre entre la conservation de ce patrimoine ancestral, qui présente des qualités paysagères et historiques indéniables, et de lui assurer un renouvellement en adéquation avec le changement climatique, et ce dans un environnement urbain qui doit pouvoir continuer à répondre aux besoins des citoyens.
Il ne s'agit dont pas "simplement" de s'organiser entre les 3 Régions pour se répartir la tâche dans l'élaboration d'un dossier de candidature, mais de réfléchir ensemble à la bonne manière de garantir cet équilibre et la conservation de ce patrimoine pour les générations futures.
Vous le savez comme moi, la Forêt de Soignes a été classée en 1959 en application de la Loi sur la conservation du patrimoine. Elle bénéficie donc d'une protection légale et ce, sur le territoire des 3 Régions.
Par ailleurs, la Forêt a été identifiée au niveau environnemental comme zone à haute valeur biologique et ses populations de chauve-souris, notamment, ont motivé son statut de zone Natura 2000.
La Forêt est donc déjà sous haute surveillance.
Cela n'empêche évidemment pas de valoriser son intérêt à un niveau international, entendons-nous, mais je veux attirer votre attention sur les enjeux et difficultés qu'une telle proposition génèrent :
- comme mon prédécesseur l'a déjà évoqué, le do ssier de candidature à l'UNESCO doit comprendre un plan de gestion : celui-ci est en cours d'adaptation au niveau de la Région bruxelloise (en parfaite coordination entre les gestionnaires de la Forêt (Bruxelles-Environnement) et les services compétents au niveau du Patrimoine) mais nécessitera aussi une coordination avec les autres régions.
- par ailleurs, l'inscription préalable sur la liste indicative belge nécessite :
- une décision partagée par les 3 régions concernées (ce qui peut être envisagé sur base des 3 résolutions dorénavant adoptées par les parlements respectifs);
- l'établissement d'une déclaration de "Valeur Universelle". En ce qui concerne les sites naturels, celle-ci doit être établie sur base d'un inventaire pointu des espèces végétales et animales abritées sur le site concerné et faire l'objet d'une comparaison avec d'autres sites similaires. Un tel dossier nécessitera plusieurs mois d'étude. L'idée serait que la Région bruxelloise pilote cette étude.
En attendant, le résultat de cette étude, dont le cahier des charges doit encore être établi (suite aux 3 résolutions), et comme mon prédécesseur vous l'a également confirmé, la RBC ne se tourne pas les pouces à propos de la Forêt !
La révision du plan de gestion mobilise baucoup d'énergie et la Région intègre bien évidemment la dimension patrimoniale de la hêtraie cathédrale dans sa réflexion sur l'avenir de la Forêt. Les études historiques et paysagères indispensables pour alimenter la Forêt. Les études historiques et paysagères indispensables pour alimenter la réflexion ont été réalisées en coordination entre le secteur de l'environnement et celui du patrimoine.
En application de la toute récente Ordonnance régionale sur la Conversation de la Nature, le Gouvernement doit bientôt identifier officiellement ses "zones spéciales de conservation de la nature" et déterminer les objectifs de conservation de ces zones.
Il va de soi que, parmi ces objectifs, devra figurer la valorisation de l'intérêt patrimonial de la Forêt, et ce, non seulement en application du classement de 1959 mais aussi en réponse à la résolution adoptée par le parlement bruxellois et ses homologues flamands et wallons.
En intégrant explicitement cette dimension dans ses objectifs, on peut considérer que la Région bruxelloise constituera une sorte de laboratoire vis-à-vis des deux autres Régions de la réflexion sur la préservation et la gestion de la Forêt de Soignes et ce, en préalable indispensable à l'établissement d'un éventuel dossier de candidature à l'UNESCO.
André du Bus - Je vous remercie, Monsieur le Ministre Président, pour votre réponse détaillée. J'y relève plusieurs éléments.
D'abord, le fait que la reconnaissance au patrimoine mondial a précisément pour objectif d'assurer cet équilibre entre les enjeux de conservation de la forêt et les conséquences des changements climatiques.
Vous reprenez les conditions de l'inscription. D'abord la décision des trois régions est aujourd'hui affirmée. Quand à la déclaration de valeur universelle, elle peut s'appuyer sur les autres hêtraies aujourd'hui reconnues comme patrimoine mondial. Ensuite la question des études sur la valeur historique. Plusieurs documents existent déjà qui démontrent, contrairement à une idée largement véhiculée, que notre forêt ne date pas de la période autrichienne du XVIIIème, Elle est beaucoup plus ancienne. La forêt occupe ce territoire depuis de nombreux siècles. Quant au plan de gestion, il fait déjà de nombreuses coordinations entre les régions. Sur le terrain, les ingénieurs des trois régions s'entendent parfaitement pour assurer la coordination et fixer des règles communes d'utilisation et d'occupation. Il ne faudrait pas non plus tomber dans la manie des études qui coûtent très chers. J'en veux pour preuve le coût des études relatives à la gestion des hêtres de la drève de Lorraine. Nous en sommes déjà à plus de 3 M°€! Non. Je ne souhaite qu'une chose, que les accords d'Ostende se voient complétés par une décision de principe relative à la reconnaissance de notre forêt au patrimoine mondial de l'Humanité.