Madame, Monsieur,
Vous l'aurez sans doute appris par presse interposée, la commission de concertation a remis, ce mardi et à l'unanimité, un avis négatif quant à la demande de démolition de la maison du 28 avenue de Tervuren conçue en 1898 par l'architecte Jules Barbier.
C'est le fruit d'une mobilisation intense des riverains et des amoureux du patrimoine bruxellois qui voyaient dans cette demeure un des derniers témoins de l'avenue de Tervuren dans sa version originale de la fin du XIXème. Et ce, même si le bâtiment, initialement d'inspiration Art Nouveau, a subi quelques transformations dans les années '20, lui donnant depuis lors davantage une allure Art Déco.
L'avis de la commission de concertation se fonde sur plusieurs avis émanant d'instances régionales : la Commission Royale des Monuments et Sites pour la valeur patrimoniale du bien, la STIB et la Direction Stratégie de Bruxelles Mobilité pour les enjeux de mobilité et de sécurité. Ces enjeux avaient déjà été évoqués par plusieurs citoyens lors de la première réunion de la commission de concertation en janvier. En guise de réponse, les membres composant la commission de concertation avaient alors jugé important de bénéficier de l'avis d'experts en ces différentes matières avant de rendre un avis. C'est donc chose faite depuis le premier mars.
Si vous pouvez retrouver l'intégralité de cet avis en suivant ce lien, je retiens personnellement les arguments patrimoniaux suivants :
Contrairement au plaidoyer formulé par l'architecte lors de la défense de son projet (disant que les vestiges intérieurs de l'époque initiale du bâtiment sont sommaires et peu intéressants) et contrairement à la notice explicative du projet évoquant la perte des caractéristiques Art nouveau en façade et l'évolution du contexte urbanistique qui justifierait la démolition de l'immeuble, la Commission Royale des Monuments et Sites démontre au contraire que :
- les interventions de l'architecte Inghelbrecht ont été effectuées en 1924 de manière ciblées, là où elles avaient le plus d'impact, avec énormément de soin et à l'aide de matériaux de qualité… la façade latérale a conservé son expression et la façade arrière a gardé l'essentiel de son écriture, y compris les magnifiques vitraux Art nouveau qui décorent la cage de l'escalier principal ;
- les intérieurs Art nouveau de la maison revêtent un grand intérêt… sont de grande qualité et bien préservés car les modifications subies par la maison ont finalement eu peu d'impact sur l'organisation interne du bâtiment… En particulier les mosaïques à motifs géométriques du vestibule et du hall de la cage d'escalier..., l'escalier monumental en chêne…, les châssis de fenêtre et menuiseries intérieures qui conservent en grande partie leur quincaillerie originale…, les vitraux à motifs végétaux typiquement Art nouveau…, les plafonds à décor géométrique…, les deux cheminées monumentales en marbre précieux, peu transformées. Ce qui fait dire à la CRMS que la décoration intérieure se présente comme un ensemble emblématique du concept d'oeuvre d'art totale, caractérisée par des détails très soignés et des matériaux de qualité. La CRMS ne se limite pas aux caractéristiques de l'intérieur du bâtiment, elle évoque aussi le caractère habile des transformations subies (en 1924) pour gommer son cachet Art nouveau (qui) éclairent des pratiques architecturales et un savoir-faire connus mais très peu documentés jusqu'ici.
Je reste à votre disposition.
André du Bus