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Thérapies innovantes : opportunités et défis

Soumis par andredubus le

Madame, Monsieur,

La médecine de demain connaîtra de très importants bouleversements. Nous nous dirigeons vers une médecine de plus en plus personnalisée, adaptée au patient, avec l'avènement de nouveaux médicaments issus des recherches en génétique, en thérapie cellulaire et tissulaire.

Par exemple la reconstitution de tissus du coeur, du foie, du cerveau ou la fabrication de cartilage ou de tissu osseux ne sont plus des chimères. Certaines techniques sont déjà utilisées dans les hôpitaux, d'autres, la plupart, sont en phase de recherche, déjà très avancée.

Au niveau européen, et à certains égards au niveau mondial, la Belgique occupe une position de pointe dans la recherche de plusieurs de ces médicaments de thérapie avancée.

Cette situation nourrit des espoirs pour de nombreux patients. Les retombées économiques au niveau belge sont bien réelles, en terme de création d'emploi entre autre. Le rôle des patient va aussi évoluer, de plus en plus impliqué, de plus en plus partenaire du chercheur et de son médecin. Mais les questions de solidarité sont encore plus importantes : comment assurer l'accessibilité financière de ces nouvelles thérapies à chacun ? Des choix devront être opérés.

C'est pour explorer ces nombreuses questions que j'ai pris l'initiative de créer au Sénat un groupe de travail chargé de faire le point sur le sujet. Ce groupe s'est réuni de juin 2012 à juin 2013. Soit une année de travail et d'auditions aussi passionnantes qu'instructives. Chaque parti y était représenté.

Si le sujet vous intéresse. Je vous invite à découvrir le résultat de ces travaux à travers deux documents :

La Libre Belgique de ce jour y consacre un article (page 1 et page 2), ainsi qu'une référence à la Proposition de Loi que je viens de déposer.

La synthèse est divisée en trois parties. La première donne un aperçu du contexte général. Le groupe de travail a pu se rendre compte de l'évolution du secteur des thérapies innovantes. Quelles nouvelles perspectives ouvrent-elles aux maladies qui ne connaissent pas encore de traitement efficace ? Quelles sont les retombées de la recherche dans ce secteur et des progrès de ces thérapies innovantes sur les autres thérapies ? Grâce aux évolutions récentes de la thérapie génique et de la thérapie cellulaire, il est maintenant possible de distinguer dix types différents de cancer du sein.

La deuxième partie de la synthèse porte sur les opportunités envisageables. Quelles nouvelles perspectives les progrès de la recherche en matière de thérapies innovantes laissent-ils entrevoir ? La première piste examinée est celle des perspectives thérapeutiques. Partant des auditions, la synthèse distingue plusieurs pathologies que les évolutions thérapeutiques intéressent de manière directe ou indirecte. Elle passe d'abord en revue toutes les maladies rares pour s'intéresser ensuite aux tumeurs et affections cérébrales, aux maladies cardiaques ischémiques, au diabète, aux maladies du système osseux et aux lésions du cartilage. Le spectre des pathologies est donc très large. La synthèse pointe également la recherche de nouveaux médicaments destinés à pallier le déclin progressif des antibiotiques.

Les thérapies innovantes offrent de réelles opportunités, non seulement pour les patients, mais aussi pour la Belgique et ses régions. Toutes les régions soutiennent dans une mesure appréciable la recherche, les laboratoires et les études cliniques. Notre tradition en matière de R&D se traduit d'ailleurs en un leadership européen, voire mondial, de notre pays proportionnellement à son nombre d'habitants. Plusieurs experts ont relevé une particularité intéressante de notre pays: son réseau très dense d'hôpitaux particulièrement compétents en matière de gestion et de mise en œuvre de nouvelles thérapies.

Les opportunités pour la Belgique et ses régions se situent en même temps dans le développement de la recherche et la création d'emplois. Plusieurs orateurs ont souligné à quel point les perspectives prometteuses du secteur peuvent favoriser la croissance et l'emploi.

L'Europe joue un rôle important de régulateur. De plus, elle apporte un soutien, mais est parfois également à la base de certains défis, comme celui de l'exemption hospitalière. Mais l'Europe balise également le chemin, en imposant par exemple à chaque État membre de disposer, pour 2013, d'un plan national relatif aux maladies rares.

Enfin, la troisième partie de la synthèse porte sur les défis. Elle épingle d'abord les défis pour les patients. Dès la première audition, le professeur Cassiman a soutenu que l'ensemble des perspectives thérapeutiques représente une véritable révolution copernicienne par le fait que les patients se positionnent de plus en plus en partenaires de l'évolution de la recherche dans les thérapies innovantes. Aujourd'hui, la consultation des patients et leur implication font partie intégrante de la recherche scientifique. Ils ont donc un rôle important à jouer. Les représentants des associations de patients ont souligné ce rôle fondamental du patient.

Les défis pour les pouvoirs publics sont d'une autre nature. Il y a d'abord ceux du domaine éthique. Le professeur Cassiman a par exemple pointé l'émergence d'une nouvelle question éthique en termes de prévention. En effet, il est désormais possible de connaître à l'avance la probabilité qu'un individu développe ou non une pathologie donnée. Cette réalité pourrait mener à une sorte de « dictature » de la prévention, où l'État obligerait ses citoyens à faire analyser leur profil génétique et prendrait ensuite les mesures préventives qui s'imposent pour empêcher l'apparition d'une pathologie donnée.

Un autre thème abordé par la quasi-totalité des orateurs concerne l'accessibilité financière des nouveaux produits, leur remboursement, et donc leur financement par les organismes assureurs et par les pouvoirs publics. En soi, un traitement n'a pas de prix, mais c'est au politique qu'il revient de préciser ce principe général de soins de santé accessibles et abordables. Il s'agit là de questions essentielles.

Le défi suivant est le renforcement de la position de la Belgique. Actuellement, notre pays est à la pointe dans certains domaines de la recherche et de l'innovation. Pourra-t-on renforcer cette position, par exemple en améliorant certains aspects juridiques, comme l'exemption hospitalière ?

Enfin, quels sont les défis qui se posent aux entreprises ? Elles ont besoin de capitaux importants. Comment trouver ce financement ? Comment choisir les produits à développer et l'orientation à prendre ? Pour répondre à ces questions, il faut évaluer l'intérêt thérapeutique des investissements. Le retour sur investissement est au centre du processus décisionnel des entreprises.

La clarification de la structure du prix du médicament demeure également un défi. Il s'agit d'un débat en soi. Plusieurs orateurs ont expliqué que la méconnaissance des paramètres qui influencent la structure du prix affecte la transparence de la fixation du prix d'un médicament.

Au final, une seule recommandation est formulée, en l'occurrence la mise sur pied d'un observatoire des thérapies avancées et du séquençage du génome humain. Ce projet devra associer les différents acteurs des secteurs public et privé. Cet observatoire pourra aider le politique dans ses choix.

En vous souhaitant bonne lecture, je reste à votre entière disposition.

André du Bus