Discussion avec Madame Fadila Laanan, Ministre de la culture, de l'audiovisuel, de la santé et de l'égalité des chances
La tuberculose est une infection souvent considérée comme en voie d’extinction et pourtant, la Belgique diagnostique encore un millier de cas chaque année. En effet le nombre de personnes touchées par cette maladie se chiffre à 9,6 cas pour 100 000 habitants, soit le double de ce qui était attendu si la baisse du nombre de cas était constante depuis 1980. Malgré les solutions en termes de dépistage et de prévention, on n’enregistre plus de diminution de ce nombre, lequel reste plus élevé dans les grandes villes, plus particulièrement à Bruxelles.
Un article de presse du journal Le Soir exposait récemment qu’un nouveau test moléculaire développé par une société californienne permet par sa rapidité et sa simplicité une réelle avancée dans le dépistage de la tuberculose ainsi qu’une détection d’une part importante d’une forme multirésistante de la maladie.
Jusqu’à présent, le test de référence consistait en une mise en culture de la bactérie, à partir d’un prélèvement de salive et, en cas de tuberculose résistante aux antibiotiques, il fallait jusqu’à deux à trois mois pour poser le diagnostic – généralement, le délai est tout de même plus court. Le nouveau test serait par contre très simple d’emploi, grâce à une automatisation au moyen d’une petite machine, et permettrait de livrer un résultat en deux heures seulement. Sachant qu’un délai de diagnostic beaucoup plus court est essentiel pour une prise en charge précoce du patient, ce nouveau test représente bien une avancée importante.
L’information des malades, du grand public et des professionnels de la santé est essentielle pour limiter la maladie. L’axe stratégique majeur consiste à diagnostiquer précocement et à traiter de façon adéquate les cas actifs de la maladie, afin d’en limiter au maximum la transmission, surtout en cas de contact avec un patient contagieux. Pour ce faire, le dépistage passe par des groupes de population à risque et par l’entourage des malades contagieux. Il faut également souligner l’importance du dépistage chez les enfants qui peuvent développer plus rapidement une forme grave de la tuberculose.
Madame la ministre, quel bilan des mesures de prévention prises en Communauté française pour lutter contre la tuberculose établissez-vous actuellement ?
Le développement d’un nouveau moyen de diagnostic aura-t-il un impact sur les campagnes de dépistage, qu’il soit passif – les visites médicales – ou actif – à l’égard des populations à risque ? Le gouvernement de la Communauté française envisage-t-il d’autres mesures auprès des groupes à risque et auprès des professionnels de santé concernés, pour permettre de viser progressivement le passage en deçà des dix cas sur 100.000 habitants en Wallonie, sachant que la proportion est plus élevée encore à Bruxelles ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Le programme de lutte contre la tuberculose en Communauté française comprend trois axes principaux : la surveillance épidémiologique, la socioprophylaxie et le dépistage des groupes àrisque.
Pour ces missions, le Fares – Fonds des affections respiratoires – est chargé de l’ensemble du programme, avec l’appui des services des provinces de Namur et de Liège. Le Fares a en outre un rôle d’expertise, de communication et de formation.
En Belgique, le registre belge de la tuberculose indique, pour l’année 2009, un taux brut d’incidence de la tuberculose, de 9,8 pour 100.000 habitants.
Actuellement, le problème de la tuberculose se pose avec plus d’acuité dans les grandes villes où se concentrent les populations à haut risque – je pense à Bruxelles où l’incidence reste trois à quatre fois supérieure à celle des deux autres régions.
Selon les critères de l’OMS, la Belgique est considérée comme un pays à basse incidence de tuberculose et se situe dans une phase d’élimination, puisque son incidence est inférieure à dix par 100.000 habitants.
En ce qui concerne le nouveau test moléculaire que vous mentionnez, il s’agit d’un test diagnostique particulièrement utile dans le cadre du dépistage des tuberculoses multirésistantes. En Belgique, la proportion des malades infectés par des bacilles multirésistants n’a pas montré de variations significatives depuis le début des années 2000. Elle était de 1,3 % en 2009 et on compte en moyenne seize nouveaux patients multirésistants par an, depuis 2001. En 2010, un total de 41 patients multirésistants a été pris en charge par des services spécialisés.
Tenant compte de ces chiffres et de l’objectif d’utilisation de ces tests qui visent à diagnostiquer la tuberculose multirésistante dans les plus brefs délais, afin de limiter au maximum la propagation du bacille, les tests sont plus particulièrement nécessaires dans les pays à forte prévalence.
Précisons également que la multirésistance exige des modalités thérapeutiques particulières et que le diagnostic final relève du secteur curatif.
En ce qui concerne les mesures futures auprès des trois groupes à risque actuels que sont les primo-arrivants, les personnes emprisonnées et les populations précarisées, elles font partie d’un important travail mené au sein de mon administration sur la question de l’organisation de la lutte contre la tuberculose, en suivi d’un audit effectué il y a deux ans. Rappelons que si les dépistages de ces publics sont en partie réalisés par la Communauté française, ils le sont largement par l’État fédéral qui dépiste la majorité des cas de tuberculose.
En effet, le contrôle de la tuberculose passe par le diagnostic et le traitement précoce des malades qui demeurent des compétences fédérales. L’accès aux soins est une des conditions essentielles pour atteindre cet objectif. À ce point de vue, la Belgique, qui a initié à l’échelon fédéral un projet permettant la gratuité de la prise en charge des patients, est un des pays pionniers en Europe.
La Communauté française prend en charge l’organisation des dépistages ciblés des groupes de population à risques et de l’entourage des malades contagieux ainsi que la surveillance épidémiologique via un registre de la tuberculose.
L’organisation de la lutte contre la tuberculose est un vaste chantier. Il importe d’adapter le programme aux réalités actuelles de l’incidence de la tuberculose, de l’apparition des multirésistances et de la concentration de la maladie sur certains groupes à risques précis. Je reviendrai sur ce programme dans quelques mois, lors des travaux qui suivront l’évaluation des dispositifs de santé.
M. André du Bus. – Je vous remercie pour vos réponses. Cependant j’aimerais avoir une précision supplémentaire. Le nouveau test diagnostique s’adresse-t-il uniquement aux personnes multirésistantes ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Non. Vous avez mal compris.
M. André du Bus. – Est-il utilisé plus particulièrement dans le cas des personnes multirésistantes ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Oui.
M. André du Bus. – Ce n’est pas l’information dont je dispose. Actuellement, ce test n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Je devrai donc intervenir à l’échelon fédéral. Le plus important est que vous preniez l’évolution de la recherche en considération lors de l’adaptation du programme de prévention.